Entret. sur la mort, II
de Tàme avec les traces du cerveau et des émotions de l'âme avec les mouvements des esprits animaux ; mais il faut toujours recourir à celui qui réalise pratiquement cette correspondance. Car « ôtcz l'efficace divine, tout est mort et sans mouvement. Que dis-je?Tout rentre aussitôt dans le néant * ». Il est donc évident que mon bras est mû, « non par ma volonté, qui est impuissante en elle-même, mais par celle de Dieu qui ne peut jamais manquer d'avoir son eflfet ». Pour le produire, cet eflfet, il n'a besoin d'aucun secours, d'aucun instrument. 11 y a contradiction qu'il veuille et que ce qu'il veut ne soit pas. Cela suffit!
Dieu partout, Dieu acteur unique de tout ce que les êtres particuliers semblent accomplir, voilà donc ce qui remplit jusqu'à présent la métaphysique dont nous cherchons l'intelligence. Mais alors se posent à nous des questions dont celui qui nous les suggère nous doit la solution. Il le sait, et il ne recule pas, autant qu'on Fa dit quelquefois, devant ce devoir, ajoutons, si l'on veut, devant cette difficulté. Ces questions sont les suivantes :
Qu'est-ce que la réalité des corps? Est-elle ou non une illusion? Dieu, pour nous conduire comme il le fait, at-il eu besoin de créer de véritables corps matériels,
1. 15* Éclairciss, sur la Rech. Toutes ces propositions ne sont da reste qae des applications nécessaires des principes généraux qu'on a lus plus haut
avec extension locale, et peut-on prouver qu'il Ta fait?
Qu'est-ce que la science que nous avons ou croyons avoir des corps? Est-elle certaine? Et où faut-il chercher le fondement solide sur lequel repose cette certitude?
Qu'est-ce que l'âme?
Enfin, à supposer que nous ayons trouvé une base à la science spéculative, pouvons-nous d'autre part en trouver ime à notre action pratique, ce qui veut dire : Sommes-nous ou ne sommes-nous pas libres et responsables de nos destinées?
Examinons d'abord ce que la matière est aux yeux — sinon du sens commun vulgaire — au moins du sens commim réfléchi et déjà éclairé par certaines considérations scientifiques. Depuis Descartes, il n'y a point à hésiter. La matière, c'est de l'étendue. — Voilà son essence, ce qui ne veut pas dire : voilà tout ce qu'elle est; car l'essence d'une chose n'épuise pas tout ce que cette chose est ou peut être. L'essence d'une chose « est ce que Ton conçoit de premier dans cette chose » et de quoi dépendent toutes ces modifications qu'on y remarque *. Ajoutons maintenant : c'est de l'étendue figurée — et c'est par conséquent de l'étendue mobile.
C'est de l'étendue : la proposition est tenue pour évidente par elle-même. 11 suffit, dit Malebranche, de consulter avec application l'idée de l'étendue pour « reconnaître que l'étendue n'est pas une manière