‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 30 sur 89 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Lr domesticus et lb comte.

Dans le chapitre précédent, nous avons dit que les fonctions de domesticus furent souvent confiées au comte. Cette union intime des deux fonctionnaires provinciaux s'explique aisément. Au début du royaume franc, les deux administrations sont complètement distinctes : c'est l'héritage de Rome, accru des idées germaniques. Le roi est tout dans son royaume, l'administration politique est secondaire aux yeux des Mérovingiens; ce qui attire les Barbares dans l'Empire, c'est la richesse. Clovis conquiert les Gaules pour accroître sa puissance, c'est à dire sa fortune. Il devient tout puissant par ses immenses trésors : les soucis politiques ne

« V. p. juBt. 17.

le préoccupent guère. D meurt; ses contemporains n^ont pas l'idée de l'unité territoriale du royaume : ses fils partagent le territoire comme les richesses; et engagent de longues luttes pour accroître leurs trésors, au détriment les uns des autres. Quelle est la règle qui préside aux partages? Est-ce le souci de réunir sous une même autorité des populations de même race ou de mêmes besoins ? Nullement; on cherche à faire un égal partage des revenus publics et des terres du fisc. A cette époque le domesticat n'est jamais adjoint au comitat : la première charge est plus importante que la seconde.

Mais en 614, les grands obtiennent de Clotaire II, que les comtes seront choisis parmi les puissants de chaque cité : l'influence romaine commence à grandir et la vie politique va reprendre dans toute la Gaule. Les comtes deviennent des petits souverains : la féodalité est en germe dans tout ce système. Leur pouvoir s'est fortifié au cours des récentes luttes de Frédégonde et de Brunehaut ; il va s'accroître en ce siècle, par la lutte de l'Austrasie et de la Neustrie. Il faudra l'immense puissance des Carolingiens et surtout de Oharlemagne, pour enrayer quelque temps ce rapide accroissement du pouvoir comtal.

Les faibles rois mérovingiens et surtout leurs toutpuissants maires du palais ont tout intérêt à se concilier la faveur de ces comtes, devenus des petits seigneurs locaux : ils leur accordent de plus grandes dotations, et cela, au détriment de leur propre domaine; ils leur confient vraisemblablement les Villae de leur pagus. Les comtes sont très honorés, car ils deviennent ainsi de véritables officiers du palais, c'est à dire des fonctionnaires royaux comme le comprenaient leurs ancêtres :

pour ceux-ci, en eflFet, il n'y avait de royal que ce qui touchait au souverain, dans sa personne ou dans sa fortune; et le prestige des premiers Mérovingiens était loin d'être efiacé.

Nous avons de nombreux exemples de la dualité de charges chez les comtes. Les diplômes de 722 et 72S au sujet de l'île d'Honau, sur le Bhin ', semblent montrer Ebrohard à la fois domesticus et comte. Alors que le diplôme de Dagobert P' (637) * au sujet du domaine d'Ecouen est adressé au duc Vandelbert et au domesticus Baganric, celui de Clovis II (640) ' au sujet de Crouy est adressé au même duc et au comte Ebrulf : ce dernier semble bien remplir la charge de domesticus. De même, le comte Âdelbert est Tadministrateur du domaine d'Hiltesheim que Thierry III (683) * donne à l'abbé Erard et au moine Badebert pour l'abbaye de Novienta. Le domesticus Dodon, dont nous avons parlé plus haut", est lui aussi qualifié de comte, dans les Miracles de Saint- Denis *.

La formule de Marculf I, 39 ' vient confirmer cette opinion. Elle est adressée à un comte et dit : per omnes

« V. p. ju8{. 38 et Pardessus n*» 543 et 644, Il 352 et 355.

« V. p. just. 16.

' Fard, no 294, II 63.

* Fard, n» 402, II 195.

• Voyez page 18.

^ Sub Carolo Francorum principe et majore domas (ut tune moris orat), quidam nomine Godobaldus, ortus provincia Asbaniense, viila quee dicitur Arbrido, cum in necem beatissimi visi Lantberti epiacopi cuidam comiti, Dodoni nomine, se consortem et conscium prebuisset, D .o pœnam exigente, claudus effectua est. (A. A. S. S. oct. IV, 932).

' V, p. juflt. 86.

villas quœ in vestras vel in cuncto regno aHomm domesticorum 8unt accionibus. Ce comte est dono bien, oomme tous les autres domesticus, à la tête d'un certain nombre de biens royaux : il y remplit les fonctions de domesticus. De même, dans l'un des manuscrits des formules de Marcuif ' les mots ilio comitae de l'adresse sont remplacés par les mots illo majorem domiis. Le maire avait sans nul doute des esclaves à diriger dans le palais lui même : il e^^^t donc naturel que le roi l'informe aussi d'avoir à affranchir trois d'entre eux. Dabn * n'est pas de cet avis : pour lui, le comte ou le maire ne sont que des intermédiaires entre le roi et les domesticus. Il s'appuie sur la fin de la même formule, où on lit relaxare faciatis et non relaxetis. H oublie que le ressort du domesticus ou du comte qui le remplace peut comprendre plusieurs domaines (la formule le dit très clairement) et que dès lors, le domesticus doit faire délivrer trois esclaves dans chacun d'eux par l'administrateur de chaque viUa (viUieus). Celui-ci choisit les jeunes gens et les envoie au domesticus qui leur remet la lettre d'affranchissement ^. Nous voyons donc les comtes, tout comme les domesticus, chargés d'une part de l'administration d'un certain nombre de domaines, que lej rois abandonnent à des abbayes et d'autre part, de la libération d'esclaves pour célébrer une naissance princière. Nous devons en conclure que les comtes se sont emparés des attributions des domesticus, comme nous le disions au début de ce chapitre.

i Manuscrit A 3.

« Ouv. cité Vin* partie, p. 182.

" Formule II 52. — 7. p. just 36.

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