Rép. àla3* lettre cTAmauld, p
108 MALEBRANGHE.
S'il nous affecte d'une perception sensible, cette créature nous est découverte comme existante.
Enfin, « eUe nous est découverte comme faisant partie de nous-mêmes, si elle est fort intéressante et fort vive, telle que Test la douleur ^ ». Car si, dans l'opinion commune, nous jouissons ou souffrons de l'état de notre corps parce qu'il est véritablement nôtre et uni à nous substantiellement, dans l'opinion du métaphysicien l'ordre est retourné : c'est parce qu'il a plu à Dieu de nous faiie jouir ou souffrir à propos de ce corps et de ses mouvements, que nous le jugeons nôtre — sans avoir d'ailleurs aucime raison nécessaire à donner à l'appui de ce jugement.
Dans ces phases différentes d'une action de plus en plus complexe en nous, nous avons beau aller de l'intelligible au sensible , c'est toujours Dieu qui agit sur nous ; c'est véritablement entre lui et nous que tout se passe. Il y a seulement cette différence, que les idées nous mettent directement en rapport avec la sagesse de Dieu, nous font connaître ce qu'il connaît et établissent ainsi entre lui et nous une société dans laquelle entreront nécessairement les intelligences de nos semblables,
1. Voir 6* Éclaircissement sur la Rech. — Cf. Bép, à la 3* lettre d*Amauld, p. 126 : a C'est à cause de ces sentiments intéressants qu'elle regarde son corps comme étant uni avec elle et sourent même comme faisant partie de son être propre. Si la perception indirecte que j'ai de ce papier sur lequel j'écris mes visions, au lieu d'être blancheur, perception indifférente, j'en avais une perception intéressante, plaisir ou douleur, je le regarderais, ce papier, non comme un corps séparé du mien, mais comme un corps auquel mon âme serait physiquement unie, comme un corps que Je devrais ménager aussi soigneusement que le mien propre, etc. »
tandis que les modifications sensibles qu'il imprime en nous ne nous mettent en rapports qu'avec sa puissance, dont il ne nous a rien communiqué.
Combien donc est-il téméraire de vouloir ramener les unes aux autres nos perceptions et nos idées ! Jamais celles-là ne répondent à la réalité de celles-ci. « Quand je me pique ou quand je me brûle, j'ai xme perception très vive et très grande d'une idée pour ainsi dire fort petite; et quand j'imagine les cieux, j'ai une perception fort petite d'une très vaste idée i. »
Si c'est de Dieu et non des choses que nous viennent nos idées, c'est également de lui que nous vient l'amour principe des mouvements de notre âme. « Corps, esprit, pure intelligence, tout cela ne peut rien. C'est celui qui a fait les esprits qui les éclaire et qui les agite. C'est celui qui a créé le ciel et la terre qui en règle les mouvements 2. »
Mais qu'est-ce qu' « agiter » les esprits? C'est leur commimiquer une impression qui les meut sans cesse. Car, en vertu des principes posés, Dieu ne peut faire un esprit, qu'il ne le fasse et ne le conserve avec tels ou tels mouvements spirituels, de même qu'il ne peut créer un corps qu'il ne le mette ici ou là et ne lui imprime un mouvement déterminé dans l'espace. Nous appelons en