Éclaire, à la Rech., iO^'ÉcL
MALEBRAKCBE. 5
66 MALEBRANGHE.
puis accorder ensemble deux choses si opposées ».
On peut objecter sans doute, et Malebranche connaissait trop bien son Descartes pour ne pas le prévoir, que si Dieu a été libre dans le décret par lequel il a établi les lois du monde, ce décret une fois rendu, rien n'est plus en état de s'y soustraire, et que dès lors, dans le gouvernement de la nature, tout devient immuable, universel et nécessaire. Mais pour Fauteur de Idi Recherche de la Vérité * un tel décret « est une fiction de l'esprit, une imagination sans fondement ». — « Quand on pense à l'ordre, aux lois, aux vérités éternelles, on n'en cherche point naturellement de cause, car elles n'en ont point. On ne voit point clairement la nécessité de ce décret, on n'y pense jamais d'abord ; on aperçoit au contraire, d'une simple vue et avec évidence, que la nature des nombres et des idées intelligibles est immuable, nécessaire et indépendante. »
Indépendante? Ce mot choqua plus d'un esprit. Féne- Ion le releva et en prit argument pour reprocher au philosophe d'assujettir la volonté divine à un ordre nécessaire et éternel. En cela cependant Malebranche tenait une position à la fois hardie et sage entre celle de Descartes et celle où allait bientôt se placer Leibniz.
Le premier de ces trois grands métaphysiciens met à l'origine des choses une liberté si absolue et — au rebours de ce qu'il enseigne sur notre liberté à nous — si indifférente, que la justification des desseins et des