Bech.de la Vëriié,ll
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Telle est Torigine, telle est la fin, telle est la nature (les inclinations naturelles. Jusqu'ici, tout nous est commun avec les pures intelligences. Mais dans l'être total de rhomme, ces inclinations reçoivent par les mouvements extraordinaires des esprits animaux et du sang, des stimulants, des résistances, des épreuves qui les surexcitent ou qui les troublent*. A ces phénomènes, l'auteur de la Recherche de la Vérité donne indifféremment le nom d'émotions et de passions. Mais il y voit toujours des impressions continuelles que l'auteur de la nature produit en nous à propos ou à V occasion des mouvements corporels qui nous agitent.
Ce mot d' « occasion », il a donc été déjà prononcé souvent, et il nous a même été expUqué autant qu'il peut l'être. Rappelons d'abord un peu plus explicitement quelle est l'étendue et la portée de cette hypothèse métaphysique.
Ceux qui l'ont étudiée semblent n'avoir eu généralement en vue que la volonté humaine considérée, non comme une cause efficace et productrice, mais comme simple cause occasionnelle d'un mouvement que la seule efficace de Dieu peut produire en nous. En réalité cependant, elle s'applique à l'intelligence autant qu'à la volonté, aux actions que nous croyons recevoir autant
1. Cette portion de la passion est donc plus empirique; aussi devonsnous en ajourner Texposé.
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(ju'à celles que nous croyons exercer. Elle enveloppe tout ce qui, aux regards des sens et selon les préjugés vulgaires, parait être une cause, cause seconde, mais toutefois cause réelle, dit-on. Souvenons-nous-en, la cause réelle est unique, et c'est toujours la même qui agit partout. Ainsi, lisons-nous dans le iS^ Entretien métaphysique j « les ébranlements qui s'excitent dans mon cerveau sont la cause occasionnelle ou naturelle de mes sentiments ; la cause occasionnelle de la présence de mes idées à mon esprit, c'est mon attention ». Eu d'autres termes, que les actions semblent aboutir à nous ou en partir, les mouvements qui les expriment ne sont jamais que l'occasion que Dieu s'est éternellement réservée pour nous faire ou produire ou subir, par lui, quelque état que ce soit.
Du moment où Malebranche présente ainsi sa théorie, on s'attend bien à ce qu'il Tétaie comme toutes les autres sur le petit nombre de principes dont il retrouve partout les applications. Prétendre que les êtres de la création — l'homme compris — soient capables d'une action efficace, c'est traîner dans l'ornière de tous lesscholastiques. A la suite de « ce misérable et pitoyable philosophe *» appelé Aristote, ils s'ingénient à établir en dehors de Dieu une « nature » à laquelle ils donnent vingt noms
1. ib* Éclaircissement, Jamais Malebranche n'a parlé autant des scholastlques; c'est là surtout qu'on doit se reporter pour se rendre compte du degré de connaissance qu'il pouvait avoir des doctrines de FÉcole. C'est là, en effet, qu'il disserte sur Ayicenne et Aricembron, sur Suarez, Fonseca, Rurio, d'Ailly et quelques autres.
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lli. MALEBRANGHE.
divers: nature, âme universelle, âme des bêtes, force, forme, etc.; ils ne s'aperçoivent pas que cette diversité même est une preuve de T embarras où ils se sont mis. Qu'on revienne donc, une fois pour toutes, aux idées simples et claires.
Il est contradictoire que les corps puissent agir sur les corps; « ils ne peuvent rien d'eux-mêmes ». « La force mouvante d'im corps n'est que l'efficace de la volonté de Dieu qui le conserve successivement en différents lieux. » « La matière n'a qu'une capacité passive de mouvement *. »
Enfin (( l'esprit même n'agit pas autant qu'on se l'imagine... Je nie que ma volonté soit la cause véritable du mouvement de mon bras, des idées de mon esprit et des autres choses qui accompagnent mes volontés; car je ne vois aucxm rapport entre des choses si difiPérentes. Je vois même très clairement qu'il ne peut y avoir de rapport entre la volonté que j'ai de remuer le bras et entre l'agitation des esprits animaux, c'est-à-dire de quelques petits corps dont je ne sais ni le mouvement ni la figure, lesquels vont choisir certains canaux des nerfs entre un million d'autres que je ne connais pas, afin de causer en moi le mouvement que je souhaite par une infinité de mouvements que je ne souhaite pas 2 ».
Donc ce n'est pas un simple « concours » que Dieu nous donne, ainsi que beaucoup de philosophes et de
1. EntreL mét,\n ; ibid., XIl. — Cf. 15« Éclaire, sur la Rech.