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Voyez la préface à la Recherche de la Vérité

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ou se logeant, pour ainsi dire, de corps en corps, sans être jamais liée que par accident à l'un ou à l'autre d'entre eux. En cela, saint Augustin était conduit , par la doctrine même du christianisme sur la transmission du péché originel, sur la résurrection et sur la réhabilitation future de la chair, à tempérer Platon par Aristote : c'est ce que fit bien plus largement encore saint Thomas; c'est ce que fait l'enseignement, désormais fixé, de toute l'Église. Le cartésianisme, auquel Malebranche adhérait si fort, devait seul interrompre pour un temps cette tradition. De là, dans cette école où il entrait, une variété d'idéalisme qu'il acceptait, n^ais qu'il tenait à compléter. Voir dans les corps une pure étendue niobile, n'impliquant rien que l'étendue et le mouvement, n'agissant en rien sur les esprits , parce qu'entre la pensée et l'étendue il n'y a rien de commun, cela il le trouvait excellent. Mais à ses yeux il restait à expliquer comment l'esprit conçoit tout ce qu'il croit voir et toucher dans les corps. C'est ici qu'il faisait intervenir de nouveau un idéalisme transcendant comme celui de Platon et de saint Augustin.

Telles furent donc les deux grandes sources où il puisa pour composer sa Recherche de la Vérité, dont le premier volume parut en 1674, le deuxième en 1675.

Le retentissement de l'ouvrage fut prompt et considérable, et les attaques ne lui manquèrent pas plus

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que les tciiioîgnages d'admiration. Les premières vinrent surtout — comme il fallait s'y attendre — de ceux qui, par devoir professionnel ou par habitude routinière, enseignaient la dernière philosophie scholastiquc et riisistaient au cartésianisme. Parmi les premiers, furent le chanoine Foucher,de Dijon, et le jésuite Le Valois — qui écrivit sous le pseudonyme de Louis de la Ville, Leurs critiques sont d'un intérêt médiocre, attaquant plutôt, dit très bien le P. André, « les propositions incidentes que le fond du livre ».

D'autres compagnies religieuses firent au nouveau livre un meilleur accueil : les bénédictins d abord, dans la personne de Dom Robert Desgabets, qui réfuta la critique de Foucher; puis l'Oratoire même et ses chefs; car justement fiers des succès des siens et peu jaloux de ^t^ner leur liberté par des examens minutieux, ils décidèrent, en une même séance, de faire adresser des lélicitalions àUalebranche « pour un traité qu'il a pul>lié et qui est estimé de tout le monde » (est-il dit dans la délibération) en même temps qu'aux Pères Qucsnel, Richard Simon et Thomassin.

Le philoïïnphe avait donc le vent en poupe, et sa pensée pouvait prendre désormais un essor puissant. Son ouvrage s*était vite répandu « dans tous les États de r£uroi>c où les sciences ont quelque accès : en Italie, en Espagne, mais principalement en Allemagne, en Hollande, on Angleterre, en un mot partout où la langue française est connue. C'est pourquoi on fut obligé d'en faire d'abord édition sur édition, de sorte que depuis

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1674 jusqu'en 1678, il en parut presque tous les ans une nouvelle, quatre de Paris, une de Lyon, sous le nom de Strasbourg*, deux d'Amsterdam, sans parler de traductions latines que l'on fit en divers endroits pour mettre l'ouvrage entre les mains de divers savants * ».

La haute société qui, malgré l'attention qu'elle donnait à tous les grands problèmes, était plus libre d'esprit que les gens d'école, ne tarda pas à faire à la Recherche de la Vérité un accueil enthousiaste. On n'était pas habitué — malgré Descartes — à rencontrer sur son chemin des théories philosophiques de cet aspect et de cette allure, vives et mesurées, nobles et spirituelles, hautes sans orgueil, colorées sans fard, fidèles à la grande tradition et amies de la nouveauté, pieuses envers le dogme, mais tenant avec fermeté pour les droits de la raison et de la recherche, attirant l'esprit tout â la fois par la profondeur des mystères où elles descendaient et par la clarté dont elles semblaient en dorer au moins les premiers abords. La philosophie marquait décidément sa place dans la littérature comme la théologie l'avait fait avec les Lettres provinciales.

C'est à dater de ce moment qu'on voit des comtes, des ducs et des marquis, des officiers de mousquetaires, des princes du sang se mêler aux controverses, se porter garants de l'orthodoxie de l'auteur qu'ils admirent, s'interposer entre lui et les évoques, porter des explications, ménager des entrevues, s'armer de

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