‹ MalebrancheChapitre 26 sur 132 · Éclairciss, à la Rech., 10* Écl · texte numérisé non relu

Éclairciss, à la Rech., 10* Écl

voies de la providence est impossible à essayer. Aussi le second s'écriera-t-il que, si Ton prend au pied de la lettre ce faux principe que Dieu produit Tordre et la vérité par une volonté entièrement libre, « tout est renversé ; il n'y a plus de science, plus de morale, plus de preuves incontestables de la religion ». Donc, chose étrange, mais facile à constater plus d'une fois, c'est le pur philosophe qui juge nécessaire, et peul^être aussi plus commode, d'adorer en se taisant, tandis que c'est le religieux qui voit là une sorte d'aberration de la raison et une tentation depyrrhonisme; dans celui-ci la volonté même de Dieu demande à être métaphysiquement expliquée, et elle peut l'être par des raisons que notre raison connaît; car notre intelligence est, non pas certes égale, mais semblable à l'intelligence divine, toutes les deux connaissant, consultant, aimant le même ordre, la même justice, la même vérité.

Cette Vérité, Leibniz, qui aura lu Malebranche, la tiendra, lui aussi, pour « indépendante »; mais il ira plus loin, car il mettra dans les possibles ou essences éternelles une « prétention », une tension interne à l'existence qui agira, comme du dehors, sur la volonté du créateur : il les montrera soumettant à Dieu leurs litres et leurs droits et obtenant de lui, par leur vertu intrinsèque, qu'il les appelle à la vie, comme un juge ou comme un maître qui ne fait que constater les mérites et qui, pour les consacrer, n'a en quelque sorte

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