‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 16 sur 89 · Obigine des Cubâtes et des CobybanteS · texte numérisé non relu

Obigine des Cubâtes et des CobybanteS

ET Théogonie.

Diogene Laërce (T, 111), qui nous a transmis le titre et le nombre de vers du poème d'Kpiménide, semble avoir ajouté à l'indication de Lobon les mots xal Oeovoviav et avoir ainsi rapproché deux titres différents. Nous croyons donc, après M. Diels *, qu'il faut distinguer l' Origine des Curetés et des Coryhantes de la Théogonie.

A. — \j Origine des Curetés et des Coryhantes.

Nous n'avons conservé aucun fragment du poème relatif aux Curetés et Diogène Laërce seul le mentionne. On pourrait donc supposer, avec E. Hiller, que ce traité n'a jamais existé et que nous avons affaire à^ne fiction de Lobon d'Argos '. Mais rien ne nous empêche non plus de le considérer comme un écrit apocryphe aisément attribué par son auteur ou par Lobon à Épiménide, en

* Diogène Laërce semble n'empruntera Lobon d*Argo8 que le détail relatif aa sanctuaire des Euménidcs, mais il est vraisemblable qu'il lui doit aussi Ténumération des écrits. Cf. supra^ p. 26.

• DiELS, ap, 0. Kebn, 0. c, p. 79.'

' E. Hiller, /. c, p. 525. Son opinion a été approuvée par DiELS, /. c. et par iMMrsCH, dans ROSCHEB, Lcxik, d. gr. u. r. Uyth. s. V. Kuretefi^ II, p. 15S8. Cf. Bernhardy, o. c, P, p. 278.

raison de sa réputation de Curète '. Était-ce iin traité sur les protecteurs de Tenfance de Zeus, en Crète, ou la liste des prêtres qui s'étaient succédés au service de ce dieu? Il est impossible de l'établir. Remarquons seulement en faveur de la seconde hypothèse qu'avant l'apparition de l'histoire proprement dite, des list>es semblables étaient d(\jà tenues dans plusieurs temples de la Grèce *.

B. — La Théogonie.

L'existence de la Théogonie d'Épiménide, l'ouvrage le plus important qui ait porté le nom du purificateur Cretois, a été contestée à tort par E. Hiller. Les nombreux fragments que nous en avons conservés ne jeuvent avoir fait partie, comme il le prétend, de Oénéalogies composées par un autre J^piménide (Diog. Laërce I, 115) \ Ils appartiennent à un de ces ouvrages qui, à Li fin du VI' siècle avant notre ère, cherchent à concilier les vieilles croyances avec les principes philosophiques naissants, et prétendent résoudre du premier coup le problème de l'origine et de la constitution du monde.

L'opinion fondamentale de la Théogonie d'Épiménide nous est connue par une citation du néo-platonicien Damaskios qui l'emprunte vraisemblablement au péri-

* Cf. page 102 et DiODORB, V, 65. Le contraire est également pofsible c'est-à-dire qu'un pareil traité a pu donner naissance À la tradition qui fait d'Épiménide un Curète.

^ Par ex. la liste des prétresses d'Héra, k Argos.

' Voir les fragments de la Théogonie d'Épiménide ap. 0. Kebn, 0. c, pp. 62 ss. fr. I-VIII. — HiLLEB, / c. Cf, DiELS ap, 0. Kebn, 0. c, p. 79. — SUSEMIHL, Gesch, d. gr, Litt. in der Alex, Zelt, II, p 388.

patéticien Eudème ^ Suivant lai, l'auteur de la Théogonie admettait comme premiers principes TAir et la Nuit qui en auraient engendré un troisième, le Tartare ; de ces principes étaient sortis deux autres éléments dont Tunion avait produit l'œuf du monde, lequel devint à son tour l'origine des créations ultérieures *.

Nous avons affaire ici à une cosmogonie mythique, c'est-à-dire à uue explication de l'origine du monde antérieure à la période scientifique de la philosophie grecque, explication où l'intervention fortuite et miraculeuse d'êtres fantastiques tient lieu de l'enchaînement naturel des choses. L'ouvrage n'est cependant pas aussi ancien qu'on le croirait à première vue. L'Air n'apparaît comme premier principe dans aucune autre théogonie '; c'est seulement chez Anaximène qu'il occupe la première place dans la théorie de la formation du monde *. Comme la conception du philosophe ionien est vraisemblablement originale, il est permis de croire que la Théogonie d'Épiménide a été influencée par sa doctrine et qu'elle n'est pas antérieure à la fin du VI* siècle.

* Damaskios, Ttspt àp/cov, p. 383 éd. KOPP. {Eudemi fragm. CXVII, p. 170, 11 éd. Spengel). Cf. Kben, o. c. p. 68.

' E. Zblleb, lhilo8ophie der Griech,^ P, p. 88 : ^ Ces deux principes représentent évidemment d'après les habitudes de la théogonie hésiodique. une syzygie sexuelle : Tair (6 àr^p) est le principe mâle, la nuit (t) N j^) le principe iemelle „. Cf. SCHŒMAKN, Oper. Academ., Il, p. 21.

* Ponr écarter cette singularité, on a supposé que le mot Air avait ici la même valeur que le mot Éther, Mais ce sens du mot àyjp n*e8t confirmé par aucun philosophe ancien. Cf. 0. Kkbn, 0. c, p* 69.

* RlTTER et Preller, Historia philosophiae graecae, 7® éd. (1888) p. 20 : 'Ava$'.(jLîVTi; oè 6 MtXT,g'.o; àp/j^^^^ twv ovt(ov àépa àiTÊcpTivaTo, èx yàp toûiou itavxa Ytvso-Oai y.al sU auTÔv TrâXiv àvaXusTOai.

Cette influence du philosophe de Milet fût-elle même improbable, comme E. Zeller * le prétend, un autre indice nous ramènerait à la même date : dans la Théogonie d'Kpiménide, la Nuit est placée à l'origine des choses, comme dans la cosmogonie orphique, et elle n'occupe nulle part cette place avant l'orphisme. De plu.>, Tœuf du monde, source des créations ultérieures, joue le même rôle dans la doctrine orphique, et cette dernière connaît également le nom d'Echidna qu'Épiménide considère comme la fille de Styx et de Feïras *.

De ces indices on peut conclure que l'auteur de la Théogonie attribuée à Épiménide a connu l'orphisme. Or le développement de cette doctrine n'est pas antérieur à la seconde moitié du YP siècle ^. Épiménide qui appartient, au plus tard, à la première moitié de ce siècle ne peut donc avoir écrit la Théogonie qu'on lui attribue. Celle-ci ne peut servir à établir la chronologie du personnage, pas plus que les ouvrages analogues de Musée et d'Orphée ne permettent de tirer aucune conclusion pour répoque de ceux-ci. M. Kern qui, après M. Lœschcke^ place Kpiménide vers Tan 500, admet l'authenticité de la Théogonie, Mais nous avons montré que le texte de Platon, invoqué par ces critiques, demandait une autre interprétation *.

Achevons de caractériser brièvement la Théogonie d' Épiménide. Le rôle attribué par l'auteur au Tartare, troisième principe du monde, révèle la connaissance de

' Zelleb, 0. c. I^y pp. 87 8.

« Pausanias, VIII, 18, 2.

> E. Metbb, Oeschichte des Altert. II, §§ 453 ss. — E. ROHDB, Psyché II*, p. 105.

* Cf. supra y p. 47.

la théogonie hésiodique ^ On ne peut cependant pas dire, avec M. Tannery ', qu'Épiménide refait pour son compte la théogonie d*Hésiode : malgré quelques ressemblances, le pseudo-Épiraénîde s'inspire plutôt de Torphisme, courant parallèle à la doctrine hésiodique et non sa continuation '\

L'auteur de la Théogonie considère Aphrodite, les Destinées (Morpai) et les Erinyes comme les filles de Kronos. Cette assertion qui s'écarte do l'opinion d'Hésiode et des Orphiques, permet un rapprochement caractéristique avec la vie du purificateur crétois : c'est précisément à Athènes, et à Sparte, villes visitées par P^piménide, que le culte d'Aphrodite était réuni à celui des Destinées ^

La Théogonie d'Épiménide renferme des allusions à certaines légendes péloponésiennes, telles que celles du lion de Némée, de la généalogie de Pan et d'Arcas, et d'Endymion condamné par Zeus à un sommeil étemel pour s'être épris d'Héra. Coïncidence remarquable, il est question de ce sommeil mythique dans la Théogonie qui circulait sous le nom d'un personnage à qui la légende attribue un sommeil de cinquante-sept ans ^.

Le pseudO'Ëpiménide affirme encore que les Harpyes gardaient les pommes d'or et étaient les mêmes divinités

^ HÉSIODE, Theog. v. 1 19. L'antlionticité do ce vers est douteuse.

* Tannery, Pour VhistoWe. de la Science Ilellènej p. 129. C'est aussi Topinion do WlLAMOWITZ, Eurip. Hipp.y p. 224 n.

* Cf. Beloch, Qriech. Gesch.y I, p. 252. — Ed. Mbyeb, o,c, II, p. 748. — M. Maybr, dans ROSCHBB, Lextk. d. g. u. r. Myihol.j s. V. Kronos, II, p. 1456. Cf. supra, pp. G6, 73.

* 0. Kern, o. c, p. 73.

c Kern, fr. V, VI et VIII, et pp 74 s. — Hiller, p. 527, n. 1. - Von Sybel, dans Roscher, Lfxikon, s. v. Endymion,

que les Hespérides. Cette opinion est conforme à la tendance orphique de confondre les différentes divinités'.

Enfin l'auteur de la Tkâogonie combat la doctrine d'Hésiode au sujet d'une divinité des enfers : Hésiode * prétend que de l'union de Styx, la fille d'Océan, avec Pallas étaient nés Zêlos etNiké. Épiménide, au contraire, soutient que la fille d'Océan avait épousé non Pallas, mais Peïras, dont elle avait eu Echidna ^. E. Bobde * a rapproché cette assertion de la légende d'après laquelle râmod'l!]pimémde aurait possédé la faculté d'abandonner le corps quand elle le voulait, et de ce rapprochement il a conclu qu'il existait dans l'antiquité sous le nom d'Épiménide une Descente aux Enfers (KaTâpa<n; éç "AtSoj), à laquelle est empruntée l'opinion relative à Styx.

On pourrait ajouter à cet indice l'existence d'un traité apocryphe attribué à Épiménide où il était question de Minos et de Bhadamanthe et le trait légendaire des résurrections à la faveur desquelles Épiménide serait devenu Éaque, le troisième juge aux Enfers. L'opinion de Rohde paraîtra plus vraisemblable eccore, si l'on songe que les auteurs orphiques attribuèrent des traités analogues à d'autres thaumaturges, notamment à Orphée et à Pythagore. Néanmoins puisqu'Hésiode rapporte cette opinion dans sa Théogonie, le pseudo-Épiménide a pu en faire autant dans un ouvrage homonyme.

Dans le dernier fragment, malheureusement fort mutilé que l'on pourrait, d'après Kern (fr. IV), assigner

* 0. Kern. fr. VII. Cf. lU, o. c, p. 67 et 76.

* HÉSIODE, Thcog. V. 383 s.

* Pausanias, Vlir, 18, 2. -= Kern, fr. III.

* E ROHDE, Dergricch. Roman y p. 260 n. Cf. Krrn, p. 76.

à la Théogonie d'Kpiménide, il est question du géant Typhon. Suivant la restitution de M. Diels \ faite d'après le JProméthée d'Eschyle (v. 370 s.), Fauteur de la Théogonie aurait prétendu, d'après la tradition courante que Typhon combattit la royauté de Zeus *.

Ces opinions fragmentaires permettent néanmoins de se faire une idée assez nette de la Théogonie du pseudo- Épiménide. L'ouvrage s'inspire surtout de la cosmogonie orphique et offre quelques analogies avec la Théogonie d'Hésiode. La plupart des données ne remontent pas au delà du VI* siècle. Certaines d'entre elles émanent peut-être d'Ëpiménide lui-même. En sa qualité d'homme versé dans la science divine (o-o^ o; nepl Ta ÔEia, yvwTTixwTaTo;) ', il a pu, aussi bien qu'Hésiode, laisser quelques pensées sur la généalogie des dieux. Ces opinions servirent de données fondamentales à l'auteur qui fit circuler sous le nom d'Épiménide une Théogonie où il avait introduit les théories récentes de l'Air et de la Nuit.

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