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l'homme et son milieu. 31
de la raison aux dépens de la foi, dont la raison même démontre la nécessité. » On sait quel est le plan grandiose de ce petit volume : étudier simultanément et faire rentrer dans un même ordre d'idées, unies par des liens nécessaires, la création et l'incarnation, le Dieu de Descartes et Jésus-Christ, la grâce divine et la liberté humaine, bref la nature et la grâce relevant en quelque sorte d'une seule et même métaphysique.
Le plan seul parut déjà téméraire à beaucoup; car beaucoup aimaient mieux obéir tout simplement d'un côté et raisonner, pensaient-ils, plus librement de Tautre. Mais que le jansénisme fût combattu ouvertement, comme il l'était, au nom de la philosophie et au nom du dogme, et cela par un cartésien, voilà surtout ce que Port-Royal ne pouvait souflTrir sans une irritation croissante. Il est bien certain que là est l'origine de toutes les attaques passionnées d'Arnauld.
De la part de ce dernier, ce fut une véritable campagne, avec défensive par l'oJGfensive, diversions, recherches d'alliances. Ces dernières n'étaient pas très difficiles à trouver. Si les jansénistes n'étaient point satisfaits de l'exposé si neuf et si hardi du Traité de la Nature et de la Grâce, les thomistes ne l'étaient pas non plus, et les molinistes pas davantage : les uns trouvant que l'auteur accordait trop à la nature et au libre arbitre, les autres qu'il ne lui concédait pas assez. Bossuet, qui n'était pas janséniste, mais qui, s'il était cartésien en philosophie, éjait tho miste ga^éologie, s'eJGfaroucha , comme on sait, de plus d'une tljèse du nouveau livre. A en juger
par le récit que fait le P. André de toutes ces entrevues, de tous ces projets de conférence, de tous ces échanges de lettres qui se succédèrent alors à des intervalles assez éloignés, c'était tout Tensemble du traité qui inquiétait Bossuet. Il ne demandait parfois qu'aie bien entendre. « Pour celui de la Nature et de la Grâce ^ de l'auteur de la Recherche de la Vérité, écrivait-il à quelqu'un, je n'ai point été aussi satisfait, et je crois que l'auteur le réformera, car il est modeste, et ses intentions sont pures. » Or, nous savons par une lettre du marquis d'AUemans que, sept ans plus tard (30 octobre 1687), le grand évêque en était encore à se plaindre que Malebranche n'eût pas voulu, par un exposé oral et une discussion sommaire, lui « épargner la peine » de se mettre luimême au courant des opiuions exprimées en tant d'ouvrages; mais enfin, désireux de bien juger, il allait luimême, ajoutait-il, « tout lire, tout examiner ». De bonne heure donc U eût souhaité que l'auteur lui-même lui expliquât sa doctrine dans un sens parfaitement orthodoxe. Il faisait quelquefois mine de s'y prêter obligeamment quand il parlait à des amis communs, tels que le marquis d'Ail emans. D'autres fois, il s'irritait de voir son adversaire se dérober dans la discussion et le renvoyer à des écrits dont précisément il eût voulu se faire donner une interprétation plus explicite. Mais autant son autorité d'évêque et sa grande renommée le rendaient exigeant et vif, autant le méditatif qu'il pressait tant redoutait ces controverses. Aussi avait-on vu des entretiens se terminer par ce court dialogue : « C'est-à-
dire que vous voulez que j'écrive contre vous? Eh bien! il me sera facile de vous satisfaire! — Vous me ferez beaucoup d'honneur. » — Ou bien, c'étaient des pourparlers au cours desquels l'évêque recevait des lettres comme celle-ci (qui l'irritait singulièrement) : « Monseigneur, je ne puis du tout me résoudre à entrer en conférence avec vous sur le sujet que vous savez. J'appréhende ou de manquer au respect que je vous dois ou de ne pas soutenir avec assez de fermeté des se];Ltiments qui me paraissent, et à plusieurs autres, très véritables et très édifiants^. » Ennotre langue contemporaine, c'est ce que nous traduirions à peu près ainsi : « De vive voix la partie n'est pas égale entre nous, puisque vous êtes mon supérieur; mais je réserve tous mes droits de penseur et d'écrivain, et là il me suffit d'avoir pour moi la vérité. »
C'est après ces incidents que de l'oraison funèbre de Marie-Thérèse devait partir cette apostrophe retentissante 2, où la doctrine sur les voies générales de la Providence était visée.
A part cette sortie, et tout en faisant écrire par Fénelon une réfutation pour laquelle il fournit des ma-