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Éd. Lalanne, t. IV, p. :i8G

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expérience le compte qu'il fallait faire de ce redoutable appareil. Car, suivant la voie adoptée par luimême , les contumaces firent immédiatement un recours au conseil du Roi, afin d'obtenir un nouveau règlement de juges, et leur protecteur, sortant alors de sa réserve, faisait entendre assez clairement qu'il serait en mesure de trouver ailleurs la justice qu'on n'avait pu attendre d'une compagnie pleine d'amis et de parents du plaignant. Parmi les moyens d'action dont il pouvait disposer, il fallait compter l'usage d'une grande fortune, très mal acquise (au dire de Malherbe) par des opérations de commerce frauduleuses et peu dignes d'un magistrat, mais qui ne laissait pas de pouvoir lui procurer la bienveillance de plusieurs personnes en crédit.

Malherbe dut donc se remettre en campagne avec plus d'ardeur que jamais. C'est au Roi, en son conseil des parties, que ses adversaires avaient fait appel : c'est le Roi en personne qu'il alla trouver, et il sortit de l'entretien royal avec pleine confiance. « Les marauds, écrivait-il à Peiresc, peut-être croyent que leur cas va bien, parce que je les laisse en repos; mais je veux qu'ils sachent qu'avec l'aide de Dieu, ils se trouveront accablés d'un coté où ils ne se guettent pas. M. de Gordes, si vous le voyez, vous dira avec quelle affection le Roi me promit qu'ils n'auront jamais de grâce ni d'abolition ; il y était présent. Dieu sait comme je dépeignis à Sa Majesté l'horreur de

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l'assassinat et la basse condition des drôles. Il m'exhorta de les faire prendre, et que du reste je m'assurasse que j'aurais justice ". »

Seulementle difficile était de prendre « les drôles » qui, par la vertu de leurs pistoles, échappaient à ceux qui auraient voulu mettre la main sur eux. Des mois s'écoulèrent sans que le conseil se prononçât sur le recours et sans que dès lors l'affaire pût faire un pas. Force était bien alors de retourner encore auprès du Roi : mais, n'osant pas demander de nouveau à être entendu, ce fut une supplique que Malherbe lui adressa par une lettre où il exprimait ses griefs avec une pathétique éloquence, et il la termina par allusion d'une noble franchise au désir que le- roi devait éprouver, n'ayant pas encore d'héritier, de connaître lui-même ce que c'était que le sentiment paternel. « Haïssez le mal, Sire, disait-il, et Dieu vous fera toujours du bien. Je ne crois pas qu'il y ait chose au monde que vous désiriez et qui soit si désirable comme d'être père. Vous le serez, Sire, par beaucoup de raisons, mais ce n'en sera pas une des moindres que la compassion que vous aurez pour un père affligé ^. »

Très remarquable par son contenu, la lettre ne l'était pas moins par un envoi poétique qui y était joint ainsi intitulé :

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