‹ MalherbeChapitre 8 sur 21 · Mallierbe à Peiresc, 2 féviipr 1G · texte numérisé non relu

Mallierbe à Peiresc, 2 féviipr 1G

bant pour le roi d'Espagne. Une aventure romanesque devenait ainsi un sérieux incident diplomatique, car la retraite d'un prince français dans une cour étrangère (et au fond toujours ennemie) était une ofTense grave pour le chef de sa famille : l'accueil empressé fait par l'archiduc aux fugitifs , le refus ol)stiné opposé à toutes les invitations qui lui fiirenl faites de les éloigner, étaient un grief sérieux de nature à compromettre la paix si récemment établie à des conditions très précaires entre la France et l'Espagne. L'irritation du souverain blessé, l'inquiétude du politique, se mêlèrent dans l'âme du Roi au dépit de l'amoureux déçu, et le troul)le de ces sentiments réunis le jmrta à des actes peu dignes de lui, qu'on voudrait passer sous silence pour ne pas déparer les dernières pages d'une si belle vie. — « Henri IV, dit M. Guizot, fit d'abord pour aller voir la princesse, la faire revenir, puis pour menacer d'aller la chercher lui-même hors de France, des démarches passionnées et puériles, qui, coïncidant avec ses annonces et les préparatifs de guerre, faisaient tenir d'(''tranges propos et nuisaient à sa considération ]iersonnelle comme au caractère sérieux de son gouvernement. »

Au nombre des signes de ce regrettable égarement qui fournirent la plus juste matière aux critiques des mauvais plaisants, il faut compter assurément la charge expresse et presque officielle qu'il donna

à Malherbe de se faire l'interprète de sa passion et de revêtir d'une expression poétique la peinture de ses peines amoureuses. L'ordre étant positif, celte fois comme toujours , Malherbe se crut obligé d'obéir, et nous avons en effet une sorte de petit poème composé de cinq odes , ou cantates , où Henri IV sous le nom d'Alcandre exprime à la princesse de Condé, déguisée elle-même sous le nom d'Oranthe. le désespoir où l'a plongé son absence. On ne voit pas bien clairement à quoi, ni à qui, cette complainte éloquente était destinée. Rien n'indique que le Roi ait cherché le moyen de la faire passer sous les yeux de la belle exilée, encore moins qu'il ait jamais eu la pensée de la lui offrir comme son œuvre personnelle. Ce serait un trait d'une vanité littéraire dont il n'a jamais été atteint, et sa galanterie sénile faisait déjà assez sourire à ses dépens pour qu'il fût besoin d"y ajouter le ridicule d'une prétention qui n'aurait trompé personne. D'ailleurs, ])ien que les Stances pour Alcandre n'aient reçu une publicité complète que quelques années après la mort du Roi, elles furent tout de suite assez connues pour que la paternité de Malherbe ne pût être douteuse. Il en communiqua lui-même quelques-unes à son ami Peiresc en le priant d'en faire part à Du Vair, sans se mettre en peine de lui recommander le moindre secret : « Vous leur ferez voir, dit-il, les vers que je vous envoie : ils ont été extrêmement agréables,

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et m'ont lait renouveler force promesses, Dieu sait quand j'en recevrai les effets ' ».

Que dire maintenant du mérite de ces pièces ellesmêmes, qui eurent une assez grande réputation en leur temps? On n'a pas, en vérité, le courage de les examiner à un point de vue purement littéraire, tant le spectacle de la poésie mise ainsi par une complaisance qui, comme on le voit, n'était pas désintéressée, au service d'une passion feinte et du- caprice d'un maître, répugne à tous nos sentiments. D'ailleurs il n'y a rien à- ajouter au jugement qu'en a porté André Chénier dans des termes d'une fine et juste sévérité : « Ces vers d'amour, dit-il, sont des meilleurs qu'il ait faits; mais on ne s'échauffe pas pour les amours d'autrui et il n'avait jamais aimé. Je n'aime pas à voir sa lyre devenir entremetteuse. »

On ne pourrait mieux dire et c'est parler à la fois comme le bon goût et comme la morale. Il n'est que juste pourtant de reconnaître que cette impi^ession si vivement exprimée , personne autour de Malherbe, ni aucun de ses lecteurs ne la ressentirent. Le grave Du Vair lui-même, en |)renanl connaissance de l'envoi qui lui était lait par son ami, lui fit j)eut-être quelques observations sur le choix des mots et des rimes, mais aucune, assurément,

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