‹ Malherbe et ses sources (volume 2)Chapitre 16 sur 19 · IV, 270, 42'J · texte numérisé non relu

IV, 270, 42'J

•* Racan, l. c , p. LXX. Voy. au chapitre des Grecs.

■'- Voy. Racan, ibid , p. lxxxvi-lxxxviit.

"^ Malh., I, 158; cf. PÉTRAKQUE (Sonnet ClX, v. 4): (Jlie sol se slessti, e luilla allca siiaiglia.

De même que dans le Canzoniere

L'aima, ch' arse pt r loi si spesso ed aise, "\'aga d'ir seco, aperse ambi-due l'aie,

(Je même le poète entremetteur, peignant une passion moins ailée, dira d'Alcandre :

Et son âme étendant les ailes Fut touto prête à s'envoler '.

C'est encore ainsi que parle la Jeune Veuve de La Fontaine :

et mon âme.

Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler *.

Entre les pétrarquistes raillés par du Bellay

Et tous ces vains auteurs dont la muse .'orcée M'entretient de ses feux, toujours froide et glacée ^,

les poètes français n'ont rien appris, rien oublié; ou plutôt ils n'ont oublié une mode italienne que pour en suivre une autre, passant de Tebaldeo et du Séraphin à Sannazar et à Bembo, et de ceux-ci à Costanzo et au Tansille \ et ensuite aimant par dessus tous les lyriques le lyrisme des cliœurs ^ de VAminte du Tasse et du Pastor Fido du Guarini — en attendant qu'on s'éprenne de Marino et que les précieuses le portent aux nuos; et c'est toujours la même chanson d'amour, plus éthérée ou plus voluptueuse et sensuelle selon qu'on se rapproche ou

' Malh., J, 155.

* La Fontaine, Fahks. 1. VJI. f. 21.

' BOILEAU, Art Poétique. II.

* Cf. VlANEY, dans la Revue d'histoire lH/haire de In Frnnre, 1904, p. 157.

^ Sur 00 lyrisme, cf. entre autres Fil. Ue Sanctis. Storia ddla Icttcratura italiana, 7" éd., t. II, p. 191.

qu'on s'éloigne du pétrarquisme primitif. Il avait pénétré trop de ce pétrarquisme dans la littérature italienne et dans la française pour que Malherbe pût s'en dégager. Et pourtant le réaliste Normand, « le Père Luxure » de l'hôtel du duc de Bellegarde, si brutal quand il exprime sur l'amour sa propre pensée ', était bien l'homme le moins fait pour comprendre Pétrarque, et le plus gauche pour l'imiter. Dans une imagination éthérée comme celle de Lamartine, l'amour poétique du Canzoniere trouvait un écho harmonieux et, même en traduisant, le poète français écrivait avec le naturel d'un sentiment personnel. Il voyait les images et les idées du modèle à travers son propre rêve, et les adoucissait : le « fleuve qui s'accroissait des pleurs du poète » devenait les

Ruisseaux dont mes j leurs tronblaieijt l'onde, « l'air réchauffé et rafraîchi par les soupirs de l'amant » ne gardait plus que le souvenir de l'aimée : Zépliirs qu'embaunaait son }ial<iine *, et le pétrarquisme comme l'amour s'idéalisait, s'épurait et s'élevait à une hauteur nouvelle dans la poésie de l'amant d'Elvire. Rien de tel chez Malherbe. Les pleurs, chez lui, on l'a déjà vu, ne sont ni plus ni moins que « la Seine en fureur )) et que la mer Egée ; l'ardeur de l'amant est le feu qui brûla Hercule :

Je mcurrai dms vos feux, éteignez-les on non, Comme le fils d'AIcmène en me brùlaut moi-même '.

1 Voy. entre autres SOURIATJ, o. c, et les Historiettes de Tallemant des KÉAUX, Se éd., I, p. 301.

'^ Cf. Zyromski, Lamartine poètr; lyriq'ic, (\n\ donne l'adaptation de Lamartine en regard du texte italien (pp. 114 et 115).

■> Malh., I, 21. Dans VOlive de du Bellay (sonnet 195), la Loire se grossit aussi des ruisseaux de larmes du p ète (cf. Chamard, Joachim du Bellay, p. 1S7).

Ce ne sont plus que flammes, glaces, naufrages \i)risons, et martyres bénis : les yeux de Marie de Médicis sont toute la braise de Henri -, qui peut languir à son aise dans la prison des cheveux de la princesse. Glycère est un « courage de glace ». Les yeux de celle que Malherbe appelle « son beau souci ^ », « peuvent beaucoup dessus sa liberté » ; ou encore les beautés « aux plus audacieux ôtent la liberté ». L'amant, tout en souffrant (c le martyre », bénit « sa prison ». Et pour louer la dame, et les roses de son teint et l'ivoire de son front *, toute la géographie et toute l'astronomie passent en métaphores. La dame est un beau ciel, une terre, quand elle n'est pas une mer : ce bien est-elle un soleil ^ ». Les yeux aimés sont des « soleils agréables » qui s'en iront avec l'âge, « y laissant ])Our jamais des étoiles autour »; pour Alcandre ils sont les « astres adorables où prend mon océan son flux et son reflux »; plus tard, « l'âme ravie » de Malherbe « va regardant la chère beauté comme son pôle )) ; et comme cette chère beauté (Malherbe a soixantecinq ans quand il la célèbre) reste insensible, il s'écrie :

En tous climats, voire au fond de la Thracc, Après les neiges et les glaçons, Le beau temps reprend sa place, Et les étés mûrissent les moissons;

' La fumrae est une mer aux naufrages fatale...

Ses llammes d'aujourd'hui seront glaces demain.

Malh, I. (Jl.

'- Malh., I, 54. Cf. GlliiNTE, Jean Bertaut, p. 110, n. 1 et 2.

^ Ce terme de « souci n se retrouva jusque chez V. Hugo : dans les Buryraves Guanhuniiira dit à Oibert : « Régina, ton souci )i.

*■ Malh., I, 175.

^ Malh.. 1,236.

Chaque saison y fait son cours;

En vous seule on trouve qu'il gèle toujours '.

Ou bien encore la belle est « plus dure qu'un diamant*». Il n'est pas jusqu'à l'Ixion même, dont riait du Bellay, qui ne se retrouve cbez Malherbe :

... vous allez faire un second Ixion Cloué là-bas sur une roue, Pour avoir trop permis à son affection '.

L'amant interpelle ses yeux, ses pensers, ses désirs, * comme faisait aussi l'Arioste, que Malherbe paraît estimer, comme font les pétrarquistes du XVI'' siècle, et comme le fait encore Corneille dans ses moments de préciosité. Enfin, suivant la tradition poétique, toute la nature s'associe au malheur de l'amant, non pas simplement par le fait que celui-ci lui confie, comme dans Le Lac, le souvenir de son amour, mais en prenant énergiquement part elle-même aux démonstrations de douleur : car non seulement les rochers sont invités à quitter leur « demeure » ■', mais encore le fieuv^ de Seine se

1 Malh., I, 247.

* Ce procédé se trouve chez la plupart des poètes italiens, et notamment, chez l'Arioste, dans la .strophe qui précède" la fameuse comparaison de la ieune fîUd à la rose [Orlando furioso, I, st. 41), dont Malherbe se ressent peut-être dans les siances : Complices de ma servitude. Pour Corneille (cf. Marty-LaveaL'X, Études de langue française, pp. 132 et 133) il suffit de rappeler la tirade d'Emilie dans Cinna:

hn|i;itienls désirs d'une illustre vengeance ..

^ Malh., I, ir)3. Les rochers sensibles aux peines des hommes étaient d'ailleurs répandus chez tous les poètes, et notamment dans l'Arioste, Orlando fnrioso, I, str. 40, que Malherbe avait certainement lue, et dont il s'est peut-être souvenu.

ressent de l'émotion. « Le flot fut attentif », dira Lamartine après Quinault C'était bien plus dramatique du temps de Malherbe: (juand Alcandre fit « le récit de sa peine » en « se fondant eu pleurs »,

Le flevive en fut ému; ses Nymphes se cachèrent; Et l'herbe du rivage où ces larmes ' touchèrent Perdit toutes ses fleurs.

Mais il n'y avait pas que Pétrarque chez les Italiens -, et une conception plus sensuelle de l'amour, et mieux à la portée de Malherbe, avait été célébrée par toute la renaissance italienne, et révélée par elle à toute l'Europe, scandalisant jusqu'aux Anglais. Les écrivains italiens du XVI*^ siècle ressemblaient mieux aux contemporains de Henri IV, et ils ont été aussi goûtés, mieux compris et plus facilement imités que l'amant de Laure. Alexandre Hardy dira du Tasse, da Guarini « et autres sublimes esprits » : « Ce sont les docteurs du pays latin, sous lesquels j'ai pris mes licences, et que j'estime plus

1 Ses larmtis, ce sont les larm».s d'Alcandro; ce vers était

d'abord :

Les aslr-es se cachoreiU El la nvc liu fleuve où ses pieds 1 1 tourherent...

(Malh., I, 161 et var.).

Les mêmes fictions se trouvent cliez Desportes (v. plus bas). * C'est ce que M. Vianey a rappelé dernièrement aux historiens du pélrarquisme, dans l'important article qu'il a consacré au Brrtnut de M. Greute {Revue d'histoire littéraire delà France, 1001, pp 156-163). Malherbe appartient à la période d'influence du Tasse, dont M. Vianfy signale très ingénieusement les débuts chez Bertaut. Ce n'est nas à dire qu'il ait tout à fait « désappris l'art do pétrarq'iiser », et il importa de remarquer que c'est surtout du Pétrarque que Malherbe retrouve et réprouve chez Desportes.

que tous les rimeurs d'aujourd'hui ' ». Malherbe aurait pu répéter cet aveu, et même il l'a fait en ce qui concerne, du moins, VAminte du Tasse. Cette œuvre eut un succès unique non seulement en Italie, où encore aujourd'hui on la proclame «un prodige-», mais aussi en France : Boileau y trouvera à redire au point de vue moral — il était beaucoup plus sévère sous ce rapport que son précurseur - ; mais, jusqu'à l'apparition des traductions de Gessner, « l'Aminte du Tasse et les Amours de Daphnis et Chloé restent les seuls ouvrages que notre goût dédaigneux, prévenu contre les Muses pastorales, excepte de ses proscriptions '' ». Malherbe, si dédaigneux, a aussi excepté VAminte de ses proscriptions, et il l'admire avec le beau monde qui se réunit chez la marquise de Rambouillet : « J'ai souvent, dit Ménage, entendu raconter par cette grande dame.

Quel gran lume romano Clie quanto '1 miro piu, tanto piu lucc ^,

que notre Malherbe, aassi grand poète que fameux conuoisseur, ne cessoit d'admirer l'Aminte; il aurcit donné tout au monde pour en être l'auteur "' ». Il n'y a

1 Voyez RiGAL, Alexandrie Hardy, p. 505.

- GlOSUÈ Carducci, Su VAminta di T. Tasso (Florence 1896).

2 Berquin, hhjllei, Piélace de la .'5e éd. (1775j. Berquin vante aussi (( la délicieuse aménité » du Tasse.

* Ces vers que Ménage applique à Madame de Rambouillet, sont ceux dans lesquels Pétrarque désigne Varron [Trionfo délia fama, c. III, v. 39).

^ Meicolanze d'Egidio Menagio, cité par Rathery, Influence de rilalie, p. 117. V. aussi Tallkmant DES RÈaux, Historiettes (3e éd., de Mcnmerqué et P. Paris), t. I, p. 27G. Les éditions de VAminte suffisent à donner une idée Je la vogue de cet ouvrage en France au comaiencement du XVIIe siècle : p. ex. Le Tasse,

certainement aucune œuvre, ancienne ou moderne, dont le réformateur ait parlé eu termes aussi élogieux : aussi s'en servira-t-il au moins autant que des « sottises » de Pétrarque : );)onr j^arler d'amour, il quitte un Italien pour un autre. C'est que l'italien était, depuis le XVP siècle, la langue de la galanterie, comme le grec l'avait été à Rome ', comme le français le fut un peu en Allemagne :

Clii puo dii- coin' ogli a;\lo, 6 in picciol faoco, disent, du temps de JMontaigne, les amoureux qui veulent représenter « une passion insupportable - » : ce vers do Pétraniue, tous les poètes français du XVI" siècle, du Bellay, Ronsard, Desportes et aussi Bertaut, l'ont très souvent paraphrasé, comme encore Malherbe, et ils ont tous fait leurs vers amoureux sur le modèle des vers italiens. JMalherbe et ses élèves écrivent souvent d'après VAminte, et les vers de Racan qu'on cite encore aujourd'hui avec admiration '" ne sont que la traduction des paroles du berger italien :

Aniiiife. fablo bocagèro, iinpriinôi^ en drux langues pour ceux qui désirent avoir l'intelligence d" l'une d'icclles, par Guillaume Belliav'l. In-12. Paris, Abel l'Angelier, 1596, puis à Rouen, Claude Le Vill^in en 1598, 1603 et 1609; voyez AllNOUI.D, Racau, p. 194, n. 2, 197, et A7icc:Iotcs. 5; MARTrNENOHii, La Comedia espagnole en France, p. 153; J. BLANC, Bibliografhie italico-franraise (2 vol., Paris, Welter 188G).

' Vo}'. par exemple combien de mots grecs se trouvent dans le passage où Lucrèce parle des amants [De Xaturn rerum, IV, 1129-1145).

* Montaigne. Elisais, I, 2 (éd. r.e Clerc, t. I, p. 15). PÉTllARQUK, I, Sonnet IbS.

:, p£xiT DE JULLEVILLE, d^ns V Histoire de la langue et de la litlératare française publiée sous sa direction (t. IV, p. 18) y admire « un sentiment très simple et tout naïf ».

Je n'avais pas dix ans quani la première flamme Des beaux 3'eiix d'Alcidcr s'alluma dans mon âice. Il me pas«ait d'un an, et de ses petits bras Cneill'^it déjà des fruits dans les branches d'en bas '.

Malherbe aussi trouvait dans VAminta d'abord les images et les idées qu'il avait déjà rencontrées chez les anciens, et qu'il goûtait peut-être mieux chez le Tasse, la malheureuse condition des amants ^, l'image de la violette à laquelle sont comparées les joues d'Aminte '', les périls qui sont un attrait, ici « un condiment )> de l'amour *, et la gloire éternello obtenue par l'amant : Il suffit qu'eu mourant daus cotte flamme extrême Une p;lolro éternelle accompague mon nom "'.

Cf. Aminta, acte I, scène II, v. 6-4 :

Esseiulo io fanciullello, siccliô appena

(iiunger |)olea colla inaii pars^olelta

A cùrre i frullidai piegati rami

Degli arbûsciilli, iriJrinseco diveaiii

Delhi piii vaga e cara verginella

(!he mai »p;cgasse al venlochioiiia d'oro.

Le même détail était du re.-.to daus VIRGILE {Églogue VIII, 39, vers (jue citait volontiers MONTAIGNE. Essais, I, 96) : voy. ArnOULT), Racan, p. 267. — Le nom de Tirsis de la Retraite se trouve aussi dans VAminte.

* Dura coiidizione degli a:na:ili !

Aminta, acte V, v. 23.

s Le belle guance tciicre d'Ainiiila

Iscolorile in si leggiadri inodi, ('■lie viola non 0 che impallidisca Si dolceinente. {Ihul., V).

< e deir amor il dolce or giisla,

A oui gli artanni scorsi ed i perigli Kaiiiio soave c caro condimento (lOid.).

•* MalH., i, 21 ; cf. Aminta, acte III, chœur final : E cercando Tainor, si trova spesso Gloria iminorlale ajtpresso.

Ensuite Malherbe a retrouvé dans VAminte les bergers et les devins, et surtout l'amour, avec des traits particuliers, qu'il aura soin de reprendre. Mopsus figurait comme devin dans Ovide, comme berger dans Virgile mais c'est sous l'aspect qu'il avait dans VAminte que Malherbe nous le montre à deux reprises :

Mopse qui nous l'assure a le don de prédire '.

L'amour surtout est, dans les pièces amoureuses de Malherbe, souvent copié de VAminte : d'un côté comme de l'autre, on conclut suivant la formule qui est déjà celle de Catulle, qui est celle du Tasse '^ et du Guarini ', qui est celle de tous les poètes italianisants de France : aimons, puisque la vie est courte. C'est ce que répétera encore Lamartine :

Aimons donc! aimons donc! de l'heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons ; L'homme n'a point de port; lo temps n'a point de rive, Il coule, et nous passons.

Il faut donc se faire une philosophie et une morale qui ôtent tous les obstacles: comme le premier pouvait venir de la belle, il sera entendu que, comme disait déjà Dante après les anciens, tout être aimé doit aimer à son tour. C'est pour n'avoir pas suivi la bonne doctrine du cœur que Silvia subit les reproches de Dafne :

Che se creduto L'avessi, avresti amato chi fatnava ^.

* MALH., I, 232, et aussi : « Mopse, entre les devins... Cf. « il saggio Mopso... » dans VAminte, I, II.

* Aminta, I, chœur final.

' Pastor Fido, IV, chœur.

■* Anii7ita, acte IV, se. I.

C'est aussi ce que dira Malherbe :

Mais quel esprit que la raison conseille, S'il est aimé, ne rend point de pareille ' ?

Si la belle ne suit pas le conseil de ce que le Tasse appelait le cœur, et Malherbe «la raison», on emploiera les exhortations les plus compliquées pour la fléchir, et l'amour qui a été une géographie dont Mademoiselle de Scudéry sera le Strabon, devient aussi bien une mathématique. « Les Florentins, disait un voyageur du XVIII" siècle, pourront bientôt se vanter d'avoir enseigné la galanterie mathématique aux Français -. )) Il y avait longtemps que les Italiens avaient enseigné aux Français les imprécations par « deux, trois, quatre fois "' », qui remontent d'ailleurs aux anciens. Si pourtant la bergère reste insensible, l'amant, comme les vaincus de Virgile ', n'a plus d'autre espoir que le désespoir, et Aminte s'écrie :

Oiinè! che mia salute Sarebbe il disperare •'.

1 Malh., I, 227.

^ Ulfalia, tradotto... (1778), cité par d'Ancona en Appendice du Journal du voyage de Montaigne en Italie, p. 033 et 634.

'" Ronsard, t. I, p. 40 : « O moi deux fois, voire trois, bienheureux )). — Du Bellay, Regrets, Sonnet CVI : c 0 trois et quatre fois malheureuse la terre ». — T. Tasso, Aminfa, III, I : « 0 tre fiate et quattro ingratissimo sesso ». — MALHERBE dit dans les Larmes de Saint-Pierre (I, p. 13, v. 241) : « Et vous, femmes, trois fois, quatre fois bienheureuses ».

■* Una salus victis, nullnm sperare saluteni. YiRG., Enéide, III,

^ Aminta, acte III, scène II.

Malherbe gémit de même, en pareil cas :

Le seul romède en ma disgrâce, C'est qu'il n'en faut point espérer '.

Alors, que faire? Il n'y a plus qu'à « se défaire », comme parle Montaigne, c'est-à-dire qu'à se tuer, et c'est ce que chacun fait, ou plutôt menace de faire :

E uso ed arte Di ciascun ch'ama, minacciarsi morte *.

Aussi le comte de Soissons, dans les vers que Malherbe lui fabrique, s'exhorte au suicide avec une éloquence intarissable '', et Alcandre et d'autres s'étaient déjà montrés non moins énergiques. On ne peut pourtant mourir sans avoir dit tout ce qu'on pense : Brutus luimême ne se poignarde pas sans avoir dit à la vertu qu'elle n'est qu'un nom. Un amant, avant de se jeter à l'eau, dira son fait à Vhonnetir, ce vain préjugé qui arrête et entrave l'amour en traitant le plaisir de crime, au lieu d'en faire, selon la loi de nature, le seul devoir. De là tous les « lieux communs de morale lubrique * », toutes ces tirades contre l'honneur qu'on trouve chez tous les poètes italiens, chez Bembo, chez tous les

' Malh., I, 302. De même que Corueillo dit dans le Cid:

Ma plus douce esp(?rance est de perdre l'espoir. (I, se. 2). - Aminta, acte III. scène I.

^ Malh., I, 254.

* El tous ces lieux coinnuins de morale lubrique

Que Lulli réchauffa des sous de sa musique, dira BoiLEAU {Satire X) : les thèmes favoris de la poésie italienne devaient, en efifet. finir en musique après avoir envahi la poésie.

burlesques ', chez les poètes bernesques, chez le Guarini,. chez le Tasse; elles passent dans toute la poésie française, et nous les retrouvons chez Malherbe sous la même forme que dans VÂmtnte et le Fastor Fido, forme qui d'ailleurs se retrouve aussi bien chez Mathurin Régnier :

Quel vano

Nome senza soggetto,

Queir idolo d'errori, idol cVinganno '^ :

Votre honneur, le plus vain des idoles. Vous remplit de mensonges frivoles '*.

Mathurin Régnier disait de son côté :

L'honneur estropié, lenguissant et perclus.

N'est plus rien qu"un idole en qui l'on ne croit plus *.

Bien des années avant d'attaquer « le plus vain des idoles » en ces termes, Malherbe avait exprimé la même pensée, et on pense que c'est de Bembo qu'il s'inspirait

1 Voyez Pietro TOLDO, La poésie burlesque de la Renaissance {Zeitschrift fiir romanische Philologie, 1901). — Le même thème est encore dans un rondeau do La Fontaine :

Qu'un vain soru|)ule ;i ma flauinie s'oppose

Ce point d'honneur, ma foi, n'e.st autre chose Qu'un vain scrupule.

* T. Tasso, Aminta, acte I, chœur. Le « nome senza soggetto » vient, comme on sait, do Pétrarque {Italia mia,.., 75-76), où il a d'ailleurs une tout autre application qu'ici.

^ Malh., 1,227. Voyez à cesujet, et notamment sur l'adaptation de Rayssiguier, Martinknohe, La comedia espagnole en France, p. 153; sur Malherbe, l'article de RiGAL dans la Zeitschrift fiir franzHsische Sprache und Litteratur, XVI, p. 37.

* RÉGNIER, Satire III, v. 147 et 148.

alors : il rappelle du moins cet auteur par la façon dont il parle du « peuple qui lui veut mal n (il est vrai que Pétrarque en parlait déjà), par les « contes d'honneur » et surtout par les « songes vains ' », qu'il a supprimés dans la rédaction définitive :

Peuple qui me veux lual...

Ces vieux contes d'honneur, invisibles chimères, Qui naissent au cerveau .les maris et dos mères, Etoient-ce impressions qui pussent aveugler Un jugement si clair - ?

Ce n'était plus là que lieu commun, dès le XVI' siècle, et déjà Ronsard souhaitait à son ennemi une femme indocte et malhabile

Se poignant un honneur dedans s">n esprit sot •'.

On se représente l'amour comme les Italiens l'ont fait, et comme les Italiens on en fera une mer où l'amant est le navigateur — en attendant le royaume du Tendre. Ici encore. Malherbe copie le Tasse :

' Malherbe, comme on l'a vu plus haut, connaissait assez Bombo pour relever dans Desportes « ti'ois stances qui sont une j)ure pédanterie prise du Bembo », ou un vers « pris du Bembo, où il vaut aussi peu qu'ici » ; voici le passage Délie Rime <li P. Bemho, terza impressione, p. 142 (Malh., I, 30) : II pregio (i'Iiotiestate amalo e collo l)a quella aniiclie poste in prosa o 'n rima K le voci che '1 vultjo errante e stoitu Di peccato c disnorsi gravi estima...

Son /oZe di romanzi, e xogno ed ombra (^he l'uhite simpliceUe preme, e 'ngotnbru.

* Malh., I, 29-'W et variante.

' Ronsard, 1. 1, p. 400.

Et puis qui ne sait pas que la mer amoureuse En sa bonace même est toujours dangereuse. Et qu'on y voit toujours quelques nouveaux rochers Inconnus aux nochers ^ ?

C'est ainsi déjà que Eemy Belleau et les poètes du XVI'' siècle, à l'instar des Italiens, « s'embarquaient à aimer ^ », que Kegnier « se remet en mer •' », que Voiture (( s'embarque dessus la même mer où il pensa tant de fois abîmer '' )>, que La Fontaine s'écrie :

Me voici rembarqué sur la mer amoureuse,

Moi pour qui tant de fois elle fut malheureuse *".

• Malh., I, 29. Cf. :

Ali ! non si luli alciiii, perche sereno " Vollo l'invili, el' sentier jiiano moslri Nel pela'jo d'aiitor spiegar le vêle.

Gosi rinfido niar plncidn il scito Scopre, e / vocchieri allctta, e iioi crudele C,l\ affondii, e jierde Ira (' -scoijU e i niostri.

(T. Tasso, Uinie diverse, I, Sonnet : /' vidi un tempo).

La strophe de Malherbe n'a été ajoutée que dans hi deuxième édition de la pièce (en 1627); elle a donc été composée dans le temps où Malherbe fréquente l'hôtel de Rambouillet et où il admire si fort le Tasse.

' Remy Belleau, t. II, p. 192.

» RÉGNIER, Épître II, v. 96; cf. aussi Satire XVI(ouÉpître II) A Fourquevaux, v. 54 et 55.

* Voiture, Éléjie II, v. 7 et 8.

'• La Fontaine, Élégie III (éd. des grands écrivains, t. VIII, p. B63). De même BRANTÔME, t. X, p. 425, 427. Cf. encore COR- NEILLE, Le Cid, II, m:

Chimène. — Mon cœur oulré d'ennuis n'ose rien espérer. Un orage si prompt, qui trouble une bonace, D'un naufrage certain nous porte la menace : Je n'en saurois douter, je péris dans le port.

La tradition continue jusque chez André Cliénier : en des vers plus ou moins beaux les poètes français répètent tous la leçon de l'Italie.

La leçon comportait aussi bien des modèles de style qu'une métaphysique de l'amour, et Malherbe n'est pas exempt d' «italianismes )), le mot étant compris dans le sens le ]j1us large. Il a le goût du trait spirituel, de la pointe, comme on disait alors, de l'effet produit, par exemple, par une antithèse, ou par la répétition du môme mot dans un vers ' ; et ce goût, il a trouvé amplement à

« Par exemple: « l'homme cesse d'être homme » (variante de la consolation à Du Périer), et les vers des mêmes stances : Aime une ooibre comme ombre, cl ties cendres i-ieiiiict ICtciiis le souvenir.

C'était déjà, du reste, un procédé de Marot et de Ronsard (Revue d^liistoire littéraire de la France, 1902, p. 2-18).

Malherbe a de même le goût des antithèses : Une fidèle preuve à V infidélité {Larmes, str. 1), comme aussi Montchrestien (Tratjédies, éd. elzév., p. 89) : Fidèle exécuteur d'une infidèliié, et comme encore Corneille : Rends un »ang infidèle à Vinfidélité {Cinna, IV, II) et même Molièr>! {Misanthrope, III, VII). Cf. encore: Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser (Malh., I, 59) et le mot .souvent cité de du Bella}^ : « Rien ne me plaît que ce qui peut déplaire — au jugement du rude populaire ».

Edmond Arnould. De l'influence exercée par la littérature italienne, dans Essais de théorie et d'histoire littéraire, Paris, A. Durand, 1858, p. ^416-417) disait : « Malherbe, tout en faisant des odes, est bien plus rapproi^hé, par certains côté.*, des Italiens que des Grecs, et même des Latins, bien que. par certains antres, il incline de préférence vcri ces derniers. Cette régularité harmonieuse qu'il introduit dans notre phrase poétique, ce n'est certes pas à Pindare qu'il la doit ; il l'a reçue en germe de l'école du XVP siècle et en a fait la loi sévcro de notre poésie classique... On reconnaît l'influence do l'Italie à l'emploi fréqutMit de ces concetti dont Malherbe lui-même ne s'abstient pas toujours ».

le satisfaire chez ses auteurs, chez Sénèque déjà, mais aussi dans VAminfe même, et plus encore chez le Guarini '. Quand il recorrige ses vers, c'est généralement pour y introduire de pareils traits. C'est ainsi qu'il refait une des stances à du Périer — peut-être après avoir relu le Fastor Fido, dont l'édition de 1602 eut tant de succès : Même quand il advient que la tombe eépare

Ce que nature a joint, Celui qui ne s'émeut a l'âme d'un barbare Ou n'en a du tout point *.

C'est bien ce que Nicandre disait à Amaryllis : Ben diiro cor avrebbc, o iion avrebbe Piuttosto coy ne sentimento umano, Chi non avesse del tuo mal pietate, Misera uinfa '...

Malherbe, suivant sa méthode, a transformé le mot d'un berger à une bergère en une vérité générale, et il ne s'agit plus d'Amaryllis et de son père, mais de ce ce que nature a joint ». C'est par le même procédé qu'il fera ses vers les plus fameux quand, au lieu du nom de

' Non si fa Vinganno a oui Vinganno è caro [Pasfor Fido, IV, v), et tous les vers qui suivent sont dans le même goût.

* Malherbe avait écrit d'abord ces vers qui paraphrasent la seconde partie du passage du Guarini ;

Mais, lorsque la blessure est en lieu si sensible,

Il fauf que de tout point L'homme cesse d'être homme et n'ait rien de possible S'il ne s'en (?meut point.

Malherbe aime ces formules de désespoir (I, p. 159, v. 1618), qui remontent au moins à Virgile (Enéide, II, v. 6-8).

^ Guarini, Paator Fido, IV, v. Le sort d'Amaryllis, dans la même scène, fait songer à celui de la fille de du Périer : Cosi le nozze fai Délia tua cara figlia '/ Sposa il mattino, e viltima la sera.

bergèi'e, Rosette, qu'il donnait à la fille de du Périer dans la première rédaction des Stances, il mettra le mot rose comme attribut de la jeune morte, en gardant la répétition à la manière italienne :

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses '.

Malherbe reprenait donc aux Italiens qu'il dédaignait et surtout à celui qu'il admirait, au Tasse, les idées et les formules de la poésie amoureuse ; il s'inspirait peut-être de leur métrique ' plus qu'on ne l'a dit; il prenait parfois heureusement les grâces de leur style. — Il sera du reste l'ennemi personnel de cette recrudescence d'italianisme qui se manifeste sous la reine régente, particulièrement avec le cavalier Marin; à cet égard — si même il admire le Tasse justement dans les années où il fréquente l'hôtel de Rambouillet - il n'a pas été dupe de la mode. Il va voir, à l'invitation de la re'ne, les comédiens italiens qui viennent jouer à la cour — comme il va voir la Bradamante ^ de Garnier dans les mêmes cir-

' Dans le madrigal du Guarini déjà cité par Ménage (p. 561», Lycoris donnant une rose à Battus est si charmante

('.lie parea ro.su clie douasse rosa, et le berger souhaite « d'aver la rosa donat> ice iu dono ». Il est fort possible que Malherbe, à propos de la fille de Du Périer, ait songé au vers du Pastor Fido que M"»<= de Staël (Cofvme, XX, 2) montre écrit au bas du portrait de son héroïne : A pena si puo dir : qiiesla fu rosa.

- Nous n'étudions pas ici la métrique de Malherbe; mais nous remarquerons au moins que l'inlluence italienne en cette matière, devinée jadis par E. Arnould, peut fort bien s'être exercée sur l'ennemi du cavalier Marin lui-même; M. Vinney {Revue d'histoire littéraire de la France, l'JOi, p. 159) montre ingénieusement le parallélisme de la métrique italienne et de la franyaise à cette époque.

* MaLH., III, 247 et suiv.

constances - mais il en revient sans une admiration de commande : « Ils jouent la comédie qu'ils appellent Dwi simili^ qui est le Meneckmi de Plante. Je ne sais si les sauces étoient mauvaises ou mon goût corrompu, mais j'en sortis S'ans autre contentement que de l'honneur que la Reine me fit de vouloir que j'y fusse ' ». Deux ans après ce spectacle, il eut à en contempler un autre qui lui plut moins encore; le célèbre Marino arrivait en 1615 à Paris, précédé d'une gloire européenne, et il était reçu en triomphe à l'hôtel de Rambouillet^ et fêté par les lettrés épris de poésie italienne '^ Beaucoup d'écrivains, et de non moindres que Lope de Vega, ont cru que l'illustre Napolitain éclipserait à jamais le Tasse luimême par ses pointes subtiles, ses images éblouissantes, ses développements sans fin et ses hyperboles inouïes- Mais le vieux Malherbe ne fut nullement sensible au génie nouveau, et celui-ci le lui rendit en railleries, l'appelant <c homme fort humide et ])03te fort sec ». Le réformateur « eut plus que les rieurs de son côté : il eut la nation », a dit Nisard ; cela est plus exact de l'opi" nion de IGôO que de celle de 1()15, car « la nation» de 1(315 — pour autant qu'on puisse employer ce terme -

' Malh., III, 337 (lettre du 17 septembre 1613). Vo3'ez RlGAL, Alexandre Hardy, p. 108 et suiv.

"^ VoN^ez DE PuiBUSQUE, Histoire comparé", des littératures espagnole et française, t. II, p. 37 ; Demogeot, Tableau de la littérature française au X VIl'^ aiècle avant Corneille et Descartes, p. 213; ArnoULD, Racan, p. 220; Fr. De .Sanctis, Storia deUa letteratura italiana (7« éd.) II, p. 220; A. Belloni, Il Seicento [Storia letterarla d'Italia, Milano, Vallardi), p. 70. — On vei-ra quelle attention ou accordait encore à Marine à la fin du XVIP siècle en lisant l'article qui lui est consacré dans les Juyem'-nts des savants de Baillet (no 1404).

admirait le cavalier Marin presque sans réserve, et se préparait à l'imiter, Malherbe, qui avait admiré et utilise VAynhite, ne prit rien aux ouvrages de Marino; et, si ce dernier — comme le prétend un récent critique italien ' — a fait des emprunts au poote français, la réciproque n'est pas vraie : on chercherait en vain dans les dernières productions de celui-ci la trace des effusions lyriques ou bucoliques de la Lira et de la Sampogna. Tout au plus pourrait-on prétendre que la chanson :

Sus debout la merveille des belles ^

est dans le genre voluptueux dont l'auteur des Baisers se trouvait être le grand maître à cette date (la chanson parut en effet dans les Délices de la poésie française de 1615 '") ; mais on en trouve aussi bien les éléments dans le Tasse, on l'a vu plus haut, et elle n'a rien de l'exubérance du poète napolitain. Malherbe et le cavalier Marin diffèrent profondément l'un de l'autre quand ils écrivent sur le même sujet, rien qu'en faisant tous deux, par exemple, l'éloge de la reine; rien non plus ne prépare moins au ton de V Ode pour le roi allant cliâtier les Rocliehis que l'éloge de Louis placé au commencement de V Adonis *. Ce n'est pas non plus à la suite du cavalier Marin, ce n'est pas du moins à son imitation que Malherbe « adorait mystiquement la marquise de Rambouillet ^)) : il avait pour cela assez d'autres modèles, et il y avait bien

1 Antonio BellONI, Il Seicento, p. 72.

2 Malh., I, 226 et 227.

' Ce n'est que depuis Lelebvra de Saint-Marc qu'on réunit cette pièce aux œuvres do Malherbe.

* L'Adone, poema del cavalier Marino, La Furtuua, canto primo, str. 5 et suiv.

^ C'est ce que semble dire de Puibusque, dans l'ouvrage cité.

longtemps qu'il avait déjà écrit des vers dans le même goût. L'éclatante folie du poète italien et la réforme^ toute de sobriété, de l'auteur français, sont contemporaines ; mais elles sont restées indépendantes l'une de l'autre, et même hostiles. Au chant neuvième ' de son Adonis (dans la Fontana cVAj^ollo), Marino fait rivaliser entre eux les cygnes italiens, Pétrarque, Dante, Boccace, le Bembe, Casa, Sannazar, le Tansille, l'Arioste, le Tasse et le Guarini : il y en a là dont Malherbe s'était lassé depuis longtemps, et pour plus d'un il n'aurait peut-être pas témoigné plus de déférence que le hibou qui, dans la fiction de Marino, vient troubler le concert toscan.

Toutefois, s'il a été un moment un trouble-fête Jans le monde mariniste de Rambouillet, le réformateur français n'a pas tranché définitivement la question de l'italianisme; il en voulait aux Italiens, mais il avait commencé par les suivre, autrefois, et il s'en ressentit un peu toute sa vie. Ici comme en d'autres points (( son usage n'est pas sa doctrine ' », et sa doctrine elle-même, malgré qu'il en eût, n'a pas réussi à'^purger la France de l'italianisme, qui allait reprendre de plus belle: ses leçons devaient porter leurs fruits assez tard, ses ennemis se sont relevés, et c'est contre les modes étrangères et en particulier italiennes que Boileau portera ses coups, enfin décisifs "'. Malherbe, dans son œuvre, n'est plus un adaptateur et un copiste des Italiens comme du Bellay ou Despoites ; mais déjà Bertaut n'avait-il pas cessé de l'être 'V Et dans les poésies laborieuses, « faites par

^ h\Ldo)ie, canto nono. str. 177 et suiv.

^ Brunot, La doctrine de Malherbe, p. ix.

'" BrunetiÈRE, Évolution des genres, 3'-' leçon.

* Cf. VlANEY, article cité de la Revue d^histoire littéraire.

petits morceaux », nous avons retrouvé plus d'une idée et plus d'un trait d'origine italienne.

L'opposition entre la réforme de Malherbe et les modes italiennes et espagnoles, marinisme et gongorisme apparut assez clairement dans la génération suivante si, comme le dit Saint-Evremond, « Malherbe s'est trouvé négligé quelque temps après comme le dernier des poètes, la fantaisie ayant tourné les Français aux énigmes, au burlesque et aux bouts-rimés ' ».

Nota. — Je dois remercier ici M. J. Viauey, le savant professeur de Montpellier, qui a bien voulu revoir ce chapitre, et qui ajoute les observations suivantes : a Si Malherbe ne perd jamais l'occasion de reprocher à Desportes ses plagiats quand il les reconnaît il en reconnaît excessivement peu. Encore s'est-il trompé deux fois dans ■^es indications :

1" Edition Lalanne, IV, p. 2G0. Il signale comme étant de

Pétrarque le sonnet LXIII de Diane, liv. I. C'est une erreur. Ce

sonnet est de Coppetta, comme l'a noté M. Flamini dans ses Studi:

Anior m'hii |iosto como scoglio a roiula...

L'orgotilio oiula, inarlollo e'I duro allelto.

Ce vers semble avoir été très connu en Italie. 11 figure dans un grand nombre d'anthologies. Malherbe, cependant, ne le connaît pas.

2" Édition Lalanne, IV, 435. Il signale comme étant de Séraphin le sonnet XXII des Diverses amours :

Comme un chien que son uiailre a longtemps caressé.

Ce sonnet est de Bernardo Tasso :

Come ruio animal, ch" al suo signore...

Il tigure dans plusieurs anthologies, notamment dans les Fiori de Ruscelli. Cette imitation a été signalée dans les R'incontres des Muses de France et d'Italie de ItîOi (opuscule que Malherbe ne semble pas avoir connu).

Il n'y a, à ma connaissance, chez Despoi'tes que deux sonnets traduits du Séraphin :

ï Œuvres de Saint- Evrcmond, t. V, p. 18. Cf. Jacques DemO- GEOT, Tableau de In littérature française au XVTIe s'ècle avant Corneille et Descartes (Paris, Hachette, 1859), 2e partie, chap. I.

1" Diane I, LXII :

J'accompare ma dame...

Séraphin, éd. Menghini, sonnet 15 :

Chi el creileria '.'...

Malherbe a reconnu que ce sonnet était « pris mot à mot de l'italien » (éd. Lalanne. IV, 261); mais il n'a pa.s nommé Séraphin. 2» Hippohjte, 21 :

Vous me cachez vos yeux...

Séraphin, éd. Menghini, sonnet 14 :

Dell perche son da me toe hici coite. »

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