ID., T
^ Enéide, IX, 434-4b6. On a encore voulu -"oir une réminiscence de ce passage dans les vers de Hérédia {Hist. de la l. et de la litt. fr. de Petit de JullevJlle,t. VIII, p. 44).
3 Enéide, XI, 63.
* Corne fior colto (PETRARQUE, In morte di MadonnfL Laura, canz. III, pièce 6, v. 10).
parlant d'Armide ', daus les Amours de Marie - et dans bien d'autres sonnets de Ronsard. Elle est même souvent appliquée au même sujet, et Brizeux, plein de réminiscences virgiliennes, appelle encore Louise, morte « à sa quinzième année » :
Fleur des bois par la pluie et le vont moissonnée '.
Seulement, cette image est amenée chez les divers écrivains par des raisons diverses. Chez les uns, elle est l'expression spontanée d'une imagination fleurie; chez les autres, elle est le ressouvenir des classiques, utilisé tantôt avec un sentiment réel de la nature et de l'art, tantôt avec la complaisance d'un versificateur heureux de faire une belle description, comme Desportes quand il montre Damon blessé
' Jérusalem délivrée, cliant XX, CXXVIII, v. 5 et 6 :
Ella radea quasi fior di mezzo inciso l'iegando il lento collo : ei la soslenne. - Sonnet : Comme on voit sur la branche.... :
Mais batue ou de pluye ou d'excessive ardeur...
Cf. Ronsard, 1. 1, p. 36 :
Comme un beau lys, au mois de juin, blessd D'un rais Iro.) chaud, languit à chef baiss(?, Je me consume au plus vert de mon âge.
C'était du reste le lieu commun le plus rebattu Je la poésie française du temps de Malherbe.
Une grande quantité de ces images ont été groupées par M. H. Guy, Mignonne, allons voir si la rose... Réflexions sur un lieu ommun (Bordeaux 1902).
■' Brizeux, Marie, La chaîne d'or (Le convoi de Louise). Brizeux est imprégné de souvenirs de Virgile, ce qui s'explique par son éducation i^v. SOURIAU, Les cahiers d'écolier de Brizeux^ 1904). Sur l'image de la rose, voir plus loin le chap. VIII : Sources françaises.
Comme un bouton de rose en avril languissant, Qui perd sa couleur vive, alors que la temposte Ou l'outrage du vent lui fait baisser la teste; Ou comme un jeune lys, de la pluye aggravé. Laisse pendre son chef, qui fut si relevé ^
Malherbe, lui, n'a guère d'imagination, il n'aime pas non plus la nature :
Il y devient plus sec, plus il voit de verdure,
et s'il parle des fleurs à tout propos, ce n'est pas pour le plaisir de les décrire, mais uniquement pour remplir ses vers. Toutes ces pièces qu'il écrit sur commande, il les fait avec lenteur, avec effort, chercliant dans tous ses souvenirs « un trait qui lui paraîtra triable ». Il n'est pas étonnant qu'il ait été parfois si gauche. Sainte-Beuve, écrivant à un âge où il était encore tout plein de ses études latines et de sa double rhétorique, disait de Millevoye mourant : « Il incline la tête, comme fait la marguerite coupée par la charrue, ou le pavot surchargé par la pluie ^ ». Il mettait « la marguerite » parce qu'il avait regardé les champs : Malherbe ne regai de que les livres et le Louvre, et fait rimer « violette» à « squelette ».
Virgile présentait en outre, dans « son langage qui est tout épigramme ^», bien des vers lapidaires et des pensées fines dont les poètes classiques, et surtout Racine, devaient faire leur profit.
Mais c'est à Horace plus qu'à Virgile, nous allons le
1 DESPOBTES, éd. Michiels, p. 318.
* Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, p. 410,
3 Montaigne, Essais, III, 5.
voir, que Malherbe demandait les vers bien frappés et les pensées profondes. Il a encore bien des images et des fictions qu'on trouve déjà dans VÉnéidc ou les Eglogues ou les Oéorqiques : « la discorde aux crins de couleuvres ' », les fleuves considérés comme des êtres cornus -, les vents messagers des amants '', la comparaison de l'Alphée *, reprise encore par Voltaire; les soleils pour les jours '% tournure déjà familière à Ronsard, le souvenir de Mycènes ^ et d'autres. Mais tous ces éléments sont aussi bien ceux de toute la poésie antique et de la renaissance. Si l'on peut en dire autant des bergers et des images poétiques, il n'en est pas moins sûr que Malherbe connaissait les bergers et les images de Virgile, et l'on a vu ce que tout cela devenait chez lui. La poésie bucolique a pu mettre un peu de fraîcheur dans les grands vers où Malherbe était soutenu par l'importance du sujet politique, mais quand le poète cherche dans ses souvenirs co qu'il doit dire, il ne manie pa ■ très habilement la greffe virgilienne, et à cet égard il sent moins bien que Ronsard le « naturisme » et l'art descriptif de la poésie antique.
i Malh., I, 186; cf. Enéide, VI, 280.
- ID., I, 93 et 110. Enéi'le, VIII, 7 7. 3 ID., I, 169.
* ID., I, lU.
'' Id., I, 33. Le souvenir Jo Mécènes, Malherbe l'aurait ausai bien trouvé dans Sénèque (Malh , II, 517).