‹ MalebrancheChapitre 100 sur 132 · Bech. de la Vérité, Wv, II, ch. i · texte numérisé non relu

Bech. de la Vérité, Wv, II, ch. i

connaissance de ce que Ton entend par rouge, vert, jaune... »

Ainsi l'imagination est obligée de recourir aux sensations et elle les continue en les arrangeant à son gré. Où est en effet la différence entre l'imagination et la sensation? Écoutons-le. « Il y a un si grand rapport entre les sens et l'imagination qu'on ne doit pas les séparer. On verra même dans la suite que nous ne faisons de différence entre elles que du plus au moins ^ » Ce sont toujours les mêmes filets nerveux aménagés entre les organes externes et le cerveau qui sont en jeu. Dans un cas, l'excitation a commencé à la périphérie; dans l'autre, elle est née à la partie centrale; mais cette différence n'efface pas, elle fait ressortir au contraire l'étroite parenté des deux phénomènes. Taine ne dira pas autrement et ne dira pas mieux.

Comment s'étonner dès lors que, par cette imagination active qui lui appartient, l'âme puise dans le réservoir de ces sensations auxquelles elle n'est que trop habituée; qu'elle les évoque jusqu'à ce qu'il soit répondu à son appel par des images qui les renouvellent pour son plaisir, pour son émotion, pour son divertissement, pour la commodité même de son étude, mais quelquefois aussi pour le plus grand péril de sa raison et de sa moralité?

Nous sommes ici en effet dans une région où, malgré l'abîme qui sépare le corps et l'âme, nos facultés se res-

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