Tr, de Morale, I" partie, ii, 7 et
miers, ni les seconds ne songeaient, en effet, comme ils l'auraient dû, à l'autorité par excellence qui seule aurait pu les forcer à se mettre d'accord. Ne sont-^ce point là ces deux puissances dont Descartes se défie, quand il se défend de vouloir, en traitant « des mœurs », empiéter sur les droits ou de ^< ceux que Dieu a établis pour souverains sur ses peuples » ou de « ceux auxquels il a donné assez de grâce ou de zèle pour être prophètes »? Du moment où l'on se mettait ainsi hors d'état de discuter les principes communs des deux morales, on en acceptait séparément les prescriptions comme autant de maximes indémontrables, réclamant par conséquent une obéissance aveugle et passive. Or, une telle obéissance n'a aucune valeur; elle ne sert qu'à flatter tout à la fois et la « paresse des inférieurs » et « l'orgueil » de ceux qui commandent.
L'inconvénient sans doute, Malebranche ne pouvait pas le méconnaître, était plus grand dans l'ordre temporel qui, des deux aspects de la nature divine — puissance et raison, — représentait trop exclusivement le premier. Mais enfin, l'ordre spirituel non plus n'en est exempt ni dans son gouvernement, ni dans les décisions de ses tribunaux, ni dans l'esprit qu'il tolère, souvent parce qu'il l'ignore, chez bon nombre de ses prétendus serviteurs, ni par conséquent dans les maximes qu'il laisse propager (en dehors, bien entendu, de celles qui sont seules assurées de l'infaillibilité doctrinale). Voilà ce que Malebranche pense et ce qu'il dit avec un mélange si original de candeur et de vivacité.
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Ainsi chassé de Texainen des principes dans les deux parties, mutilées Tune et l'autre, de la morale, l'esprit de discussion et le raisonnement se réfugiait dans Texamen des applications ; et la conscience ly suivait, en grand danger d'être faussée. De là le développement considérable, de là les succès, mais aussi les rafOnements et les excès dangereux, tant de la direction de conscience que de la casuistique.
Malebranche n'est tendre ni pour l'une ni pour l'autre. Là d'ailleurs il se trouve en honorable compagnie ; car il parle comme Bossuet et comme La Bruyère. Il est un peu moins satirique que La Bruyère ; mais ce n'est pas au hasard que je dis simplement : un peu ; car il est loin d'être sans malice dans le rapprochement qu'il poursuit entre les directeurs et les médecins, les premiers donnant quelquefois la mort à l'âme comme les seconds, quand ils sont peu experts, « la donnent quelquefois au corps* ». Force est bien, ill'avoue, d'avoir recours aux uns et aux autres, et il ajoute avec un mélange de bonhomie humble et d'ironie, mais où l'ironie parait terriblement dominer : « Je sais qu'il y a une bénédiction particulière de soumettre ses sentiments à des personnes sages et éclairées, et je veux même croire que cette règle générale, qu'il faut mourir dans les for-