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CHAPITRE IV Les Purifications d*£piménide

L'antique loi de la purification réclamant l'expiation de toute faute et le rétablissement de l'ordre divin

^ L'armée Spartiate fat défaite vers G69/8 par les Argiens près de Hysiae, à la frontière de TArgolide et de la Laconie. (PAUSA- NIAS, II, 24, 7.)

* Cf. aupray p. 69.

' Pausanias, II, 21, -4.

* Pausanias, III, 11, 7 : xi yz e; 'ETrifAeviôv Aaxeoaijxovtou); oo^sl^o) [xâÀÀov WpYeiojv Xs^âiv eIkotoi. Cf. supra, p. 69.

qu'elle a troublé est en vigueur chez les Grecs dès Torigine de leur histoire. Mais ce n'est guère qu'à répo-jue d'Épiménide que l'on voit les rites de la cathartique définitivement s'établir. Les temps homériques ne connaissent que les purifications matérielles. Dans répopée homérique, il n'est pas question d'expiation religieuse et les héros recourent à des pratiques très simples pour se laver d'une souillure '. Hésiode, qui nous a cependant conservé tant de détails de la religion superstitieuse des campagnes, n'j fait pas davantage allusion dans son poème didactique Les Œuvres et les Jours.

Au Vn* eiècle seulement, nous voyons la cathartique se développer dans le monde grec. Ëpiménide est le plus remarquable de ses représentants, grâce à son intervention dans l'histoire athénienne. La plupart des auteurs anciens et le plus sûr d'entre eux, Aristote, s'accordent à reconnaître dans le sacrilège cylonien la cause de la visite d' Ëpiménide *.

Depuis le milieu du VIP siècle, la cité athénienne était en proie aux luttes civiles. Les classes inférieures, pressurées par une aristocratie qui détenait toutes les terres, revendiquaient l'allégement des charges qui pesaient sur elles et la participation aux droits politiques. A la faveur de ces mécontentements, un jeune noble du nom de Cylon, gendre de Théagène, tyran de Mégare, avait essayé de s'emparer du pouvoir. La tenta-

^ On 7oii seulement que Thomicide qui a versé le sang d*un compatriote est obligé de s'exiler ou de payer une somme en

réparation.

* Nous citerons Aristote, Cicéron, Plutarque, Suidas et certains auteurs de Diogène Laôrce (I, 110).

tive avait échoué et à l'instigation des Alcméonides, faction très paissante, la plupart des conjurés avaient été mis à mort dans le sanctuaire des Euménides *. L'entreprise de Cylon n'ouvrit pas les yeux à la noblesse ; elle continua de refuser toute concession aux exigences populaires, et bientôt les remords du sacrilège, suscités peut-être par Tapparition d'une épidémie ^ vinrent s'ajouter aux troubles politiques et augmentèrent l'état de malaise général. La faute des meurtriers était double : ils avaient massacré les Cylonides sur l'autel des Euménides et ils l'avaient fait, après leur avoir promis la vie sauve. Aux yeux d'une population religieuse, comme l'étaient les Athéniens à cette époque, la détresse de la cité ne résultait pas d'une situation économique désastreuse, mais c'était la suite du sacrilège inexpié, les représailles des divinités qu'on avait outragées. Les adversaires des Alcméonides profitèrent de ces dispositions pour réclamer le châtiment des coupables. Sur la proposition de Myron, un tribunal de trois cents nobles Athéniens prononça leur condamnation : les ossements des morts Airent rejetés de l'Attique et la famille des Alcméonides dut quitter le territoire d'Athènes \

' Thucydide, I, 126. — Abistotb {Heracl epit fr. 4, éd.

Blass). — Plutabqub, SoloUf c. 1*2. Cf. aupra, p. 67.

* DiOGÂNB LaêBOB, I, 110. Cf. supra^ p. 23.

* La peine du banDissement fat étenda3 aux descendants parce que, d'après les idées anciennes, la faute et la responsabilité étaient héréditaires. Quelques historiens mettent en doute la réalité de celte expulflion. — Beloch, Griech. Geaeh,j I, p. 839, n. 1. De Sanctis, 'AxOt;, Storia délia Repuhblica Ateniese, p. 280. — WlLAMOWITZ, Eurip. Hippol.^ pp. 213 s. Cf. êupra^ pp. 89 s.

Cette expulsion n'effaçait pas les traces de souillure qu'avait laissées ]e contact plus ou moins long des sacrilèges avec le sol et les habitants de l'Attique. En cette circonstance difficile, l'usage prescrivait de consulter l'oracle de Delphes. La Pythie ordonna de purifier la ville et les Athéniens recoururent au ministère d'Épiménide ^ Pour qu'ils songeassent à lui en cette occurrence, il fallait que la science religieuse de la Crète fût célèbre au loin, et que la renommée d'Êpiménide lui-même fût parvenue jusqu'en Attique. Bien que les traditions anciennes soient muettes sur ce points il est probable qu'Ëpiménide avait acquis cette célébrité, grâce à son ascétisme et à sa sainteté, et aussi à diverses interventions dans les événements de sa patrie. Arrivé à Athènes, le purificateur crétois remplit sa mission d'une manière fort originale*. Il choisit des brebis noires et des brebis blanches, et les mena sur l'Aréopage; puis il les laissa aller où elles voulaient, après avoir ordonné à ses acolytes de les sacrifier au dieu convenable (t(J> TcpoTT.xovTi Oe(j>), à l'endroit même où elles se coucheraient.

La signification de ces cérémonies expiatoires a été fort discutée *. Nous croyons qu'elles peuvent s'expliquer par rincertitude d'Épiménide qui le fit recourir à une habileté de la cathartique. Ne sachant quelle

^ Il n'est pas certain que l'oracle de Delphes ait recommandé lui-même aux Athéniens de choisir Épiménide. Cf. PLATON, LoiSj 642 D et Bupra^ p. 66 n. 2.

* DIOGÈNE LAËBCB, I, 110.

■ Stkkgel, Die gHech. Kuliusaliertumer, 2* éd. p. 143. — SCHULTKSS, 0. c,j pp. 29 ss. — DUNCKEB, Gesch. des AUerthumSf IV, p. 170.

divinité était irritée et voulant les apaiâer toutes en même temps, il sacrifia les brebis noires aux divinités chthoniennes et les brebis blanches aux divinités du ciel. Ce procédé lui permettait de n'en négliger aucune. En faisant immoler les victimes çà et là, il débarrassait de toute souillure les différentes parties du territoire. Le ^ dieu convenable „ auquel ce eacrifice était fait n'est autre que celui qui avait été froissé par le sacrilège et qui réclamait satisfaction. Enfin les autels anonymes qui existaient encore à l'époque de Diogène Laêrce, furent probablement érigés aux endroits de ces sacrifices. Pour achever l'expiation du sacrilège, deux jeunes Athéniens se laissèrent immoler ; mais il n'est pas sûr qu'Épiménide ait pris part au sacrifice *. La tradition rapporte encore qu'Épiménide éleva un sanctuaire aux Euménides ^. Comme le culte de ces divinités est beaucoup plus ancien à Athènes, il est probable qu'Épiménide a seulement fait une nouvelle consécration des autels, souillés par le meurtre des Cylonides. Il est également possible qu'en souvenir du sacrilège, Épiménide ait conseillé aux Athéniens d'élever des autels à la Violence et à l'Impudence, comme le prétendent Cicéron et Clément d'Alexandrie '\

Après cette expiation, Épiménide s'occupa, nous dit Flutarque ^, d'une réglementation du culte qui devait rendre durables, croyait-il, les résultats de son intervention. U accoutuma les Athéniens à moins de dépense

* Cf. supra, pp. 67 s.

* Diogène I.AÊBCE, I, 112 (d'après Lobon d'Argo?). — Cf. Wblcker, Griechiavhe Qôtterlehrc, îll, p. 92.

' Cf. supra ^ pp. 76 s., 83.

* Plutarque Sohn, c. 12.

dans le culte religieux et à plus de modération dans le deuil, en prescrivant, pour les funérailles, certains sacrifices qu'il substitua aux pratiques dures et barbares que la plupart des femmes observaient jusque là. Ce rôle de réformateur religieux rentre bien dans la mission du prêtre crétois, et la période de trouble que traversait alors la cité athénienne, réclamait de tels changements.

D'après M. Niese ' cependant, les prescriptions d'Épiménide rappellent de trop près la législation de Solon pour qu'on ne puisse en suspecter la réalité. Plutarque prétend que le purificateur crétois se lia d'amitié avec Solon et l'aida à rédiger ses lois. Nous croyons plutôt que le législateur athénien mit à profit les règlements antérieurs d'Ëpiménide. Théophraste nous dit, en effet, que les anciennes prescriptions du culte athénien avaient été copiées sur le règlement des cérémonies des Corybantes crétois *. Si Ton songe qu'itpiménide ^fut rangé parmi les Curetés et que ceux-ci sont en relation étroite avec les Corybantes, on sera tenté de faire d'Épiménide l'introducteur en Attique de pratiques religieuses formulées plus tard dans les ordonnances de Solon.

Ernest Curtius ' a supposé qu'Epiménide rendit national le culte d' Apollon qui jusque là était demeuré aristocratique. C'est exagérer^ selon nous, le rôle du purificateur crétois : saus doute la Pythie a pu lui

* P. NlKSE, Hiêtor, Uniera. Arn, Schaefer.-, gewidmet, p. 13.

< Porphyre, De abstinentia, II, 20. — Cf. Bbrnats, Théophraatoi* Sckrift Ueber Frômmigkeit, Berlin, 18G6, p. 37 et p. 1G5.

' B. Curtius, Griechische Qeschichte F', pp. 311 s. et Stadtgesch. V, Athen^ p. G4. Cf. A. MOMMSKN, HeortologiCy pp. 52 as., 62, 76.

indiquer les sacrificeç qu'il devait faire à Athènes, et nous savons que les prêtres de Delphes cherchèrent à se gagner les devins et les thaumaturges contemporains d'Épiménide '. Mais ce ne sont là que des indices.

Épiménide n'apporta qu'un répit de peu de durée aux dissensions athéniennes :«îl avait su apaiser les craintes religieuses des habitants, mais il n'avait remédié en rien à leur triste situation sociale.

L'intervention d'Épiménide dans la réforme des mystères d'Eleusis n'est pas sûrement établie. Plusieurs savants l'ont admise parce que Pausanias mentionne la présence d'une statue d'Épiménide devant l'Éleusinion, à Athènes '. Mais on connaissait à Athènes un autre Ëpiménide, qui avait reçu plus tard le nom de BouÇu-p^ç, héros de l'agriculture, à qui la famille des Bou^ùyai rattachait son origine '. La nature des monuments qui entouraient cette statue d'Epiménide, le taureau d'airain et la statue de Triptolème, inventeur de Tagriculture, indique qu'il s'agit ici du héros attique plutôt que du purificateur crétois. Si ce dernier avait eu une statue à Athènes, elle avait sa place indiquée près du Kylonéion, monument élevé en souvenir du massacre des Cylonides.

» Platon, Lois, I, 642 D. Diogène Laeece, 1, 110. Aristéas de Proconnèse aurait introduit à Métaponte le culte apolliuien (HÈBODOT., IV, 13) Cf. DiELS, Parmentdes, p. 21 et supra, p. 103 n. 1.

* Pausanias, I, 14, 3. E. Cubtius, /. c, et A. Mommsen, /. c.

Cf. SCHULTESS, De Epim. Crète, pp. 32 ss. — USENEB, Philolog. Anzeiger, 1879, pp. 261 s. Tœpffeb, Attische Généalogie, p. 140 et id. dans PAULT-WiSSOWA, Beul Encycl , s. v. Buzyges,

* Sebvius ad Virgilium, Qeorç, I, 19 : Epimenides qu' postea Buzyges dictiij est secundum Aristotelem, — Tœpffeb, /. c, p. 145. Cette familJe athénienne exerçait les fonctions sacerdotales de Zeùc èv IlaXXQcSîcii et de Zeùc TéXeioç.

Cependant on peut admettre que le héros agriculteur de TÂttique fut identifié plus tard avec le purificateur homonyme de Cnosse *.

Diogène Laêrce (1, 112) rappoiie qu'Épiménide refusa l'argent et le navire que les Athéniens lui offrirent comme prix de son ministère; ce trait de désintéressement nous est confirmé par Plutarqne ; suivant lui, Épiménide n'accepta qu'un rameau d'olivier *. Des combinaisons postérieures ont prétendu que le prêtre de Cnosse profita de son intervention à Athènes pour conclure une alliance entre cette ville et sa patrie* Platon et Diogène Laërce y font allusion ; mais on ne peut voir là rien d'historique \

Nous ne pouvons non plus contrôler l'exactitude du renseignement de Phlégon prétendant qu'Épiménide retourna en Crète après la purification d'Athènes et qu'il y mourut peu de temps après (Diogène Laërce 1,111).

D'autres villes grecques, Sparte et Argos, revendiquent l'honneur d'avoir reçu la visite du purificateur. La tradition Spartiate repose sur des indices si nombreux qu'il n'est guère permis de la~ mettre en doute, malgré

I £. Meyeb, Gesih. d. Altert, 11, § dGO, qui rejette la réalité d^Épiméoide à^ Crète croit qu'on attribua la théogonie apocryphe au héros athénien, Épiménide BouJ^'iy^Ci et qu'à cette occasion on lui donna la nationalité Cretoise. M. Meyer ne nous donne pas le motif de cette attribution. Est-ce le prestige religieux dont jouissaient les Cretois? — 0. KERN, De Muaaei Athénienne fragmentiSj Hostock, 1898, p. 3, croit qu'on a pareillement donné une origine thrace au héros attique Musée.

* FlutâBQUE» Praec. ger, reip.j c. 27, § 8 : àpxei.... OaAÀoc, a*;

» Platon, Xoi«,I,642D {in /în«). — Diogène Laêrce,!, 111.

Tanalogie des détails de cette visite avec ceux de Thistoire athénienne '.

La tradition argienne est moins certaine; elle se borne à contredire les affirmations Spartiates. Les Lacédémoniens prétendaient posséder chez eux le corps d'Épiménide; les Argiens, au contraire, disaient qu'ils avaient réussi à soustraire aux Spartiates le corps du prophète, et qu'ils l'avaient enterré à Argos devant le temple d'Athéna Salpigx '.

La purification de Délos, attestée seulement par Plutarque, n'a rien d'improbable, bien qu'elle rappelle des événements analogues qui eurent lieu dans cette île à la fin du VI' siècle et en 426 av. J. C. *.

Ces nombreuses interventions expliquent comment Ëpiménide fut à juste titre considéré par les anciens comme le purificateur par excellence, h KaOapr^; *. Cette renommée ne fit que grandir et l'on prétendit même qu'il avait été le premier qui purifia les maisons et les champs et qui édifia des temples ^^ alors que ces pratiques sont à la base même de la religion grecque.

CHAPITRE V Traditions diverses Pour compléter la biographie d'Épiménide, il importe

* Cf. suprOj pp. 70 88.

* Pausanias, II, 21, 4.

* Plutarque, Banquet des Sept Sages^ c. 14. Cf. supra, p. 48.

* JAMBLIQUE, Vie de Pythago^e, § 135.

" DiOGÈNE LaêRCE, 1, 112. — En débarrassant Athènes de la soaillare du sacrilège cy Ionien, Épiménide avait aussi bien purifié les objets que les personnes.

de signaler encore quelques détails, légendaires pour la plupart, mois qui achèvent de le caractériser.

La tradition lui attribue une longévité extraordinaire; au dire de Xénophane, il atteignit Tâge de cent cinquante-quatre ans; selon Théopompe, celui de cent cinquante-sept. Les Cretois, qui l'honoraient comme un dien par des sacrifices, prétendaient qu*il avait vécu près de trois siècles *. L'âge du purificateur fut sans donte augmenté en raison même de son sommeil merveilleux de cinquante-sept ans ; peut-être faut-il déduire ce chifire du nombre généralement transmis et admettre qu'Épiménide vécut environ un siècle, de G7ô à 575 avant notre ère ? Théopompe raconte qu'à son réveil, il devint vieux en autant de jours qu'il avait dormi d'années. Ce trait est commun à la plupart des héros de long sommeil : ils se réveillent aussi jeunes qu'ils se sont endormis, mais ils vieillissent et meurent très vite *,

La légende attribue encore à Ëpiménide quelques faits surnaturels qui sont communs à d'autres thaumaturges anciens. Comme Aristéas de Proconnèse, son âme jouit de la faculté d'abandonner le corps et d'y rentrer à volonté. Cette donnée ainsi que les prétendues résurrections d'Épiménide sont en rapport avec la légende du long sommeil et elles dérivent vraisemblablement des traités apocryphes qui circulaient sous son nom i Athènes '.

' DlOOÈNE Laêrge, l/lll, 114.

' DioeÈMR Laêrce, J, 115. Pline, Nat Hist, VU, 52 (175) : hinc (yc, pobt somnum) pari numéro dierum scnio ingruente. Cf. supra, p. 96 n. 1 et KOCH, Die Siebenscklàferlegende, p. 22.

* Cf. Bupra, pp. 98 s.

-^ lltf -

Plusieurs auteurs anciens, Timée, Démétrios de Magnésie et Plutarque, à divers endroits du Banquet des Sept Sages, font allusion à la sobriété d'Épiménide : il aurait vécu sans prendre de nourriture ou, du moins, il aurait usé par quantités infimes d'un aliment miraculeux appelé " préservatif de la faim „ (a/»ttxov) '. Bien qu'un ascétisme aussi extraordinaire convienne parfaitement au caractère d'Épiménide et qu'il ait pu s'astreindre à un semblable genre de vie, nous croyons plutôt que cette tradition dérive elle aussi des traités que les auteurs orphiques du VI- siècle attribuèrent à Ëpiménide. Pour engager les néophytes de la secte à supporter les privations imposées par la doctrine, Kpiménide était censé prêcher d'exemple en racontant les austérités de sa vie. Nous savons d'ailleurs que la mauve et l'asphodèle qui auraient constitué la base de cette alimentation, étaient employées dans les repas orphiques *.

Les rapports qu'Épiménide aurait entretenus avec plusieurs personnages du VI' siècle, ont été inventés pçir les nouvellistes ioniens et le biographe Hermippe. Les lettres que la tradition leur fait échanger sont visiblement apocryphes et de composition plus récente encore. Nous avons montré qu'Épiménide était arrivé à Athènes une génération avant l'archontat de Solon et que, pour ce motif^ des relations d'amitié n'avaient pu s'établir entre eux ^. La chronologie nous oblige pareil-

• * DlOOÈNE LaÊbcE, I, 114. Plutahque, Banquet des Sept Sagee, c. 14 (p. 157 s.). Cf. supra^ pp. 73 et 102.

' Cf. stépraj pp. 66 et 73.

' Cf. supra, pp. 13, 42 et 62.

lement à rejeter la réalité du rapprochement d'Épiménide et de Pythagore. Suivant Diogène Laërce (VIII, 3), ils seraient descendus ensemble dans la caverne du mont Ida pour s'initier aux mystères de Zeus. 11 est possible qu'ils aient visité ce sanctuaire à un demi-siècle d'intervalle, mais le rapprochement des deux personnages n'est pas historique.

Une autre tradition ancienne fait d'Épiménide relève d'Hésiode '. Faut-il entendre par là que le poète d'Ascra a connu le thaumaturge crétois ou que celui-ci a seulement mis à profit les préceptes d'Hésiode? C'est plutôt cette dernière hypothèse que Platon semble avoir en vue dans son dialogue des Lois^ lorsqu'il nous dit, non sans ironie, qu'Épiménide, à en croire les Crétois, ^ ava^'t surpassé en industrie tous les plus habiles et qu'il avait exécuté ce qu'Hésiode n'avait fait qu'entrevoir dans ses écrits ' „. De même Plutarque fait dire à Selon, dans le Banquet des Sept Sages, qu'Hésiode avait formulé dans ses vers la recette du régime suivi par Épiménide, et lui avait indiqué le premier les ingrédients de cette substance nutritive dont il lui suf&sait de mettre un petit morceau en bouche pour passer la journée entière sans dîner et sans souper '.

Nous croyons pouvoir trouver l'origine de cette tradition, déjà c( ntestée par un personnage du dialogue de Plutarque, dans le caractère hésiodique de certains passages des traités apocryphes attribués à Épiménide. Le seul vers que nous ayons conservé des Purifications

» PlutaequE, Banquet des Sf-pt Sag.s. c. 14, p. 158 B. • Platon, Lois, III, 677 D. Cf. supra, p. 47. " Plutarque, Banquet des Sept Sages, c. 14.

Kpf.Teç dUi <{/eGTrxt, xaxx OT^pia, yaTtépcç dpyai est vraisemblablement imité des paroles qu'Hésiode se fait adresser par les Muses dans sa théogonie, no«.[jL£veç «ypauXot, xox' èXi^/z%, yaTrépeç otov *. Do plus, diverses idées hésiodiques reparaissent dans la théogonie attribuée à Épiménide. Il est donc probable que les traditions mettant Hésiode en rapport avec Ëpiménide, dérivent des analogies qu'on peut releva entre les œuvres du premier et celles du second.

CHAPITBE VI Lbs ûavR-iass attbiboès a Èpimbnidb

L'histoire d'Épiménide ne peut être séparée de l'étude des ouvrages qui portent son nom, parce que ceux-ci permettent de voir quelle conception l'antiquité se faisait de lui et parce qu'ils ont influencé la formation des légendes relatives au personnage '.

Malheureusement nous ne connaissons de ces écrits pseudépigraphiques ou apocryphes que quelques fragments dont l'examen soulève de nombreuses difficultés. On doit se demander si les indications des auteurs qui citent les ouvrages d'Epiménide sont exactes, si ces ouvrages ont jamais existé, enfin s'ils peuvent appartenir à Ëpiménide de Crète. La question est trop vite tranchée, si l'on dit que ce sont des produits d'une époque postérieure ' ou qu'ils conviennent parfaitement au purificateur Cretois K

• HÉSIODE, Theog. v. 26. Cf. infra, pp. 126 ©t 130.

* Cf. supra, pp. 35 ss.

• MÛLLEB, Fr.Hist. Gr. IV, p. -404 et Bbenhardy, Qrundr. d. gr. Litt P, pp. 278 et 344.

* Berok, Qriech. Litieraturgeach., II (1883), p. 76.

Au témoignage de différents écrivains *, l'antiquité connaissait sous le nom d'Épiménide les ouvrages suivants :

1 . Un poème intitulé Origine des Ciirètes et des Coryhantes et théogonie,

2. Une épopée intitulée Construction du vaisseau Argo et départ de Jason en Colchide,

3. Un traité, en prose, Sur les sacrifices et la constitntion de la Crète.

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