‹ MalherbeChapitre 13 sur 21 · Régnier, satire ix · texte numérisé non relu

Régnier, satire ix

yaise. C'était cette savante demoiselle de Gournav qui, transporlce d'enthousiasme, dès sa jeunesse, à la lecture des Essais de Montaigne, avait voulu à tout prix en connaître l'auteur et lui avait ensuite consacré sa vie avec un entier et inaltérable dévouement. Montaigne lui-même, on le sait, a raconté l'origine et dépeint la nature de cette touchante relation, avec la grâce qui n'appartient qu'à lui. « J'ai pris plaisir, dit-il, à publier l'espérance que j'ai de Marie de Gournay de Jars, ma Jille d'alliance, et certes aimée de moi beaucoup plus que paternellement, et enveloppée en ma retraite et solitude comme l'une des meilleures parties de mon propre être : je ne regarde plus qu'elle au monde.... Le jugement qu'elle fit de mes premiers Essais, et femme, et en ce siècle, et si jeune, et seule en son quartier, et la véhémence fameuse dont elle m'aima et me désira sur la seule estime qu'elle prit de moi, longtemps avant de m'avoir vu, sont des accidents de très digne considération '. »

La fille d'alliance, après la mort de son père adoptif, avait pris à tâche de perpétuer à tout prix et de défendre à tout venant sa mémoire. S'enferraant presque seule, pendant plus d'un an, dans le château de Montaigne, elle s'appliquait à préparer une édition monumentale des Essais, malgré les frais considérables auxquels sa fortune modeste

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