‹ MalherbeChapitre 5 sur 21 · I . Bouri'iciinc, p. (Vi · texte numérisé non relu

I . Bouri'iciinc, p. (Vi

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réformée de Caen, comme celui de ses frères el sœurs, cette omission s'explique tout naturellement par ce fait que le protestantisme n'eut à Caen de constitution régulière qu'à partir de 1568. Mais à l'âge de dix-huit ans, il f u t en v o y é j o u r ac hever^e s

études aux universités^ de Bâle^t de jleidelberg oîi le protestantisme dominait et où il fut confié aux soins d'un docteur calviniste, son compatriote, Richard Denoth, qui jouissait d'une certaine célébrité. Quand il revint, trois ans après, en 1576, il est probable que son père avait déjà fait une pénitence prudente de ses violences et de ses erreurs, et que l'étudiant de retour ne fit pas difficulté de s'y associer. En tout cas, ce ne fut pas sur une question religieuse à résoudre dans un sens ou dans l'autre qu'un dissentiment survint entre le père et le fils et qui amena leur séparation : car ni à ce moment ni à aucun autre qui ait suivi, si on n'aperçoit chez Malherbe aucune trace de ferveur religieuse, on ne voit pas non plus qu'il ait gardé le moindre souvenir de son enfance et de son éducation protestantes.

Il faut avouer que le spectacle qu'il venait d'avoir sous les yeux était bien propre à faire naître en lui un sentiment qui ne le quitta plus : le dégoût des querelles stériles , causes de tant d'alternatives d'excès et de défaillances et par suite un fond d'indiherence pour le grave sujet même qui y donnait lieu. A cet égard il ne devait pas tarder à se trouver

en accord avec la génération qui, à celte fin du siècle, arrivait comme lui à l'âge viril. C'était, en effet, le moment critique et bien connu de tout temps, où à la suite de longues dissensions civiles, les partis qui divisent une nation ont chacun pour leur compte tant de fautes à se reprocher, suivies de tant de malheurs communs, qu'aucune de leurs passions ne peut plus être partagée par ceux qui sont nés trop tard pour s'être enrôlés sous aucun drapeau. Toutes les causes ont été tellement défigurées, souvent même déshonorées dans le cours de la lutte, qu'elles ne sont plus reconnaissables et cjue les nouveaux venus n'aperçoivent plus de motifs de s'attacher à l'une plutôt qu'à l'autre. Et de fait, entre protestants et catholiques, tels cpie Malherbe les trouvait aux prises, à ne regarder que l'apparence, le choix était difficile à faire. La réforme avait dû ses rapides succès à l'attrait de l'indépendance et de la nouveauté, comme à la soml)re ferveur de ses premiers néophytes. Dans l'aridité des débats théologiques, le charme avait fait place à l'ennui, et depuis que la doctrine nouvelle était devenue le cri de guerre d'une noblesse turbulente, la vie des camps avait fait tond)er le masque de son austérité morale. La vi(.'ille foi, de son côté, restait bien toujours chère aux esprits droits et aux cœurs honnêtes attachés par respect et par reconnaissance à l'antique institution qui avait abrité leur enfance; mais, poussés à

bout par l'âpreté du combat et forcés d'appeler à leur aide les croyances ardentes des masses populaires, les champions de l'Eglise avaient donné à sa résistance un aspect de violence et, à certains jours, de désordre qui portait le trouble chez beaucoup de ses défenseurs naturels. On ne voyait [)lus des deux parts que préjugés, convoitises, intérêts et ressentiments particuliers. Quand une société a été quelque temps étourdie et assourdie par des débats de celte nature oîi le droit est contesté, et dont l'issue est incertaine, un vœu s'élève au fond des cœurs, c'est (le voir apparaître un pacificateur qui, d'autorité, leur impose silence. La fatigue de tant de secousses domine toute autre impression, et le désir de rester en repos devient à son tour une passion qui finit par être seule à se faire entendre. Ce fut celle que Malherbe ressentit de bonne heure et dont il ne devait pas cesser d'être animé. Le nom de la religion pris en vain avait résonné à ses oreilles dans trop d'occasions ridicules ou néfastes : il s'en fit une à sa mode qui fut le culte de l'autorité, et c'est celle-là dans laquelle il devait vivre et même, si l'on en croit le bruit commun, il devait aussi mourir. Je ne sais s'il est vrai, comme l'affirme un écrivain du temps, qu'on l'entendit souvent dire que la religion des honnêtes gens était celle du prince, et qu'il avait volontiers à la bouche cette parole « un peu libertine » que Prudence prête à l'empereur Gallien .

Cole dœnionium quod colit civitas. Mais il est certain qu'en fait de religion comme en tout autre, il devint ce que nous appellerions dans notre lang'age d'aujourd'hui (l'anachronisme serait dans le mot et non dans l'idée, car à certains égards tous les temps se ressemblent) un autoritaire par principe, et portant à la royauté restée catholique un attachement inspiré surtout par un instinct conservateur.

Ce ne put donc être un scrupule religieux d'une nature quelconque qui décida, quoi qu'en ait dit son ami fidèle et un peu crédule Racan ', le jeune homme à peine revenu au toit paternel, à le quitter de nouveau sans retour. Le motif de cette émigration volontaire fut plus simple. C'était le désir d'embrasser la profession des armes et de rompre avec la carrière de la magistrature, où sa famille, suivant lui, avait terni la pureté de son blason. Vraiment son père offrait de lui assurer la succession du siège présidial qu'il occupait. Plein de ses fumées de noblesse, la robe lui semblait peu séante pour un gentilhomme

1. C'est Racan, dans la vie de Malherbe insérée dans les mémoires de Tallomant des Rcaiix, qui allribue la séparation de .Malherbe cl de son père à un motif religieux, mais la manière dont il présente le fait rend impossible de l'admeltro. Il dit, en eirel, que Malherbe s'éloigna parce que, le bonlioitinic s'c/(u/f fuit de la rvlii^ion at'nnl de viourif, son. fils en eut un ^rand déplaisir. Or l'^rancois Malherbe avait été huguenot bien longtemps auparavant et c'est longtemps encore avant de mourir qu'il avait cessé de l'être. De plus il survécut plus de trente ans (1570-1605) au départ de son lils.

et l'état militaire seul conforme à sa naissance. Ne l'avait-on pas vu, à son dernier examen, se présenter pour subir l'épreuve l'épée au côté ?

Dans un temps où l'on se battait sur tous les ])oints de la France, il n'était pas difficile de se faire admettre parmi les combattants. Il suffisait de s'attacher à l'un des princes ou seigneurs de haute qualité qui guerroyaient, à peu près chacun pour leur compte, entourés d'un gros de gens à eux qui ne s'offensaient pas d'être appelés leurs domestiques et qui passaient à leur suite d'un camp à l'autre. Malherbe , jeune , bien fait de sa personne , de bonne mine et de bonne constitution, et sachant manier les armes, devait trouver sans peine un protecteur de cette nature. Le grand personnage qui consentit à le prendre à son service, fut Henri d'Angoulême, grand prieur de France, fils naturel du roi Henri II et, à ce titre, ti'aité comme frère par les trois derniers rois qui avaient occupé le trône.

Mais s'il comptait sur ce patronage pour être conduit au péril et à la gloire, il dut éprouver quelque déception : car le grand prieur, nommé amiral des mers du Levant et chargé en cette qualité de présider au gouvernement de la Provence, fut satisfait apparemment de cette libéralité fraternelle et, n'ayant pas souci de mettre au jeu, il devait rester dix ans tranquille dans sa belle résidence d'Aix. Sauf une courte apparition au siège de la Rochelle où il

n'est pas sûr que Malherbe l'ait accompagné, il ne prit part à aucun des grands faits militaires d'une période où il v en eut pourtant de nombreux et d'éclatants. Aussi le nom de INIalherbe ne figure-t-il dans aucune action importante.

Ce n'est pas ainsi, à la vérité, qu'il aima plus tard à rendre compte d'un temps de sa vie dont l'obscurilé lui pesait. Il s'attribuait au contraire, dans plus d'une circonstance, un rôle aussi utile que brillant. Ainsi, chargé une fois de tenir tête à une compagnie de protestants commandés par celui qui devait être plus tard le célèbre Sully, il avait mené son adversaire si vertement (disait- il) pendant l'espace de deux ou trois lieues, que l'ami d'Henri de Navarre, devenu le ministre d'Henri le Grand, ne lui pardonna jamais ce souvenir et s'opposa, par ressentiment, à toutes les faveurs qu'il aurait pu obtenir de la libéralité royale. Une autre fois, (c'est toujours lui qui parle) il eut commission d'aller, à la tête de deux cents hommes de pied, faire lever le siège de INIartigues bloquée par les Espagnols. Dans les deux cas, comme on voit, qu'il eût affaire aux hérétiques ou aux ligueurs, il se piquait d'être resté fidèle à la cause royale. Malheureusement les recherches faites avec l'intention la plus favorable n'ont pu amener à découvrir un moyen de rattacher ces deux exploits à aucun des incidents de l'histoire générale. Sullv n'ayant jamais approché de la Provence, Malher])e

ne ])ut l'y rencontrer et si le siège de Martigues a bien été fait une fois par les Espagnols aidant les ligueurs, aucune narration ne parle de l'intervention heureuse de Malherbe.

Il faut donc bien reconnaître qu'il ne fut appelé à remplir auprès d'Henri d'Angoulême que les fonctions de secrétaire. Ce travail qui n'avait rien de martial, ne l'empêcha pas de mener dans ces contrées provençales, où les plaisirs ne manquaient pas, un train de vie dont les agréments n'avaient (il en convient lui-même, non sans tirer vanité de ses bonnes fortunes) rien d'austère ni même d'édifiant : ainsi l'entourage militaire où il passa ces ingrates mais tranquilles années ne paraît avoir eu d'autre effet que de lui faire prendre des habitudes d'une humeur batailleuse qu'il devait porter ensuite dans des relations d'un tout autre genre et qui ne furent pas inutiles pour imposer à ses rivaux et à ses détracteurs le respect de ses succès littéraires.

En paix, pas plus qu'en guerre d'ailleurs, il ne paraît pas avoir été destiné à courir des aventures. Car c'est à ce moment qu'il contracta un mariage qui, bien que très honorable, n'avait rien de romanesque. Je ne sais pourquoi en vérité il dit j)lus tard que ce fut une licence poélu[ae , peut-être parce qu'on trouvait qu'il s'était trop pressé de s'engager et que, parvenu à une plus haute fortune, il aurait pu songer à une union plus considérable

encore. En tout cas celle-là ne portait la trace d'aucun écart de conduite, ni même d'aucune recherche d'idéal : elle témoignait au contraire d'un esprit très positif, sachant calculer toutes les convenances de situation et de fortune. Madeleine de Corriolis, dont il sut se faire agréer, était la fille d'un président au parlement de Provence et, bien que jeune encore, elle avait déjà été deux fois veuve. Malherbe était donc son troisième mari. Elle lui apportait en dot, trois mille huit cents écus ]>ien placés en rente sur les deux villes de Brignoles et de Tarascon. C'est ce qui résulte d'un contrat de mariage que des curieux dévoués à cette illustre mémoire ont pris la peine de rechercher et de reproduire. C'est une pièce intéressante et qui fait voir qu'en fait de documents rien n'est à négliger , car il n'en est aucun, même d'apparence insignifianle, qui ne puisse fournir des indices bons à noter du caractère de ceux qu'ils concei'ncnt.

Le prétendu, ayant dû décliner ses qualités héréditaires s'y était fait porter d'abord comme le iils d'un conseiller au parlement de Rouen. C'était faire monter à son père un échelon considérable de la magistrature, et il avait compté sans doute que le temps manquerait (vu la difficulté de communication qui exislail alors entre la Normandie et la Provence) pour vérifier celle innocente supercherie. Il paraît qu'il n'en fut rien et qu'il fallut se prêter à une recli-

fication. C'est ce qu'indique une surcharge très évidente mise sur le texte, et une note marginale constatant que le changement fut fait du consentement du contractant lui-même '.

Nul doute que la bienveillante intervention du grand prieur n'eût contribué à faciliter cette alliance dont, à son âge et dans le modeste poste qu'il occupait, le jeune secrétaire ne pouvait que s'applaudir. Mais il dut aussi à cette haute amitié un bienfait d'un tout autre genre et auquel il aurait dû moins s'attendre : car ce fut ce même grand prieur qui, à défaut de la renommée guerrière qu'il ne l'avait pas mis en mesure d'acquérir, lui ouvrit par ses conseils et même par son exemple la voie de la carrière bien différente dans laquelle il devait s'illustrer. Henri d'Angoulême goûtait fort la poésie et se piquait même d'en faire de bonne ou de mauvaise à son heure. C'était une manière comme une autre de faire voir qu'il appartenait par les tendances de son esprit, autant que par sa naissance, à celte royale maison de Valois dont tous les membres tenaient à honneur de témoigner pour les œuvres littéraires une prédilection qui le plus souvent n'était pas exempte de prétentions personnelles. A aucune époque, on le sait, lettres et lettrés ne furent si bien en cour, jamais on ne compta tant de princes

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