Conver. chrét,^ 3* Entretien
Iâ8 MALEBRANGHE.
créatures, les choses et les figures géométriques qui leur constituent leurs qualités apparentes, sont en Dieu. Elles y sont idéalement et non réellement, lui objecte Amauld. — J'accepte le mot, répond son adversaire, quitte à l'expliquer . Ainsi, à défaut du substantif w idéalisme » qui ne fera son avènement que plus tard , voici l'adverbe de même racine ; et autour de ce mot se livre un petit combat intéressant.
Oui, toutes choses sont en Dieu idéalement; mais il faut se rappeler la différence du mot idée appliqué à Dieu et appliqué à l'homme. Je consens, lisons-nous dans la polémique contre Amauld, que les choses soient en Dieu idéalement^ « pourvu que ce mot marque qu'elles y sont effectivement et tout autrement qu'elles sont en moi, qui ne suis pas ma lumière à moi-même; pourvu que cet idéalement marque suffisamment que la substance divine est représentative de toutes choses à l'égard de toutes les intelligences, parce qu'effectivement elle renferme d'une manière intelligible tous les êtres et créés et possibles...
<i Mais si par idéalement on veut marquer qu'elles ne sont en Dieu qu'objectivement ou que Dieu les voit hors de lui, comme je prétends que * je ne les vois que hors de
1 . Noas lisons dans Descartes {Réponses aux secondes objections) : h Par réalilé objecUve d'une idée, j'entends l'entité on Tètre de la chose représentée par cette idée, en tant que cette entité est dans Fidée... Tout ce que nous concevons comme étant dans les objets des idées, tout cela est objectivement on par représentation dans les idées mêmes. » C'est à ce Gens cartésien du mot ff objectivement » qu'il faut se reporter ici, non ati sens qu'il a de nos jours.
moi dans la substance du Verbe auquel je suis uni, je soutiens que c'est la plus grande des impiétés, parce que c'est soutenir que Dieu n'est pas à lui-même sa sagesse et sa lumière ^. »
Une telle doctrine, on s'en rend aisément compte, est moins de l'idéalisme (tel qu'on l'a compris dans la majorité des écoles) qu'une sorte de réalisme d'origine, d'essence et de valeur divines, si l'on me permet ces expressions. Le problème que le sens commun réfléchi se pose n'est donc point encore résolu. Car de nouveau on se demande : dans la nature et au regard de nos sens, cette étendue, que Dieu ne voit qu'en lui, est-elle réelle? Les. corps existent-ils en dehors de ce que Dieu nous fait voir par l'action qu'il exerce directement sur nous?
Il faut bien le reconnaître, l'auteur des Entretiens métaphysiques et du Traité de la Nature et de la Grâce, est ici dans ime situation analogue à celle où nous le verrons bientôt devant la question des miracles. Il y croit, dit-il, mais avec toutes sortes de réticences, et on peut presque dire, d'arrière-pensées. Pour la plupart des hommes, la matière et ses lois sont réalité et objet de science certaine, tandis que la métaphysique est un mystère devant lequel ils demeurent au moins perplexes. Pour le penseur qui nous occupe, c'est l'inverse qui est le vrai : l'intelligible, voilà — sans vouloir jouer jsur les mots — ce qui est vraiment intelligible : la mati^e