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Rech, delà Vérité, IV, il

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sont radicalement incapables d'exercer d'eux-mêmes et par eux-mêmes aucune action u physique ». Aussi vat-on pouvoir se convaincre que de cette déclaration sort très logiquement la condamnation la plus explicite et de la théorie de la génération spontanée et de la théorie de la transformation des espèces les unes dans les autres.

Le philosophe entrevoyaii^il que chacune de ces deux hypothèses met dans la matière un principe original do développement et d'arrangement, une tendance efficace à Fadaptation et au renouvellement? Il paraît difficile de ne le pas croire. Rappelons d'autre part que, contre Descartes, il admettait non seulement l'existence d'une finalité, mais la possibilité d'en déchiffrer les vues principales. C'est ce mélange de finalité et de mécanisme qui fait Toriginalité de ses vues sur la nature de la vie.

On a reproché souvent à Descartes d'avoir abordé de biais et avec des allures peu franches le problème de la création. Car, dit-on, après avoir résumé toutes les lois de la nature en quelques formules de mécanique, il prétend n'expliquer ainsi que la suite des phénomènes du monde une fois créé, non la première apparition du monde môme, sorti tout entier et d'un seul coup des mains du créateur. D'importants chapitres de la Recherche de la Vérité et àe^ Entretiens métaphysiques^ sont consacrés à démontrer que ce n'est là ni une contradiction ni ime feinte : « M. Descartes a pensé que Dieu avait

L Eech., VI, 11, A;EntT. mût., XI.

formé le monde tout d'un coup, mais il a cru aussi qu'il T'avait formé dans le même état, dans le même ordre et dans le même arrangement des parties où il aurait été s'il l'avait formé peu à peu par les voies les plus simples. Et cette pensée est digne de la puissance et de la sagesse de Dieu : de sa puissance, puisqu'il a fait en un moment tous ses ouvrages dans leur plus grande perfection; de sa sagesse, puisque par là il a fait connaître qu'il prévoyait parfaitement tout ce qui devait arriver nécessairement dans la matière, si elle était agitée par les voies les plus simples, et encore parce que l'ordre de la nature n'eût pu subsister, si le monde eût été produit d'une manière contraire aux lois de mouvement par lesquelles il est conservé. »

Cela est d'autant plus vrai, ajoutent les Entretiens métaphysiques j que si on comprend parfaitement que les lois du mouvement suffisent pour faire croître les parties d'un animal, ces lois ne sauraient suffire à les former et à les lier toutes ensemble*. D'abord ces parties sont en nombre infini; puis, ce qui est plus décisif encore, elles ne sont pas seulement « liées », comme il vient d'être dit; il faut considérer que cette liaison comprend et leurs ajustements réciproques dans l'infinité d'un même être, et l'ajustement de ces êtres à la série indéfinie de ceux qui doivent en sortir (car Malebranche

1. Claude Bernard a enseigné quelque chose d'analogue en disant que si les phénomènes de la Tie, dans l'organisme une fois donné, se réduisent à des faits physico-chimiques, ni la physique ni la chimie ne peuvent expliquer la création de l'organisme.

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soutient la théorie de remboîtement des germes) et rajustement de l'espèce à toutes les fins voulues par Dieu dans l'infinité de sa création. Plantes et animaux, animalité et humanité, ordre naturel et ordre surnaturel, tout en eflfet se tient, tout est hé, tout fait partie d'un plan infini dans lequel rien n'a été soustrait ni à la sagesse ni à la puissance du Père souverain de toutes choses.

Dans cette manière de voir, tout organisme vivant est comme une montre qui contiendrait une infinité de montres infiniment petites, toutes construites, toutes déjà montées de la même manière, toutes éternellement destinées à s'en détacher à un moment donné pour reproduire exactement les mêmes mouvements selon les mêmes lois simples de la mécanique. Mais pour que ces lois mécaniques opèrent, encore faut-il que le mécanisme soit donné. Celui qui le donne avait en vue les principes d'après lesquels il voulait qu'il marchât; voilà ce qu'a bien vu Descartes : il a eu seulement tort de ne voir ni là ni ailleurs des marques évidentes de finalité. Quoi qu'il en soit, une double conclusion s'impose. De pareils organismespeuvent bien s'altérer, se démonter, par suite d'un conflit dans les lois générales de la nature : c'est ce qui fait qu'il y a des maladies et des monstruosités ; mais ils ne peuvent ni se produire ni se transformer harmonieusement et utilement.

Et en eflfet les deux fausses hypothèses se tiennent. Théotime parle de la transformation de la fourmi-lion en demoiselle. — « ïe sais ce que c'est, répond Théodore. Mais vous vous trompez de croire qu'elle se transforme en

demoiselle. — Je l'ai vu, Théodore, ce fait est constant. — Et moi, Théotime, je vis l'autre jour une taupe qui se transforma en merle. Comment voulez-vous qu'un animal se transforme dans un autre? Il est aussi difficile que cela se fasse que d'un peu de chair pourrie il se forme des insectes. * »

La discussion reprend sur cç dernier point. Théodore expliqua que là où le commun des hommes croit à la production d'animalcules nouveaux par la simple pourriture (nous dirions aujourd'hui à la génération spontanée), il y avait des œufs préalablement déposés. — Et Théotime se rend : « Ce que vous dites est sûr, car j'ai renfermé plusieurs fois de la chair où les mouches n'avaient point été, dans une bouteille fermée hermétiquement, et je n'y ai jamais trouvé de vers. » Ce ne sont pas encore là les expériences de Pasteur, assurément; mais c'en. est comme un essai qui ne mérite pas trop d'être appelé grossier. Et Théodore continue à arguer de la perfection du mécanisme pour nier qu'il sorte d'autre chose que d'un acte combiné delà sagesse créatrice. « Il est infiniment plus facile, conclut-il, de concevoir qu'un morceau de fer rouiUé se change en une montre parfaitement bonne » que de concevoir qu'un animal complet se forme natiu'ellement de la pourriture ; « car il y a infiniment plus de ressorts et de plus délicats » dans le plus vil des animaux que « dans la pendule la mieux composée ».

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