Septième Entrelien
l'homme et son milieu. 21
sique? La voici : « Je prétends que ce philosophe n'a pas examiné à fond, en quelque sorte, la nature des idées*. »
Le lecteur sait déjà — au moins en gros — que la nature des idées, telle que Malebranche et avant lui saint Augustin, et, avant saint Augustin , Platon, Font « approfondie », établit entre Dieu et l'homme un rapport étroit, intime, de tous les instants. Mais pour le philosophe chrétien, à plus forte raison pour un théologien catholique, ce Dieu n'est pas uniquement l'être nécessaire et infini ; c'est le Dieu qui s'est incamé et qui a racheté le genre humain, c'est le Dieu qui agit par la grâce et nous demande de coopérer avec lui à l'œuvre de notre salut. Il y a des esprits qui s'appliquent à opposer l'un à l'autre ces deux ordres de conceptions ou qui, tout en les admettant séparément, se refusent à voir entre elles aucun rapport. Malebranche va se borner à les distinguer sans les séparer et à adopter pour les unes et pour les autres des méthodes différentes; mais jamais il n'oubliera l'unité fondamentale ni du sujet auquel elles s'appliquent, ni de la loi qui les régit, ni du principe souverain dont elles dépendent également. De là pour lui la nécessité d'une étude complexe qui' ne néglige rien de ce que l'homme a été, de ce qu'il est actuellement, de ce qu'il est convié à devenir. Toute cette hiérarchie de destinées comporte des conditions, des appels, des secours, des coopérations
1. Trois lettres touchant la défense de M. Amauld sur le livre des vraies et des fausses idées, p. 43. Éd. de Rotterdam 1685.
22 MALEBRANGHE.
de diverse nature; mais c'est à une même vérité, simple et féconde, que, malgré la diversité des efforts dont souffre notre faiblesse, tout doit être définitivement suspendu ; car c'est bien d'un seul et même être qu'il convient de dire avec saint Augustin qu'il est causa subsistendi, ratio intelligendij ordo vivendi.
Saint Augustin avait donc bien vu et bien fait voir que les idées dominatrices, tant de la vie que de la science, ne font qu'un avec la vérité éternelle, c'est-àdire avec Dieu ; car il a écrit ces belles paroles : « La sagesse étemelle est le principe de toutes les créatures capables d'intelligence; et cette sagesse demeurant toujours la même, ne cesse jamais de parler à ses créatures dans le plus secret de leur raison, afin qu'elles se tournent vers leur principe; parce qu'il n'y a que la vue de la sagesse étemelle qui donne l'être aux esprits, qui puisse, pour ainsi dire, les achever et leur donner la dernière perfection dont ils sont capables. » Mais ici, son grand disciple du dix-septième siècle lui fait un reproche S c'est de n'avoir pas assez distingué l'esprit du corps et d'avoir « attribué aux corps qui nous environnent toutes les qualités sensibles que nous apercevons par leur moyen ».
On sait en effet que saint Augustin s'était éloigné sur ce point de l'idéalisme de Platon. Il lui avait reproché de trop séparer le corps et l'âme, de croire à une âme étemelle ayant existé, devant encore exister sans corps,