‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 5 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ARISTOTE, HSBMIFPE & PLIJTÂBQU& '

Avant la découverte de la République des Athéniens ('AOTjvatcov TîoXtTeta), nous ne possédions aucun renseignement d'Aristote sur l'intervention d'Épiménide en Attique. Les indications fournies par la Politique et la

* Suidas, s. v. T.TriîXEvîar,;. Chez Pline, Nat. Hist., VII, 52 (174 s ), le récit da sommeil d'Ëpiménide précède immédiatement l'histoire de la femme ressuscitée par Empédocle, qu'Héraclide avait rapportée. Cf. BiDEZ, Biogr, d'Empéd.y pp. 26 sa.

* WlLAMOWITZ, Antig, v. Kar., pp. 146 sa. ROHDE, Bliein. i^tw., XXXIII, pp. 208 s.; XXXV, p. 157 et Payche II«, p. 90.

' Nous réunissons sous une même rubrique trois auteurs de date différente^ parce qu'ils ont entre eux de nombreux rapports et qu'ils représentent particulièrement le courant historique dans la tradition des actes d'Épiménide.

Rfiétorique sont relatives à Pécrivain et an prophète '. Le début du nouveau traité est autrement important pour la chronologie des faits que nous étudions. Pour faciliter Tintelligence des questions qu'il soulève, nous croyons utile d'en reproduire ici lo texte *.

I Mupcovo; X7.8' UpôSv duLOo-avreç dp'.ortvSrjV. Kaxayvw-

T^évroç 5k TO'5 ayo'j;, [a'jrjoi |Ji£v ^x tcSv Tacpwv i$£[3).T,6T,(Tav, ta 3e ygvos aÛTwv Içyyev dtet^p'jyiav. ['E7:î.]jjLev{oT,q o' ô KpTjÇ ^7:1 toÛto».ç ^xiÔT.pe tt,v ttôaiv.

II. MsTi Se xa'JTa tuvé^yi arao-iiTa». tojç xe ^'vwpijxo'j; xal To -îiXfjÔoç TToA'jv ypovov [[tov SfjjjLov]]. "'Hv yàp [tote] Tj Tto)w'.Teîa t[oî; te] oXXo'.ç dAiyap^^ixT, ttîti,

IV. *H (JLSV O'JV 7:pWTT, TîOA'.Teta Ta'JTTiV EtJ^e TTiV 'J7î0[ypa]'^Y,V.

MsTi oè TaOra ypôvou Ttvo; o'j iroXXoG oieXOovroç, iicl 'Apt- TTaiyfxou apyovro;, Apàxcov to'j; OeTixo'j; e8T,xev •

V t'ffyjpâç 5e TTJ; orao-ew; o'jttji; xal ttoXjv ypovov

âvTixaÔTiixévwv dlXXriXoiç, eîXovro xoivr, otaXXaxTT.v xal apyovta £6X(i)va

La valeur du renseignement d'Aristote et l'interprétation même du passage ont fait l'objet de nombreuses discussions.

Pour la réalité et la date des événements antérieurs au V* siècle, les affirmations d'Aristote empruntent avant tout leur valeur aux sources dont elles dérivent. Dans bien des cas, il n'est, comme les autres historiens, qu'un intermédiaire; mais il a sur la plupart d'entre eux l'avantage d'avoir choisi ses sources, d'en avoir contrôlé la valeur et de ne pas les avoir copiées servilement .

« ABrSTOTE, PoHtiquejJ, 1 § 6; id. Rhétorique, IIF, 17. * 'A6T|V«ia)v TToXiTsia ed*. Blass, Leipzig, Tenbner.

Qaand Aristote écrivit sou traité de la Répt^lique des Athéniens^ il existait une tradition courante sur les personnes et les faits de l'ancienne histoire attique. L'historien l'a combattue quand elle lui paraissait se rattacher à la légende plutôt qu'à l'histoire. Les fragments que nous avons conservés de la première partie de son ouvrage, indiquent cependant qu'il acceptait des récits mythiques. Faut-il ranger la mention d'Épiménide parmi ces derniers ? Nous ne le croyons pas. Sans doute, pour achever une œuvre aussi étendue que l'histoire de cent cinquante-huit constitutions politiques, Aristote n'a pu contrôler lui-même tous les détails de la tradition; il en est souvent réduit à appliquer dans la critique des faits le principe de la vraisemblance. Mais presque toujours et principalement pour l'h'stoire athénienne, il a jugé les traditions avec perspicacité et pénétration, soumettant toute chose à l'épreuve de son jugement d'historien ^ Il est donc très important de remarquer qu' Aristote a admis l'existence d'Épiménide, que le renseignement soit emprunté à une Atthis ou à un autre ouvrage '.

^ Aristote a utilisé les ouvrages d*Hérodote et de Thucydide, et a quelquefois contesté leurs données. En général son exposé s'inspire des Âtthidographes.— Keil., Die Solonische Verfassu.nff in AristoUUs* Verfassungsgeachichte AthenSj Berlin, 1892, pp. 95 s., p. 202.

' DiELS, 0. c, p. 388 considère le renseignement d' Aristote comme un témoignage suffisant de Texistence d'Epiménide. Il a été contredit par WlLAMOWlTZ, Euripides^ HippolytoSy p. 243, qui prétend qn' Aristote a seulement rapporté le détail légendaire de V Atthis qu'il utilisait. — E. ROHDE, Psyché, II*, p. 98 n. 1, n'attache pas grande importance au témoignage d'Aristote, qu*il croit d'ailleurs inutile pour démontrer le caractère historique d'Epiménide.

Les premiers mots du traité d'Aristote forment la conclusion d'un récit. Comme ils parlent du procès intenté aux Alcméonides, on doit supposer que le début du chapitre renfermait le récit de la tentative de Cylon et du meurtre de ses partisans : la vraisemblance do cette hypothèse est confirmée par un fragment d'Héraclide * et par l'exposé de Plutarque, chez qui le procès des AIcméonides est raconté après le sacrilège cylonien *.

Si nous suivons à la lettre le texte d'Aristote, nous obtiendrons pour les événements auxquels il fait allusion, la suite chronologique suivante :

r* Tentative de Cylon et massacre de ses partisans.

2'* Procès et condamnation des AIcméonides.

3** Purification d'Athènes par Ëpiménide.

4*" Législation de Dracon.

Cette succession contredit absolument la plupart des traditions anciennes. Plutarque, Diogène Laërce et Suidas placent la visite d'Épiménide à Athènes quelques années ^vant la législation de Solon ^.

Pour concilier ces données, le premier éditeur de la Bépubliqiie des Athéniens, M. Kenyon * a proposé l'explication suivante : le mot TaÛTa placé au commencement du second chapitre désignerait seulement le massacre des Cylonides, dont il était question au début

^ Heraelidis epitoma^ éd. Blass fr. 4 ('A6t|V. tco/. p. 105, 1) :

o\ Ttepi Meya^Xia àiréxxeivav. Kat tojç SpâvavTa; w^ evaYEÏ; f|Xauvov.

* PlutaûQUE, Solon, c. 12 {init).

' Les deux derniers aateurs ont seuls des dates précises. DiOGKNE Laërce, I, IIO : ol. 46 --^ 596. — Suidas, s. v. 'ETTîjxeviÔT^^ : ol. 44 = 60i.

* *A6t,v. -ïToXiT., 2^ éd. p. 1 n.

du premier chapitre. II faudrait fixer après Dracon le procès des Alcméonides et la purification d'Athènes; Aristote parlant du sacrilège cylonien se serait laissé entraîner à rapporter au même endroit des conséquences qui ne se produisirent que beaucoup plus tard. Le sens peu précis que l'écrivain donne à l'expression fjLerà Taura à plusieurs passages de son traité *, rendrait l'hypothèse de M. Kenyon fort plausible, si le début du chapitre IV n'en montrait l'inutilité. Après avoir rappelé les discordes prolongées entre la noblesse et le peuple, et avoir fait le tableau de l'ancienne constitution athénienne, Aristote continue par les mots : " peu de temps après, sous l'archontat d'Aristaichmos, Dracon rédigea ses lois „. Ici il nous paraît impossible de donner encore à l'expression {xerà raÛTa le sens que M. Kenyon propose pour le commencement du chapitre II. Dans un ouvrage où l'ordre chronologique sert de base à l'exposé — et c'est bien là le caractère de P'AÔTivaiwv TcoXiTeia —, Aristote n'a pu placer au chapitre I des événements qu'il aurait regardés comme postérieurs à des faits rapportés au chapitre IV et comme contemporains de Solon, personnage dont il n'est question qu'au chapitre Y. En d autres termes, si Aristote mentionne la purification d'Athènes au chapitre I et la législation de Dracon au chapitre IV, c'est qu'il considère le premier événement comme antérieur au second. Au surplus, l'interprétation

1 J. H. Wright, The date of Cylon {Harvard Studies III, 1892), p. 68 n. 3, a montré qa*à plusieurs endroits du traité d' Aristote, xauxot, dans l'expression {xstà txûts, ne désigne pas l'événement qui vient d'être raconté, mais an événement antérieur. Voir surtout ch. 14 (Blass, p. 19, 1. 9 ss.) etôi Ss SbiSexxTco IksxoL xaûTz; cf. 19 init. (p. 26, 1. 14). Les exemples empruntés aux c. 22, 26 et 38 sont moins probants.

de M. Kenyon, fût- elle exacte, ne concilie pas l'opinion d'Aristote avec celle de Plutarque qui met Ëpiménide en raj port avec Selon et qui fait intervenir ce dernier dans le procès des Alcméonides \ Elle est conforme, du reste, à l'idée que M. Kenyon se fait des rapports du récit de Plutarque avec celui d'Âristote; suivant lui, Plutarque avait le traité d'Aristote sous les yeux, lorsqu'il rédigeait la biographie de Selon. Cette opinion nous semble peu probable. La comparaison des deux textes nous permettra, en effet, de reconnaître qu'à côté de quelques ressemblances les deux récits offrent entre eux des divergences nombreuses, d'établir que l'un ne dérive pas de l'autre, que la source immédiate des deux historiens n'est pas la même, enfin de fixer la succession des événe-» ments importants qui séparent le massacre des Cylonides de la législation de Solon.

Aristote et Plutarque rapportent en termes à peu près semblables le sacrilège cylonien, le procès et la condamnation des Alcméonides :

Abistotb (HeracL epit. Plutabqus, Solon, c. 12.

fr. 4 éd. BlaSS).

vioa STTt Tov ^cojjiov T^< 5soO àîCSff©aYT,70tV. r£«e'JYO'ï*^ ^i ^^p- MEYaxXea àîtex-

* M. Kenyon pourrait répondre que le mot xsûra, an ch. IV, désigne les discordes prolongées qui suivirent immédiatement la tentative de Cylon. Mais il est probable qu'il s'agit ici du procès des Alcméonides. Cf. WlLAMOWlTZ, Arist, u. Aihen, I, p. 67. — BliASS, Fleckeisen's Nette Jahrhiichtr^ tome 151, p. 479, croit que TaOxx désigne la dernière des innovations mentionnées au chapitre III, c'est-à-dire l'institution des thesmothètes.

'A6v)vaî(i>v icoXtxets, c. l. (init) PLUT., Solofi^ c. 12.

Mupcuvo^ xa6* Upûv o'[jL09avTe; .... tptaxojtwv xpiTC(V0T,v otxi-

ipiTcivStjv. Kattayvto^evTOC 8è ToO Co'vtcuv. Mupbjvo; os xiO ^Xueu»^

â'yo'jc, [xÙt]o( (jlsv SX Tôjv Tdt^tov xzTT)YopoOvTo; eâXbtvav oi avop£C,

è(EpXi^0t)9av, To 8s Y£vo< auTtilv xïl [xeTéffTTjffav ol îdivrsc * 'tov

eo'jyEV àeicpuyîxv. û'à77o6zvdvT(uv to'j> V£xpoù< àvo-

{CL MeracL epit. fr. 4 xat toù< pû^avreç èÇ^ppn|/av uiràp tov>;

8pâjavTa< tb; èvayei; i^Xauvov.) opoi»ç.

Comme ces analogies, ainsi que d'antres, empruntées à diverses parties des deux ouvrages, ont fait supposer que Plutarque avait utilisé le traité de la République des Ath^iens d'Aristote, nous exposerons ici les principales raisons qui nous obligent à rejeter cette opinion et à considérer la version de Plutarque comme indépendante de celle d'Aristote; nous chercherons ensuite une autre explication de cette ressemblance.

L'auteur de la biographie de Solon cite trois fois le nom d'Aristote, aux chapitres 11, 25 et 32.

Le premier renseignement ne fournit aucun éclaircissement pour notre recherche, parce qu'il est emprunté à un livre d'Aristote que nous n'avons pas conservé, la Nomenclature des vainqueurs aux jeux pythiques (t, tcôv IluÔtovtxwv ivaypayT).

Nous pouvons contrôler l'exactitude de la seconde citation : Aristote nous dit, en effet, au chapitre VU de la République des Athéniens^ que les rouleaux de bois sur lesquels on avait gravé les lois de Solon s'appelaient xûp^E'.^. Mais cette donnée est empruntée à Didyme, le principal auteur de Plutarque, avec Hermippe, dans la Vie de Solon *.

* Bbuxo Keil, Die Solonische Ycrfassung..,.^ pp. 57 ss. — BB€hEMAKN, Quacst. Solon., p. 21. — Wilamowitz, Aristof. m. Aihen, 1, p. 301. Cf. supraf p. 29, n. B.

La troisième indication est tout à fait concluante poar notre thèse : d'après Plutarque ( Vie de iSolon, c. 32 m fine)^ Aristote aurait prétendu que les cendres de Solon avaient été jetées au vent dans Tîle de Salamine *. Or nous ne reirou vous aucune trace de cette tradition dans la République des Athéniens, le seul ouvrage d*Aristote à qui Tauteur eût pu l'emprunter. Il est donc impossible de prouver par les citations prétendument tirées d'Aristote que Plutarque a utilisé le traité de la Béptibliqiie des Athéniens.

L'examen des passages où les deux auteurs traitent du même sujet, sens que l'un cite l'autre, nous mènerait à la même conclusion '. Détail curieux, la ressemblance, tant pour le fond que pour la forme, y est beaucoup plus prononcée qu'aux endroits où Plutarque cite Aristote. Tel est le cas notamment pour les textes que nous avons confrontés plus haut. Il faut attribuer cette analogie au fait qu'Hermippe, l'auteur principal de Plutarque dans la Vie de Solon^ a généralement suivi mot à mot des sources qu' Aristote raisonnait et abrégeait. C'est la seule solution qui puisse rendre compte des différences fort caractéristiques que présentent les deux textes, tout en expliquant leur ressemblance.

Une amplification du récit d'Aristote par Plutarque n'expliquerait pas comment celui-ci a contredit le traité

* La même tradition est rapportée par Diogèae Laërce, I, 62, concordance qui nous permet de remonter à Hermippe. Cf. supra, p 29.

' Comme la comparaison détaillée des textes serait fort longue, nous nous bornerons à signaler les différences capitales et à renvoyer, pour la partie qui concerne Solon, à Tétude déjà citée do B. Keil, Die Solon. Verfass,..,, passim. L'argumentation y est parfois trop subtile, par ex. pp. 41 s., 5G, 155, etc.

de la BépHblique des Athéniens qa'il aurait eu sous les yeux. Ainsi, il est certaine opinion sur la réforme de Solon {Vie de Solon, c. 18) et certain bruit calomnieux sur ses rapports avec Pisistrate {ibid., c. 1), que Plutarque n'eût pas reproduits, s'il avait compulsé l'œuvre d'Aristote (*A8tjV. ttoX. c. 9 in fine^ c. 17). Le silence qu'il observe à l'égard de la constitution politique de Dracon serait également inexplicable, s'il avait lu le chapitre IV du traité d'Aristote. On a prétendu, il est vrai, que ce passage était interpolé ; mais nous croyons qu'on doit le conserver, malgré les difficultés qu'il soulève \

Au reste, l'esprit qui anime la biogi*aphie de Plutarque est tout différent de celui que révèle l'exposé d'Aristote. Après Hermippe et les Atthidographes, Plutarque exalte dans Solon l'homme de la démocratie; Aristote, au contraire, réagissant contre la tendance générale de son siècle *, met en relief le caractère modéré, l'esprit de juste milieu du législateur athénien. C'est peut-être là le motif le plus sérieux de rejeter l'opinion des critiques d'après lesquels Plutarque aurait lu la République d^s Athéniens d'Aristote '.

^ Pour rejeter ce chapitre, ThéOD. Rbinagh, Revue des Études Grecques, 1891, p. 145, invoque l'étonnante conformité çntre les dispositions qu*il renferme et la constitution oligarchique introduite à Athènes à la suite du désastre de Sicile. — B. Keil, 0. c, pp. 96 s. et 202, et Wjlamowitz, Aristot u. Athen, I, p. 58, ont réfuté cette argumentation.

* Au quatrième siècle, les orateurs de tous les partis rivalisent d'éloges envers le prétendu fondateur de la démocratie. Cf. WlLAMOWlTZ, Aristot. u, Athen, I, p. 39.

' Pour concilier les deux opinions, Wbiqht, The date of Oylon^ L c. p. 25, n. 3, a supposé que Plutarque avait dépouillé un ouvrage qui ne renfermait que certaines parties du . traité d'Aristote.

Si Hermippe lai-méme que l'on rattachait à la secte péripatéticienne n'a pas suivi l'opinion d'Aristote, le fondateur de l'école, c'est qu'au second siècle avant J.-C, la manière de ce dernier ne jouissait pas d*une grande faveur, et que le traité sévère et concis de la Bipublique des Athéniens ne pouvait guère servir à un compilateur préférant les anecdotes à l'exactitude historique. Lorsqu'Ariâtote et Hermippe sont d'accord, ils suivent la tradition des Atlhides, Pour de nombreux détails, il est même possible de préciser davantage et de faire de TAtthidographe Androtion leur auteur commun *.

Notre opinion sur les rapports entre les textes d'Aristote, d'Hermippe et de Plutarque est confirmée par les divergences que le récit de ce dernier touchant la tentative cy Ionienne et ses conséquences ( Vie de Solon^ c. 12) présente avec l'exposé qu'Hérodote (V, 61), Thucydide (1, 12B) et Aristote ('AÔtiv. nok. c. 1) nous ont laissé des mêmes faits.

Si on compare ces différents textes, on remarquera une double différence :

1 . Plutarque ajoute au récit de ses devanciers l'anecdote du fil que les complices de Cylon auraient attaché à la statue d'Athéné, lorsqu'ils descendirent de l'Acropole.

Ce détail était favorable aux Alcméonides, puisque

^ Aristote a contrôlé les assertions des Atthido/çraphes en les comparant entre elles. Snr Androtion, voir H. Weil, Journal des Savants, 1891, p. 203. B. Keil, o, c, pp. 190 ss. WlLAMOWITZ, Aritt. u. Athen, I, p. 277 tt SCHWABTZ, dans PauLY-WissOWA 8. V. Androtion et Atthi»,

la rupture de ce fil indiquait que la déesse retirait sa protectioa aux conjurés; J^Iégaclès et les siens n'auraient donc pas offensé la divinité en les massacrant. Le fait ne parait pas historique. A-t-il été inventé lors du procès des Alcméonides ou son origine est-elle postérieure ? Il est difficile de se prononcer sur ce point. Remarquons seulement en faveur de la seconde hypothèse que la tradition suivie par Hérodote et visiblement favorable aux accusés, semble ignorer ce détail *.

2. Plutarque est également seul à rapporter l'intervention de Solon dans le procès des Alcméonides. Cette donnée n'est pas davantage historique. Elle suf&rait à elle seule pour démontrer que Plutarque n'a pas eu sous les yeux le texte de la République des Athéniens. Car ici, nous n'avons pas affaire à une amplification du récit d'Aristote, comme il serait permis de le supposer pour la première addition de Plutarque, mais à une contradiction flagrante entre les deux écrivains.

Les détails que Plutarque ajoute ainsi à la version primitive conviennent très bien à Hermippe : le premier devait plaire à un écrivain qui cherche à intéresser ses lecteurs par des anecdotes ; le second est de mise sous la plume de l'auteur qui achève le roman de Solon *. Trouvant insuffisant le rôle de conciliateur que Solon avait joué au commencement du VP siècle, Hermippe aura pris plaisir à rapporter une tradition qui ajoute un nouveau mérite au législateur athénien '.

* Cf. supra^ pp. 40 s.

* Cf. supra, p. 13. Begbmann, Quaeit Solon., p. 13. — WlLA- MOWITZ, Aniig, v. Kar,, p. 150.

* L*origine de ce détail remonte peut-être au quatrième siècle, époque où un courant général entraîne les esprits à grandir le

A part ces additions faites à la tradition véridiqne; le récit de Plutarque concorde avec celui d'Aristote pqur ce qui concerne les événements. Mais il s'en écarte pohr la date de certains d'entre eux.

Remarquons d*abord qu'Aristote et Plutarque ne se contredisent pas pour Tépoque du massacre des Cylonides; car il ne ressort pas du texte de Plutarque que celui-ci ait placé après Dracon la tentative cylonienne *.

1 . La contradiction est certaine pour la date du procès des AIcméonides; si Plutarque y fait intervenir Solon, c'est qu'il croyait ce procès postérieur à Dracon, et Aristote le place avant Dracon.

2. On peut en dire autant pour l'arrivée d'Épiménide à Athènes. La disposition rigoureusement chronologique de l'ouvrage d'Aristote nous oblige à fixer cet événement avant la législation de Dracon, tandis que Plutarque met I^piménide en rapport avec Solon.

Nous remarquerons encore que, d'après la République des Athéniens^ la condamnation des AIcméonides et la purification d'Athènes sont deux faits connexes; le

rôle de Solon. G. BUSOLT, Qriech. Geachy II* pp. 209 s. d. croit qu^Hermippe Ta inventé, parce qae le mémo écrivain rapporte nn trait semblable do Lycurgae, dans des termes analogues. Cf. WiriAMOWirz, Homer. Untera , p. 271, Arist m. Alhen, I, p. 302, B. NiESE, Schàfa- Uisior. Unierê.y p. 14. Cf. aupra^ p. 42.

* Avant la découverte de la République deê Aihéniena, BusOLT, Griech. Geach., V (1885), pp. 498, 505 n., était st^ul à prétendre que la tentative de Cylon avait eu lieu avant G2i. On trouvera le résumé des opinions émises sur ce point de Thistoire athénienne par les critiques modernes, chez WaïQHT, The date of Cylotty pp. 12 s. L'étude de cq dernier a montré qu*on doit placer cet événement en 636 ou au plus tard en 632.

second événement est le complément religieux du châtiment politique décrété par le tribunal des trois cents Athéniens; suivant Plutarque, au contraire, l'expulsion des Alcméonides est séparée de la purification d'Athènes par la perte de Nisée et de Salamine reconquises par les Mégariens.

Les additions faites par Plutarque à la tradition historique et les contradictions que renferme son exposé, nous autorisent à négliger ses renseignements pour ce qui regarde la chronologie et le rapprochement d'Épiménide et de Solon.

Nous croyons qu'il faut s'en rapporter à l'autorité d'Aristote et classer les événements dans l'ordre suivant : après le massacre des Cylonides, en 636, il j eut à Athènes de longues luttes intestines qui aboutirent une douzaine d'années plus tard à l'expulsion des Alcméonides et à la purification d'Athènes par Épiménide. Ces derniers faits furent suivis de très près par la législation de Dracon K

Les événements se sont succédés plus rapidement que d'aucuns ne le croient ' : le parti des Cylonides eut bientôt repris du crédit, grâce à l'appui de Théagène, tyran de Mégare et beau-père de Cylon. Ce dernier avait échappé au massacre avec son frère, comme le rapporte Thucydide (I, 126); quelques années après, ses partisans réussirent à obtenir la condamnation des Alcméonides.

* A. Baueb, Forsch. zu Arist. 'AÔT^vaitov TroXtTSia, p. 44.

* DiBLS, 0. c, p. 888, croit qa'an intervalle d'ane génération est nécessaire entre le sacri'ège et son expiation, pour qu*nn changement ait eu le temps de se produire dans les idées religieuses.

Contemporain de Dracon, Épiménide a peut-être été son auxiliaire au milieu des difficultés que présentait une législation à la fin du VIP siècle avant notre ère. Le souci de grandir la renommée de Solon lui aura fait attribuer postérieurement un acte qui appartient à rhistoire de son prédécesseur. Les traditions anciennes aiment à établir de semblables rapprochements sans aucun souci de la chronologie : Solon, le sage politique, avait dû se trouver en relation avec Épiménide, le sage religieux *.

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