Tr. de Mor., 2* partie, vni
l'amour de la méditation des vérités nécessaires, s'ensuit-il que Malebranche tende à l'établissement en chacun de nous, d'un état passif, régi par le « supporte et abstiens-toi » ? Il s'en faut de beaucoup. Alors même que notre rôle ne consisterait qu'à ne point détourner ni faire dévier en nous l'action divine quand elle nous touche et nous émeut, nous n'en aurions pas moins de grands efiforts à accomplir; mais nous avons plus à faire encore puisque, nous l'ayons vu, la liberté, loin d'être un indivisible, comme le prétendait Descartes, est inégale d'un homme à l'autre et, chez le même homme, d'un instant à l'autre, étant dépendante au point où elle l'est, d'une infinité de conditions. Aussi nos vertus diminuent-elles si nous ne les augmentons pas continuellement. Il y a toujours lutte, avec d'innombrables péripéties, entre l'attrait supérieur de la grâce et les douceurs qui nous séduisent dans les multiples apparences dont nous sommes à chaque instant circonvenus. Cédons-nous? notre propre faiblesse augmente l'intensité du danger. Le repos de l'àme ne saurait donc être dans l'immobilité ; et — maxime admirable — « il n'y a pas de plus grand travail que de demeurer ferme dans les courants : dès qu'on cesse d'agir on est emporté^. »
Ce n'est pas seulement pour nous qu'il faut toujours faire effort, et toujours agir : c'est aussi pour les autres, et plus particulièrement pour ceux dont le soin nous