‹ MalebrancheChapitre 83 sur 132 · Xll · texte numérisé non relu

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effets qui dépendent de lois générales gui ne nous sont pas connues. » A ce compte, rien ne s'oppose à ce qu'il y en ait un grand nombre, et en effet Fauteur du Traité de la Nature et de la Grâce ne craignait pas d'écrire : « Je crois qu'il s'en fait dans le monde beaucoup plus qu'on ne s'imagine. »

Déjà, nous autres hommes, n'apportons-nous pas à ces lois de la communication des mouvements des dérogations apparentes? Par les lois de la mécanique, tout corps doit tomber vers le centre de la terre ; et cependant je lève mon bras en l'air. « Ce mouvement passerait pour miraculeux, si nous ne reconnaissions point d'autres lois naturelles que celles de la communication des mouvements. » A celles-ci se superpose la loi non moins générale de l'union de l'àme et du corps : notre âme intervient comme cause occasionnelle, et Dieu, pour assurer la conservation de ses créatures, s'est obligé lui-même à mettre son action efficace au service de nos désirs. C'est par une loi identique, quoique moins visible, que, pour assurer la vie de l'Église et la défense de ses intérêts étemels, il a mis la même causalité au service des anges et au service de Jésus-Christ. Ceux-ci en usent d'après des lois non moins générales que celles qui président à l'union de notre corps et de notre âme. Us arrêtent le cours d'une maladie comme nous arrêtons la chute d'un corps en le soutenant avec notre main. II y a superposition de lois également générales sans violation d'aucune d'entre elles.

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Reste le problème des rolontés particillières. Mais n*esi-il pas déjà résohi dans le même sens et en application des mêmes principes? Malebranche le croit en effet, et c'est à dessein qn*il mêle si souvent les deux questions *. Ici non plus, il ne se demande pas assez clairement s'il est impossible de mettre en jeu des lois générales pour des fins et par des volontés particulières. Il évite presque d'expliquer qu'en se réservant rétablissement de celles-là, le Dieu tout-puissant a pu abandonner celle-ci aux anges et à la personne du Christ. Pour la production des miracles, comme pour la distribution de la grâce, il lai faut que tout se ramène le plus possible à des volontés générales exécutées par des voies générales. Lui demande-t-on ironiquement si Dieu a choisi saint Michel pour le gouvernement du peuple juif, parce que saint Michel s'obligeait à être plus ménager de miracles qu'un autre ange; il avoue que c'est bien là, au fond, sa pensée. Tout par des lois et par des volontés générales, oui, c'est bien là le principe fondamental de la métaphysique : il souhaite que ce soit aussi celui de la théologie. Les suppositions

1. « Ce qoe Dieo fait par des rolontés particolières est certainement on miradé » {Nat. et Gr., i**écl. 13}. Mais Malebranche restreint ensuite cette déclaration, ao point qa'on peot se demander s'il ne la contredit pas.

Ainsi dans ce passage : « Supposé que Jésos-Christ, ponr exécuter les desseins [de son Père], ait désiré... qoe le feo qoi serrait aa sacrifice de saint Laurent ait perdo sa chaleor, il est certain qu'alors il s'est fait ce qu'on appelle un miracle, et cependant Dieu n'a point fait ce miracle par une rolonté particulière, mais en conséquence de la loi générale, dont reflScaee a été déterminée par le désir actuel de l'âme de Jésus-Christ » {Nal. et Gr., dernier éclaircissement.)

contraires, si elles ne sont pas absolument sans quelque apparence, ne peuvent pourtant pas se prouver. Indépendamment des raisons d'ordre moral, « on peut souvent s'assurer que Dieu agit par des volontés générales ; mais l'on ne peut de même s'assurer qu'il agisse par des volontés particulières dans les miracles même les plus avérés* ». — « Qu'on n'aille donc pas, conclutil, abandonner la vérité clairement connue, à cause de quelques objections qu'on peut tirer de l'ignorance où nous sommes de beaucoup de choses 2. »

S'il est un problème sur lequel cette ignorance soit épaisse, c'est celui de la prédestination. Ici encore cependant Malebranche sait nous ramener à ses conclusions favorites à travers les sentiers les plus épineux.

Quelle différence y a-t-il entre la grâce et la prédestination? Saint Augustin 3 l'explique en disant que la prédestination est la prescience de la préparation du don de la grâce, et que la grâce est le don même conféré. Or, la grâce — selon le dogme catholique bien fixé contre les hérésies des Pélagiens et des semi-Pélagiens — est gratuite. La prédestination doit l'être aussi.

Mais pour être gratuite et pour précéder les mérites

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