‹ MalherbeChapitre 14 sur 21 · Monlaig'iie, Essais, liv. II, chap. xv.i · texte numérisé non relu

Monlaig'iie, Essais, liv. II, chap. xv.i

avait peine à suffire. C'était évidemment l'idéal achevé et suprême qu'elle comptait offrir à l'admiration de la postérité. 11 ne lui fallut j)as beaucoup de clairvoyance pour s'ai)ercevoir que la diction de Montaigne, dont une mollesse exquise et une allure capricieuse font le charme principal, ne pouvait être enfermée dans les cadres tracés par la main rigide de Malherbe. Elle ne s'arrêta pas à se demander si, Montaigne aj^ant dû se créer à luimême un style aussi ondoyant que sa pensée, ce qui le rendait inimitable, n'était pas précisément ce qui empêchait de le donner en exemple aux écrivains futurs. Une mémoire chérie était en péril : il fallait courir sus à l'assaillant. Puis Montaigne n'avait-il pas dit en propres termes que Ronsard et Du Bellay avaient porté « la poésie au plus haut degré où elle sera jamais », et cela dans le paragraphe où il hii donnait à elle-même pour ses premiers écrits sa bénédiction paternelle? Quelle audace de casser l'arrêt d'un tel juge! Elle saisit donc résolument la plume, et pour répondre à cette atteinte sacrilège, elle prit occasion de la publication d'un recueil où elle réunissait quelques-uns de ses propres essais. Ce volume, qu'on a quelque peine à trouver aujourd'hui, portait ce titre singulier : V Ombre ^ avec ce commentaire d'une modestie un peu prétentieuse!... « L'homme est l'ombre d'un songe et son œuvre est son ombre. »

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Elle dirigea son attaque avec une modération savante, s'en prenant d'abord à quelques points de détail. Elle blâme en premier lieu l'excessive sévérité dans le choix des rimes. « Je juge avec les Essais, dit-elle (s'appuj^ant toujours sur l'autorité de Montaigne), c|ue la bonne rime ne fait pas le bon poème : toutefois, puisqu'elle y tient lieu de nécessité pour nous, oui môme d'ornement non méprisable, je ne dédaignerai pas d'en dire ma râtelée. Mon avis est donc qu'on la j)rise et qu'on l'observe, pourvu qu'on sache qu'il y faut porter religion et non superstition, et que premièrement on connaisse la liuiite de ses droits : car il est constant, soit par la praticjue, soit par le discours, que la rime est faite, non pour l'œil mais pour l'oreille, et que partant de quelle sorte et difi'érence qu'une double terminaison soit orthographiée, elle est bonne à coupler si l'oreille y consent, (^ui nous meut donc de rejeter l'accouplement de //ku'/i et de chemin, de sain et de médecin, de vain et vin, de hautain et latin et autres semblables *? »

Puis elle demande grâce, ou plutôt elle réclame plus de justice |)our les diuiinutifs dont elle fait une longue énuraération c[ui ne remplit pas moins de trois pages entières, et dont quelcjues-uns, en elTet, étaient nécessaires ou gracieux et sont restés dans

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