‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 82 sur 96 · VoT» plu hiDt le début du chapitre le MitaphytvUen · texte numérisé non relu

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se sert de Tidéc de la ligne droite et de la distinction du tout et de ses parties ; mais, comme la géométrie elle-même, encore une fois, elle voudra faire sortir de ces premières notions une science tout entière; et là elle ne pourra réussir qu'en s'appuyant sur la métaphysique *.

D'abord, il faut que la morale soit une. Il peut paraître étrange quç Malebranche ait cru devoir tant insister sur une vérité si évidente, et plus étrange encore que, parmi les ennemis ou les amis trop peu conséquents de cette unité, il ait rangé expressément la plupart des ordres religieux de son temps. Déjà, au point de vue proprement philosophique, il leur en vourlait fort de ne pas se rallier assez vite à la belle simplicité du cartésianisme et de s'obstiner dans ce que la scholastique avait, à ses yeux, dmcohérent. Ils s'y obstinaient, pourquoi? Par amour-propre ou, ce qui revient au même, par esprit de corps. « Ce qui est vrai à Paris, dit-il ironiquement, est faux à Rome; ce qui est certain chez les Jacobins est faux chez les Cordeliers ; ce qui est indubitable chez les Cordeliers semble être une erreur chez les Jacobins. Les Jacobins se croient

1. Certains philosophes (en des thèses de doctorat notamment) ont cru trouver le kantisme dans les idées morales de Descartes. 11 n'était donc pas inutile de préyenir pareille illusion pour ce qui concerne Malebranche.

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LE MORALISTE. 2hb

s'imaginer que cette coutume ne fût en usage que parmi les gens de guerre, elle était presque générale; et si les ecclésiastiques ne se battaient pas, par respect pour leur caractère, ils avaient de braves champions qui les représentaient, et qui soutenaient leur bon droit en versant le sang des parties. Ils s'imaginaient même que Dieu approuvait leur conduite ; et soit qu'on terminât les différends par le duel , ou par 6ort , ils ne doutaient point que Dieu ne présidât au jugement et qu'il ne donnât gain de cause à celui qui avait raison. Car, supposé que Dieu agisse par des volontés particulières, ce que croit le monde, quelle impiété que de craindre, ou qu'il favorise l'injustice ou que sa providence se s'étende pas à toutes clioses !

« Mais, sans aller chercher des coutumes damnables dans les siècles passés, que chacun juge à la lumière de la raison des coutumes qui s'observent maintenant parmi nous, ou plutôt qu'on fasse SQ^ulement attention à la conduite de ceux mêmes qui sont établis pour conduire les autres. Sans doute on trouvera souvent que chacun a sa morale particulière, sa dévotion propre, sa vertu favorite : que tel ne parle que de pénitence et de mortification; tel n'estime que les devoirs de charité; tel autre enfin que l'étude et la prière. Mais d'où peut venir cette diversité si la raison de l'homme est toujours la même? C'est sans doute qu'on cesse de la consulter, c'est qu'on se laisse conduire à l'imagination son ennemie. C'est qu'au lieu de regarder l'Ordre immuable comme sa loi inviolable et naturelle, on sd

miers, ni les seconds ne songeaient, en efFel ils l'auraient dû, à l'autorité par excellence i aurait pu les forcer à se mettre d'accord. Ne son là ces deux puissances dont Descartes se défie, se défend de vouloir, en traitant « des mœui piéter sur les droits ou de » ceux que Dieu pour souverains sur ses peuples » ou de « ceux il a donné assez de gr&ce ou de zèle pour < phètes H? Du moment où Ton se mettait ainsi h de discuter les principes communs des deux on en acceptait séparément les prescription autant de maximes indémontrablt^s, réclamant séquent une obéissance aveugle et passive. Or, obéissance n'a aucune valeur; elle ne sert q< tout à la fois et la « paresse des inférieurs » gueil » de ceux qui commandent.

L'inconvénient sans doute, Malcbranche nt pas le méconnaître, était plus grand dans l'oi porcl qui, des deux aspects de la nature divine sancc et raison, — représentait trop exclusiv premier. Mais enfin, l'ordre spirituel non plus exempt ni dans son gouvernement, ni dans les <le ses tribunaux, ni dans l'esprit qu'il tolère parce qu'il l'ignore, chez bon nombre de ses { serviteurs, 'ni par conséquent dans les niaxii laisse propager (en dehors, bien entendu, de < sont seules assurées de l'infaillibilité doctrina ce que Malebranche pense et ce qu'il dit avei lange si original de candeur et de vivacité.

mes, est plus sûre pour le commun des hommes que celle que je pourrais établir pour la conservation de la vie. » Pour la conservation de la vie morale cependant, le philosophe se résigne moins ; car il admet plus volontiers encore Tappel au médecin que le recours trop fréquent à un directeur quelconque *. Il a pour cela deux raisons. D'abord nous dissimulons ou déguisons plus de choses au directeur qu'au médecin ; puis, en général, nous pouvons plus facilement nous éclairer nous-mêmes sur le mal de Tâme sans le secours du premier que sur le mal du corps sans le secours du second. Les abus de la direction et de la casuistique en effet ne sont pas seulement imputables, tant s'en faut, aux directeurs et aux casuistes. Nous qui les consultons , que faisons-nous? Nous mettons insensiblement la main sur notre plaie quand elle nous fait honte ; nous trompons souvent ceux qui nousdirigent, afin de nous tromper nous-mêmes ; car nous

1. Voici le conseil qu*il donne à ce sujet; il n'est pas sans jeter un singulier jour sur l'insuffisance des dlrectears qu'on s'attribuait dans un certain monde : « Lorsqu'il est à propos de consulter un directeur, ïlfaut en choisir un qui tache la religion, qui respecte VÉvangile, qui connaisse l'homme : il faut prendre garde que l'air du monde ne l'ait point corrompu, que l'amitié ne l'ait point rendu mon ni complaisant et qu'il ne craigne et n'espère rien de nous » (XIV« Éclair.). l\ va sans dire que ces franches attaques contre la manie des directeurs ne touche en rien au sacrement de pénitence; car Malebranche, dans son Traité de Morale, en fait ressortir, au contraire, l'importance, avec sa pensée constante de mêler la philosophie à la théologie. Il explique longuement comment l'absolution du prêtre n'a pas seulement pour yertu de remettre les péchés, mais change la résolution actuelle en disposition habituelle, le prêtre étant établi comme cause occasionnelle de la grâce qui doit donner la charité Justifiante.

fude de la nature de l'hominc nous révèle n' clairement les moyens de pratiquer une tell avec sûreté et avec rectitude.

La pierre de touche de la vérité, c'est l'un aussi — ce qui y tient de près — l'universal qu'un homme, dit Halebranche, préfère la vi cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, i fait rien sans motif, mais ce sont des raisons lières dont tout homme raisonnable a horreur, des raisons qui, dans le fond, ne sont pas rais( parce qu'elles ne sont pas conformes & la se raison, ou à la raison universelle que tous les consultent'. »

Mais l'universalité la trouverait-on dans d ou des prescriptions arbitraires? La théologie i Traité de la Nature et de la Grâce, ses profo tinciions entre les lois et les décrets nous défc cette illusion. Nous le savons; aucun sophismi a été donné comme plus dangereux et pou commun et pour toute espèce de certitude, c qui veut que tout dérive de la volonté pure et i Dieu... (sous-entendu, & n'en pas douter, a fù la volonté d'un homme quel qu'il soit), A c( on ne poiuraït même plus prétendre que Néi tort de tuer sa mère; car il est clair qu'un Ron rait le décalogue donné aux Juifs. Ainsi on b trouver rien à redire aux actes les plus inf&r

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