‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 63 sur 96 · De la Prédestination · texte numérisé non relu

De la Prédestination

Cette doctrine n'est autre que la doctrine dite congruiste^ et qui paraît bien avoir prévalu près de la majorité des docteurs *. Faut-il, suivant la dialectique si hardie de Malebranche, l'appliquer à l'àme même de Jésus-Christ? Faut-il dire qu'une grâce invincible par elle-même aurait détruit en lui cette espèce de liberté qui lui était nécessaire pour acquérir les mérites qui sont le fondement de notre réconciliation et la source de toutes les grâces que nous recevons de lui? Faut-il admettre que, du moment où il a été tenté comme nous, il a dû, comme nous, recevoir des gr&ces conformes à ses besoins? En tout cas, le congruisme .appliqué à l'homme est une doctrine qui, sans être consacrée à l'exclusion de toute autre, est parfaitement orthodoxe et présente moins de difficultés que la plupart des autres. Et la voici parfaitement résumée dans la deuxième des Trois lettres contre la défense de M. Arnauld 2.

« Il est permis de soutenir que Dieu ne nous a prédestinés à la gloire que parce qu'il a prévu que nous le mériterions par sa grâce. Et toute cette dispute de la prédestination se réduit à savoir si Dieu veut sauver tels et tels et leur donner pour cela telles et telles grâces, ou si Dieu veut premièrement donner sa grâce â tels et tels et sauver ceux qu'il prévoit en faire bon usage. Ainsi cette question arbitraire ne consiste que

1. C*e«t celle du cardinal Goasset, dans sa Théologie dogmatique ^ tome I, Traité de la Grâce et de la Prédestination^ ch. m, art. 3.

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