Éclaircissement sur la Recherche
VALBBRAIfCHE. 10
faisant descendre Jésus-Christ dans Thostie? Certes, ce n*est point le prêtre qui transforme les espèces, mais c'est à sa parole que la transformation s'accomplit. Quel compte ne devra-t-il pas rendre d'un tel pouvoir, s'il en use dans des fins indignes et sacrilèges ! Sa responsabilité est d'autant plus terrible que Dieu lui a obéi et s'est laissé profaner pour accomplir jusqu'au bout la promesse faite à ses apôtres. Eh bien! aux yeux de Malebr anche, ne craignons pas de le dire, tout honune est un prêtre qui doit tout à la fois sacrifier et consacrer son corps et sa vie, les sacrifier dans ce qu'ils ont de sensible et de matériel, les consacrer par leur imion à la substance de la sagesse éternelle. L'homme ne fait rien, Dieu fait tout. Mais c'est à la prière, disons mieux, c'est sur les ordres de l'homme que Dieu fait tout ce qui intéresse directement la vie de l'homme et dans son corps et dans son âme. Mesurons donc, nous aussi, nos responsabilités à l'étendue de cette puissance et au caractère de Celui qui nous la confère en se faisant l'exécuteur docile de nos volontés quelles qu'elles soient. N'obligeons pas Dieu, en conséquence de ses propres lois, à servir en nous l'iniquité. C'est une espèce de sacrilège que de faire de l'efficace de son action des usages profanes. « Dieu étant juste, il ne peut se faire qu'il ne punisse un jour la violence qu'on lui fait quand on l'oblige de récompenser par le plaisir des actions criminelles que l'on commet contre lui. Lorsque notre âme ne sera plus unie à notre corps. Dieu n'aura plus l'obligation qu'il s'est imposée de nous donner des sentiments qui doivent répondre
aux traces du cerveau, et il aura toujours Tobligation de satisfaire à sa justice ! Ainsi, ce sera le temps de sa vengeance et de sa colère*. »
Un tel pouvoir a beau nous être donné comme immanent, sa causalité toute morale ne compense-t-elle pas largement ce qui est enlevé ou dénié à notre causalité physique? Allons plus loin, n'est-ce pas précisément cette immanence (jui nous met à l'abri et qui nous sauve du mécanisme universel? N'est-ce pas elle aussi qui, plus que toute autre distinction, fait de nous des substances séparées de la substance divine et nous empêche d'être anéantis dans son infinité? La théorie qui nous l'explique ne fait -elle point un contrepoids suffisant à la conception si fameuse et si critiquée de Dieu uiiique auteur des actions qui nous servent comme de celles qui nous sollicitent? On en sera encore plus convaincu, j'en suis sûr, quand on aura étudié avec nous cette autre partie de la métaphysique de Malebraache qu'on peut appeler sa métaphysique religieuse : car on la verra partout et toujours inspirée par le souci logique, parfaitement conséquent avec lui-même, de maintenir l'intégrité de notre liberté spirituelle.
1. Recherche de la Vérité^ IV, 10. Cf. Entretiens métaphysiques , VIII, 14, et Traité de Morale, II« p., 11.