Tr, de Mor,, 2* partie, m
doctrine de Malebranche, autant il est prêt à exiger du pouvoir spirituel qu'il ait raison dans les plus petites choses et à discuter en conséquence avec Ixd, autant il est pour le silence envers le pouvoir temporel. On ne saurait d'ailleurs s'y tromper : c'est là, dans sa pensée, une marque de respect envers le premier et de dédain aussi peu déguisé que possible envers le second. Celui-là représente Dieu comme raison et sagesse, raison et sagesse qui se justifient; car, dans la Bible, Dieu même — c'est un exemple rappelé bien des fois — n'a pas craint de prendre des hommes sages comme juges entre Ixd et son peuple ingrat ; celui-ci ne le représente que comme puissance, et comme puissance chargée d'assurer la paix dans l'humanité déchue. La loi humaine n'est pas plus la loi véritable, la loi de la raison, que ne l'est le règlement d'un bagne ^ « La force ou la loi des brutes, ceUe qui a déféré au lion l'empire des animaux, est devenue la maîtresse parmi les hommes. »
Toutes les fois que notre moraliste est sur cette pente, il va loin, et certainement quand il apprécie cette portion de la vie humaine séparée de la vraie source de la justice, il parle comme le plus sombre des pessimistes. Il s'exprime comme l'a fait Hobbes et comme le fera Schopenhauer. Non, à ses yeux, la vie humaine ainsi comprise ne vaut pas la peine d'être vécue ; ceux qui mettent des enfants au monde sans avoir en vue l'éternité sont des criminels qui communiquent à la femme une