‹ MalebrancheChapitre 97 sur 132 · JTecft. de la rér., 1. 1, ch. i · texte numérisé non relu

JTecft. de la rér., 1. 1, ch. i

adopté toutes les fois qu'il s'agit de donner comme une synthèse résumée de la vie de Fesprit. L'entendement pur nous unit à Dieu, et c'est par la révélation immédiate qu'il reçoit que tout commence, mais il n'est pas en nous à l'état indépendant comme il l'est dans les esprits célestes : il se sent ou se croit logé dans un corps. Il cherche donc une forme matérielle : l'imagination lui en détermine une ; la sensation achève de la lui diversifier, de la colorer, d'y intéresser enfin tout ce qu'il sent en lui de corporel. L'ordre adopté dans la suite des livres de la Recherche est sans doute l'ordre inverse, l'ordre vulgaire : les sens, l'imagination, l'esprit pur. C'est qu'il s'agit, dans l'enseînble de l'ouvrage, d'expliquer, non la genèse de la vérité, mais les causes de nos erreurs. Or il est évident que plus nous nous éloignons de la source profonde, plus les occasions d'égarement se multiplient. Pour le métaphysicien qui explique la formation de nos connaissances certaines et fondées, les sens viennent en dernière ligne ; mais pour qui nous explique les erreurs, c'est à eux qu'il faut aller d'abord comme à la cause la plus fréquente et la plus dangereuse, par conséquent la plus urgente à exposer, de nos illusions.

Il y a cependant une autre raison pour parler d'abord des sens avec quelque étendue. Leur principal rôle n'est pas, tant s'en faut, de nous aider dans notre

effort pour connaître la vérité elle-même ; là ils ne peuvent guère que nous tromper. Leur utilité est autre : « Les sens ne nous sont donnés que pour la conservation de notre corps et non pour nous apprendre la vérité ^. »

Le malheur est que la sensation est un phénomène complexe. Il faut y distinguer deux groupes d*éléments : un premier « appartient au corps » ; il comprend : 1® Faction de Fobjet, l'impulsion mécanique qu'il exerce sur nos organes extérieurs, par la chaleur, par exemple; 2<> la passion de l'organe interne (nerfs et cerveau). Le second, avec lequel commence l'entendement, « appartient à l'âme »; il comprend : i^ la passion de l'Ame (sensation proprement dite, plaisir ou douleur sentis, perception); 2* le jugement, lequel se décompose; car il y a le jugement naturel, spontané, irrésistible, dénommé ailleurs raisonnement confvjs ou « sensation composée »; puis le jugement libre (mais devenant, est-il ajouté, si naturel, qu'on ne peut presque plus s'en passer).

Nous ne serons pas étonnés que le premier groupe ait toute la faveur de notre philosophe et qu'il l'étudié

1. Comparer à ce sujet Recherche de la VérUé,î^ iv, 1; SntreLmétaph,, 1, 10 et les trois premières Médit, chr, ; particulièrement ce passage de la !'• (7) : « Tu penses peut-être que tu reçois ou que tu te formes des corps qui t'environnent les idées que tu en as. Mais n'écoute pas tes «ens; consulte ce que tu reconnais en toi de plus éclairé et de moins sujet à l'erreur. Penses-tu que ces corps soient visibles par eux-mêmes, qu'ils puissent agir en toi et se représenter à toi? »... Etc. — Mais insister davantage serait reprendre à nouveau l'exposé des doctrines métaphysiques.

avec une certaine prédilection. Il est bien entendu que ce n'est pas au point de vue de la connaissance, « C'est pour la conservation de notre corps que Dieu nous a donné les sens*. » Ils « ne nous parlent juste que pour leur intérêt ». Sachons donc respecter Toeuvre de Dieu : ne la gâtons pas, ne la compromettons pas : elle nous assurera, dans les impulsions des sens, tout un ensemble de secours qui, quoique n'ayant rien de commun avec la science, ou peut-être même à cause de cela, resteront partout à Fabri des faux raisonnements et de Terreur. C'est en vue de cette conclusion que Malebranche esquisse tout d'abord sa théorie du plaisir et de la douleur. « Nos sensations sont différentes de nos connaissances et de notre amour; elles n'en sont pas des suites ^. » Donc très résolument il s'oppose à ce qu'on a appelé la théorie intellectualiste ; et il avait quelque mérite à la combattre, puisqu'il la rencontrait dans saint Augustin et dans Descartes 3. « Ils veulent, écrit-il, que ces sentiments ne soient que des suites de la faculté que nous avons de connaître et de vouloir, et que la douleur, par exemple, ne soit que le chagrin, l'opposition et l'éloignement qu'a la volonté pour les choses qu'elle connaît être nuisibles au corps qu'elle aime. Mais il me paraît évident que c'est confondre la douleur avec la tristesse et que tant s'en faut que la douleur soit une suite de la connaissance de l'esprit et de l'action de la

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