L'Ombre, p
126 MALHEnBE.
l'usage, ainsi jupon venu de jupe, cotillon de cotte, bosquet de bois, fillette àe fille, amourette d'amour, etc. « Faut-il donc, s'écrie-t-elle, qu'on nous prive de ces diminutifs si naturels, si usités, si fondés, de bienséance et de douceur en toute langue? disons plus : diminutifs si plaisants en la bouche et en l'oreille de tous ceux qui portent ces deux parties composées de chair et de sang, non de bois, et qui véritablement ne peuvent paraître déplacés qu'aux esprits qui, faute de grâce et de gentillesse, ne sauraient les employer ni en goûter les délices Quelqu'un fait-il la bouche sucrée pour dire qu'une telle est accouchée d'un bel enfançon et qu'il aime bien son petit frérot et sa petite sœurette ^ ? »
Mais enfin elle élève la voix dans un chapitre intitulé : Défense de la poésie et de la langue des poètes, et ce qu'elle réclame, c'est, comme Régnier, le droit d'élever la poésie au-dessus des conditions et du joug de la prose. Ce n'est plus seulement à Malherbe qu'elle s'attaque, c'est aussi à ses jeunes disciples déjà fort répandus dans le monde et même à la cour et dont on commençait à dire, tantôt par éloge, tantôt [lar plaisanterie, qu'ils parlaient Malherbe. Elle leur fait le procès avec une véhémence qui s'élève presque à l'éloquence : « Je sors, dit-elle, d'un lieu où jai vu jeter aux vents les vénérables cendres de Ronsard et