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Delà PrédestinatioUy

182 MALEBRANGHE.

du prédestiné, est-elle sans aucun rapport avec ces mérites? Suppose-t-elle un choix arbitraire? Porte-t-elle sur celui-ci ou sur celui-là, sans aucun autre motif que le choix particulier et individuel de la volonté divine? Et enfin est-elle invincible? Tout ce qu'on a lu plus haut aide à comprendre que toutes ces hypothèses se tiennent, et que pour le théoricien des lois générales de la grâce, il s'agit de les combattre et de les ruiner l'une après l'autre.

D'abord la prédestination, telle que la définit saint Augustin, n'est pas précisément la prédestination au salut assuré quand même et indépendamment des mérites de l'honmie; c'est la prédestination à la grâce ^ Or, si l'obtention de la grâce ne dépend pas de notre choix ni de notre liberté, les effets de la grâce une fois obtenue en dépendent. Par conséquent la prédestination ne saurait jamais être sans rapports avec les efforts méritoires de notre liberté. Ces effets ultérieurs et méritoires de la grâce. Dieu prévoit ou plutôt Dieu voit qu'ils feront défaut chez les uns, qu'ils se produiront chez les autres : ce sont ces derniers qui sont les prédestinés 2.

1. Ce ne serait en même temps la prédestination au salut que si la grÀce était a invincible »,pour employer Texpression si souvent répétée dans ces polémiques avec Port-Royal.

2. La plus grande difficulté est dans la nature de la prescience divine, mais on sait que cette difficulté pèse sur toute philosophie admettant l'existence de Dieu, et qu'elle n'est point spéciale à la question de la grâce. Elle n'a d'autre origine que notre incapacité radicale à comprendre icibas Tessence divine et la nature de la vie divine, laquelle n'est point soumise, comme la nôtre, aux lois de l'espace et du temps.

Cette doctrine n'est autre que la doctrine dite congruiste, et qui paraît bien avoir prévalu près de la majorité des docteurs ^. Faut-il, suivant la dialectique si hardie de Malebranche, l'appliquer à Tàme même de Jésus-Christ? Faut-il dire qu'une grâce invincible par elle-même aurait détruit en lui cette espèce de liberté qui lui était nécessaire pour acquérir les mérites qui sont le fondement de notre réconciliation et la source de toutes les grâces que nous recevons de lui? Faut-il admettre que, du moment où il a été tenté comme nous, il a dû, comme nous, recevoir des grâces conformes à ses besoins? En tout cas, le congruisme Appliqué à l'homme est une doctrine qui, sans être consacrée à l'exclusion de toute autre, est parfaitement orthodoxe et présente moins de difficultés que la plupart des autres. Et la voici parfaitement résumée dans la deuxième des Trois lettres contre la défense de M. Arnauld 2.

« Il est permis de soutenir que Dieu ne nous a prédestinés à la gloire que parce qu'il a prévu que nous le mériterions par sa grâce. Et toute cette dispute de la prédestination se réduit à savoir si Dieu veut sauver tels et tels et leur donner pour cela telles et telles grâces, ou si Dieu veut premièrement donner sa grâce à tels et tels et sauver ceux qu'il prévoit en faire bon usage. Ainsi cette question arbitraire ne consiste que

1. C'est celle da cardinal Goasset, dans sa Théologie dogmatique^ tome I, Traité de la Grâce et de la Prédestination^ eh. m, art. 3.

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