Entret met., XVI
heureusement pour nous, en nous offrant un même amour, en nous donnant mêmes devoirs et mêmes destinées. Us croient aussi qu'en demandant Tachèvement de ces destinées à un bien surnaturel, ils rendent le lien plus fort et en même temps plus doux. Ils trouvent que s'en rapporter à Dieu plutôt qu'à la multitude est à la fois plus sûr et plus respectueux pour la dignité individuelle.
En ouvrant ainsi une voie tout aplanie à ceux qui n'ont pas le loisir de philosopher, Halebranche croit qu'on a philosophé pour eux très correctement. Sa polémique contre les protestants — c'est le second stade de l'apologétique — ne s'inspire pas moins de ses idées métaphysiques. C'est sur elles qu'il s'appuie, même quand il insiste sur ce fait, que la révélation et la tradition sont les seuls fondements de la croyance aux mystères. Un de ses grands principes, c'est, on le sait, que Dieu agit par des voies générales, 'parce qu'il est de l'essence de la perfection de faire beaucoup avec peu. Or, « les révélations particulières faites à tous ceux qui lisent l'Écriture ne s'accommodent nullement avec l'idée que nous devons avoir de la Providence divine * » . Chacun de ceux qui lisent les livres saints les explique selon ses préjugés. L'Esprit ira-t-il faire un effort particulier près de l'un et de l'autre pour redresser les sophismes de son amour-propre et de sa passion? ou allumera-t-il une fois pour toutes un flambeau dont les