IV, 9J
5 Voir notamment EGGBR, L'hellénisme, t. II, p. 36 et 37 et note. &
il cite la sentence, il envoie à son fils Marc-Antoine, avec un Lexicon grec, une Polyanthèe récente et les Chiliade8 d'Erasme ! . Les poésies d'alors, celles de Régnier, par exemple, sont pleines de maximes empruntées à de pareils recueils : et pour cette besogne il n'était pas plus nécessaire de comprendre l'art grec qu'aujourd'hui pour décomposer les mots de télégraphe et de téléphone. De plus, il n'est guère d'image ou d'idée grecque dont Malherbe n'ait pu trouver des adaptations latines : les « oiseaux de Caïstre ' » sont dans les Qéorgiques 3 comme chez Homère, et Malherbe a pris à Sénèque 4 bien plutôt qu'à Lucien l'idée de se t plaindre par coutume » plutôt que de se consoler par devoir. Lucien, d'ailleurs, si répandu au XVI e siècle, était bien fait pour plaire à Malherbe, et il se peut que celui-ci se souvienne des Dialogues en écrivant : « la Provence a son Timon aussi bien que la Grèce * ». Il serait invraisemblable aussi que le poète do Henri IV n'eût pas lu Plutarque, du moins dans Amyot : Plutarque en effet jouit d'une vogue immense à partir du XVP siècle,
1 III, 355. Il ne serait pas plus surprenant de le voir utiliser de telles sources que de le voir s'intéresser aux CenturieB de Nostradamus (III, 121 et 531). Des adages relevés par Erasme se retrouvent chez les poètes ; cf. par ex. Chiliado 2, Centurie 5, adage 17, et Ronsard, éd. Blanchemain, VII, 303, et RÉGNIER, Satire I, v. 79. — Voir aussi, à ce sujet L. DELARUELLK, Ce que Rabelais doit à Érasme et à Budê> daii9 la Revue d'histoire littéraire de la France, avril-juin 1904.
5 VlRCJ., Georg., I, 383 sqq.
* Épître XLI1I, § 2 trad. MALII , II, 194 sqq.).
3 IV, 131. Sur la diffusion des œuvres de Lucien au XVI® s., y. L. CLÉMENT, H. Esticnnett son œuvre française, p. 91, n. 3.
« depuis qu'il est François ■ », et en 1635 un traducteur de Ousnian tVAlfaracke dit encore : « De toutes les versions dont notre âge regrattier fourmille, le Plutarque seul a valu son original * », Aussi Malherbe se souvient-il de la Vie de Thèmistode *: « Mon avis étoit qu'il falloit éplucher un homme en sa vie et non pas en son origine, et qu'autant valoit-il avoir son extraction de Sériphe que d'Athènes *». Mais de pareils détails ne permettent pas de supposer que la poésie de Maïherbe doive quelque chose aux Grecs, Si les vers :
Tout le p'aisïr des jours est en leur inatiaée, La unit est déjà proche à qui prisse raidi T
faisaient songer Sainte-Beuve « à tant de vers d'Homère sur la splendeur de l'aurore, sur le jour sacré », c'est que Sainte-Beuve connaissait la poésie homérique et la goûtait avec un sens que Malherbe n'a jamais eu ; et s'il fallait chercher une source à ces vers, il faudrait la voir chez les Latins et les Italiens, ou même chez les Français, plutôt que dans la poésie grecque. Celle-ci ne disait rien à Malherbe : les écarts du lyrisme ne lui permettaient pas de régler ses vers sur ceux de Pindare. On a souvent cité le jugement d'André Chénier sur Y Ode à Marie de Uêdicis: « Cette ode est un peu froide et vide de choses... Au lien de cet insupportable amas de fastidieuse galanterie dont il assassine cette pauvre reine, un poète fécond et véritablement lyrique, en
1 MONTAKrXE, Essais, IL 10,
* Trad.de Qi>.*ntm dAif\i racket tivec A vcrtmcm?nt (par Chapelain?), H ouen ic;r..
3 Plutarque, Vie de Thanist o:le, chap. XVIIL
« Malh.,IV,74.
1 Sainte-Beuve, Vô** mur lundis, 13, p. il 1 ot note.
parlant à une princesse du nom de Médicis, n'aurait pas oublié de s'étendre sur les louanges de cette famille illustre, qui a ressuscité les lettres et les arts . . . Ce plan lui eût fourni un poème grand, noble, varié, plein d'âme et d'intérêt ... Je demande si cela ne vaudrait pas mieux pour la gloire du poète et pour le plaisir du lecteur. Il eût peut-être appris à traiter l'ode de cette manière, s'il eût mieux lu, étudié, compris la langue et le ton de Pindare f ». Sans doute : mais il aurait surtout fallu pour cela que Malherbe fût né deux siècles plus tard ; et il aurait compris qu'il fallait imiter les Grecs en faisant comme eux : c'est-à-dire en n'imitant personne. Sur ceux qui avaient naïvement copié Pindare, ou qui admiraient de confiance une poésie réputée parfaite, Malherbe avait l'avantage de reconnaître son incompréhension. Celle-ci est du reste partagée par ses contemporains et surtout par ses compatriotes. « Le peu imitable Pindare * », comme disait déjà Vauquelin de La Fresnaye, était « absolument fermé » aux esprits positifs, raisonnables et sensés: et comme ce bon sens et cette raison triomphent en France au début du XVIP siècle, « notre poésie en sa simplesse utile » renonce aux ambitions pindariques; elle néglige même les Grecs en général, jusqu'au jour où un poète délicat, nourri de Sophocle et d'Euripide, retrouvera le sens de la grâce attique et le secret des passions à la voix harmonieuse.
1 Poésies de Malh. avec commentaire de Chénier, p. 43.
1 Vauquelin de La Fresxaye, Art poétique, III (éd. Travors, 1. 1, p. 105).
CHAPITBE V
Les Latins