n« partie, ch. ii
ikk MJLLEBRANCHE.
« Lui seul est la cause de tous les mouvements de notre corps. »
Alors, se demande-t-on, que nous reste-t-il ? Eh bien, le voici !
Dieu seul est la cause de nos connaissances. Oui, en ce sens que de Dieu seul vient la lumière qui nous éclaire et que notre raison est une participation de sa raison. Mais cette limiière ne nous vient pas et surtout ne nous reste pas sans que nous la demandions et la cherchions : elle nous éclaire dans la mesure où nous la désirons véritablement, sincèrement, courageusement. La part de la volonté libre dans la croyance est à tous égards considérable. Au premier abord, elle parait toute négative. Malebranche, se dit-on, la fait consister tout simplement à refuser sa créance à tout ce qui n'est pas évident, car lorsque nous consentons à donner notre adhésion, nous cédons ou à l'évidence irrésistible ou à une apparence qui nous entraîne parce que nous ne résistons pas comme nous le devrions et que nous n'usons pas de notre pouvoir de suspendre notre jugement*. Mais la volonté même de suspendre son jugement, la volonté de donner plus de force à notre attention, cette « prière naturelle par laquelle nous obtenons que la Raison nous éclaire », n'est-elle pas une preuve que si l'erreur vient d'un défaut de la volonté, la vérité est au
1. a L'erreur ne consiste que dans un consentement précipité de la tolonté qui se laisse éblouir à quelque fausse lueur et qui, au lieu de conserver sa liberté autant qu'elle le peut, se repose avec négligence dans l'apparence de la vérité. » (Rech., VI, i, 2.)
prix d'une action positive de cette volonté même? « C'est par \m acte libre et par conséquent sujet à l'erreur que nous consentons, et non par une impression invincible ; car nous croyons parce que nous le voulons librement, et non parce que nous le voyons avec une évidence qui nous met dans la nécessité de croire comme font les démonstrations mathématiques*. » C'est dans ce sens qu'il a pu être dit dans le Traité de Morale"^ : La lumière est soumise à nos volontés. »
« Dieu seul est la cause des mouvements naturels de nos volontés. » Soit! mais, lisons bien : des mouvements naturels, non de ces mouvements qui ont acquis par nous, par notre libre consentement, une valeur morale.
« Dieu seul est la cause de nos sentiments. » Soit encore! mais, nous Tavons vu à propos de la haine, il n'est point la cause déterminante du consentement que nous leur donnons et qui en fait la bonté ou la malice.
« Dieu seul est la cause des mouvements de notre corps. » Oui, mais il n'est pas la cause intime, immanente et cependant toute-puissante de la détermination particulière que nous le contraignons en quelque sorte d'imprimer à ces mouvements.
Pour achever de bien éclairer cette solution si intéressante, il est une comparaison qui s'impose. Qui de nous, surtout quand on lui faisait apprendre, en ses jeunes années, le catéchisme, n'a pas entendu expliquer en termes solennels ce mystérieux pouvoir du prêtre