Entr, mét.f X
2. V. particalièrement Traité de la NaL et de la Gr,^ 1« dis., P« partie.
LE BIÉTAPHYSICIEN. 95
Avant toutes choses, adhérez sans réserve à ce que demande la simplicité, la majesté de Tart divin. Un « honnête homme » qui se fait bâtir une maison ne sacrifie pas la beauté de son édifice à des usages subalternes et à des plaisirs de fantaisie. Ce sont plutôt ces derniers qu'il sacrifiera, s'il le faut, à la régularité des lignes, à l'ampleur simple et visible des proportions. Car n'est-ce point là ce dont jouit la partie la plus noble de luimême? Telle a été nécessairement la règle que le créateur a suivie. Si, au lieu de préférer sa sagesse à son ouvrage, il avait préféré « son ouvrage à sa sagesse », ce qui veut dire, s'il avait sacrifié quoi que ce soit de la simplicité et de la beauté, de ses voies propres pour épargner à l'univers quelque imperfection, la raison de son choix eût été hors de lui-même, et c'est là ce qui est impossible. Du moment où il fait tout pour sa gloire, il fait tout par les moyens qui expriment le mieux ses propres attributs. Voilà pourquoi Malebranche a proclamé ce principe le plus fécond de tous : cette méthode créatrice s'impose en effet au créateur, non seulement dans l'ordre de la nature, mais dans celui même de la grâce, dans le temps et dans l'éternité.
Aussi ne semble-t-il pas hors de propos de dire dès maintenant quel est l'esprit de l'esthétique de Malebranche; car cette esthétique est toute métaphysique, et elle est étroitement liée à la théorie de la création.
Le prix de l'art est-il dans la sensation? Non. Il n'en est pas absolument séparé, en ce sens que l'homme étant fait pour l'ordre en toutes choses, Dieu a voulu
qu'il souffrît quand il verrait le désordre ou quand il ne verrait pas l'ordre, quand, par exemple, s'offriraient à lui des mouvements incommensurables et incompréhensibles*. Il a voulu, par contre, qu'il trouvât du plaisir à tout ce qui est ordonné et mesuré. Il imprime ainsi dans l'àme tous les sentiments agréables ou désagréables (( qu'elle se donnerait à elle-même si, ayant beaucoup d'amour pour la vérité et pour l'ordre, elle pouvait agir en elle et connaître exactement tous les mouvements qui se produisent dans son corps ». Bien interprété, le plaisir sensible peut donc être un signe du beau, comme, dans l'ordre pratique, il peut être un signe du bien, tandis que la douleur est un signe du mal. Seulement il ne faut pas prendre le signe pour la réalité. « Prends bien garde, est-il dit à l'àme chrétienne, à ne pas aimer les beautés sensibles ni à te rendre le goût trop fin et trop délicat pour le discerner. Il n'y a rien qui affaiblisse tant l'esprit et qui corrompe tant le cœur. Comme les rapports sensibles se découvrent avec plaisir, tu négligerais bientôt la recherche des plaisirs intelligibles qui peuvent seuls éclairer ton esprit 2. » Celui qui fait parler ainsi la Raison suprême était musicien et il ne dédaignait pas, d'après le mot qu'il prête à l'un des interlocuteurs de ses dialogues, le recours à l'harmonie des instruments « pour calmer le chagrin et dissiper la mélancoUe ». Mais la mathématique de la musique était bien pour lui la raison profonde de ce