‹ MalebrancheChapitre 16 sur 132 · LE MONDE DES CORPS · texte numérisé non relu

LE MONDE DES CORPS

Dans une lettre du 26 décembre 1686, peu de temps avant Tapparîtion de ses Entretiens métaphysiques, c'est-à-dire de l'œuvre où il faut chercher le fruit le plus substantiel de sa pleine maturité, Malebranche écrivait à l'un de ses amis :

« On veut que je fasse une métaphysique. Je croîs en effet que cela est fort nécessaire et que j'y aurais plus de facilité que bien des gens. C'est la bonne métaphysique qui doit tout régler, et je tâcherai d'y bien établir les principales vérités qui sont le fondement de la religion et de la morale. »

Ainsi, ce n'est ni par la psychologie, ni par la logique, ni par la science proprement dite, et ce n'est pas non plus par la théologie que doivent débuter ceux qui veulent comprendre Malebranche. Pour lui la métaphysique est le fondement unique de tout le reste : ce n'est pas à elle qu'on doit aboutir, c'est d'elle qu'il faut que l'on parte pour élever quelque édifice que ce

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soit. Beaucoup ont cru pouvoir distinguer l'ordre dos connaissances et Tordre des existences : le métaphysicien les unit inséparablement. Sans doute, il est impossible de ne pas faire un retour sur soi-même et sur sa propre intelligence pour se rendre compte des erreurs auxquelles elle est exposée et de leurs causes. Mais précisément on trouve là très vite, si on réfléchit, la preuve de cette nécessité où l'on est d'aller tout droit au principe immuable et nécessaire de toute vérité.

Ce principe, voici en effet comment on l'aborde et comment on le reconnaît. « Rien n'est plus évident, que toutes les créatures sont des êtres particuliers et que la raison est imiverselle et commune à tous les esprits *. » Remarquer cette opposition, c'est commencer à philosopher. Or, ce qui est particulier n'est tel que par une multitude de circonstances dont nous ne pouvons pas trouver le compte, qui ne se renouvelleront jamais dans les mêmes relations ni dans le même nombre, et dont le lien réel nous échappera toujours. Ce qui est universel enveloppe bien une infinité de cas, mais il les a sous sa dépendance au lieu de dépendre d'eux : il les régit également et immuablement; voilà pourquoi nous en avons une idée claire et une idée communicable : les deux se tiennent. La douleur que je sens, vous ne la sentez pas; car elle est mienne et non vôtre; mais la vérité que je vois clairement et distinctement, n'est pas exclusivement la mienne ; elle est aussi la vôtre ;

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