‹ MalebrancheChapitre 55 sur 132 · Entr. met, XI · texte numérisé non relu

Entr. met, XI

Quelle que soit la place que ces théories naturalistes ou cosmologiques occupent dans la philosophie de rillustre cartésien, c'est surtout aux grands problèmes métaphysiques qu'elles nous ramènent, comme d'ailleurs tout chez lui nous y ramène promptement. Tout ce que nous recueillons en effet de sa pensée, en tout ordre de sujets, nous oblige à nous demander de nouveau : où voyons-nous tout cela? — Et de nouveau nous ne pouvons que nous répondre : en Dieu! Nous voyons cela en Dieu, parce que cela est en lui avec une efficacité qui, agissant directement sur nous, se révèle à nous par là même. Rappelons-nous l'analyse de l'étendue, qui en Dieu représente le monde sa créature. Dieu voit d'abord l'étendue intelligible ou incréée qui est en lui : il la voit dans sa substance éternelle ; puis il voit, dans sa volonté, l'étendue créée. La première, il la voit inmiuable, incorruptible, parce qu'elle est telle de son essence; la seconde, il la voit changeante et corruptible, parce qu'elle est telle dans ses décrets.

« Dieu a en lui-même Tidée de l'étendue parce qu'il la voit et qu'il l'a faite, et cette idée est incorruptible. Il a voulu qu'il y eût des êtres étendus, et ces êtres ont été produits. Il a voulu aussi que ces parties étendues fussent agitées sans cesse et qu'elles se communiquassent naturellement leurs mouvements. Or, cette conmiunication des mouvements que Dieu ne peut

ignorer, puisqu'il ne peut ignorer les volontés qui en sont la cause, est l'origine de la mutabilité, de la corruption et de la génération des différents corps. Ainsi Dieu voit en lui-même la corruption de toutes choses, bien qu'il soit incorruptible : car s'il voit dans sa sagesse les idées incorruptibles, il voit dans ses volontés toutes les choses corruptibles, puisqu'il n'arrive rien qu'il ne fasse*. »

Que cette doctrine ait été appelée mainte et mainte fois idéalisme, il n'y a qu'à ouvrir le premier manuel venu pour le constater. Mais il y a des idéalismes de plus d'un genre, et il est tout à fait à propos de se demander quel est celui que nous trouvons ici.

L'idéaUsme contemporain professe que c'est notre esprit qui fait ses sensations et qui les construit, et que rien ne nous dit que l'idée que nous nous formons ainsi d'im monde extérieur réponde en eflfet à un monde extérieur réel. La position prise par Malebranche en face de ce problème n'est ni très simple ni très facile à saisir. Pour bien savoir à quoi répond pour hri la conception du monde, il faut regarder successivement et en nous et en Dieu, mais surtout en Dieu.

Supposer que nous soyons capables de nous donner des sensations et de les organiser par ime vertu qui nous soit propre, c'est là une hypothèse écartée d'avance, tout autant que celle qui mettrait dans la matière une vie et une action productrices de phénomènes. Les

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