‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 7 sur 89 · CHAPITRE V Les Écrivains de la Pâuiode Romains · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Les Écrivains de la Pâuiode Romains

A. Les auteurs latins.

Aux écrivains latins, le nom d'Épiménide rappelle son sommeil merveilleux, ses prophéties ou ses purifications.

Varron.

Dans son traité sur La langue latine^Yarron rapprochait Ëpiménide du Teucer de Livius Andronicus qui, après douze ans d'absence, n'avait plus été reconnu par les siens. Il lui attribuait un sommeil de cinquante ans, alors qu'une tradition plus ancienne et plus générale en fixait la durée à cinquante-sept ans '. Varron connaissait sans doute le récit de Théopompe; mais, citant le détail de mémoire, il a écrit le chiffre rond 50 au lieu du nombre précis 57.

1 Varron, De Hngua latina, VII, 3 éd. A. SPENOEL, Berlin, 1885 : Nec mirum, cum non modo Epimenides post annos quinqfMginta experrectus^ a multis non cognoscatur, sed etiam Teucer Livii poat annos duodecim ah suis quisit ignorelur.

Cicéron.

Cicéron range Épiménide parmi les prophètes qui n'asent pas de procédés techniques, mais dont les prédictions émanent directement de l'inspiration divine *. Cette caractéristique est exacte : Épiménide est un prophète inspiré, dont les oracles n'ont rien d'artificiel, qu'ils émanent des nymphes, de Zeus ou d'Apollon.

Dans son traité des Lois (II, 11, 28), Cicéron rapporte que lors de l'expiation du sacrilège cylonien, Épiméuide conseilla aux Athéniens d'élever un sanctuaire à la Violence (Contamelia) et à l'Impudence (Impudentia).

Ce détail est peut-être emprunté au traité homonyme de Théophraste : celui-ci y mentionne l'existence à Athènes d'autels de la Violence et de l'Impudence ou plutôt de l'Implacabilité '. L'inexactitude de la traduction latine (fantim) ne nous défend pas d'admettre un rapport entre les deux textes; au surplus, Cicéron a pu voir ces deux autels, lors de son séjour en Attique. A l'époque de Pausanias (I, 28, 0), on montrait à Athènes deux blocs do pierre, l'un de la Violence et l'autre de l'Impudence, sur lesquels s'asseyaient jadis les accusés et les accusateurs devant le tribunal de l'Aréopage. Peut-être avec le temps ces blocs avaient-

< CiCËBON, De divinationey ly 18, 34. La môme distinction entre les deux espèces de mantique se troave dans un passage célèbre de PLATON, Phèdre, 244.

* Zbnobios, 4, 36 {Paroemiographi graeci, edd. LeutsCH et SCHNEIDEWIN, Gôttingue, 1839) I p. 94 : 4>r,(jl BcO©pa(r:o; èv -rcf» nepi Nd[j.a}V, "rppetu; xai 'Avaiôsta; Tcapà Totç *A6T,vatoi< ihai P(d(xo\>c< — ISTBOS (chez Suidas s. v. deo; ^ 'AvatSsia) parle d'an Upov 'Avat8£{ac. — GlÈMEMT D'Albxa.NDBIB, Cohortatio ad gentes, c. 2 (MiGNE, I, p. 96) parle de ^a)[xoî comme Théophraste.

ils été regardés comme de vénérables fétiches, et la croyance populaire y avait-elle rattaché Fidée d'autel de sanctuaire * ? Ainsi s'expliqueraient les divergences des auteurs. Remarquons d'ailleurs que Cicéron est seul avec Clément d'Alexandrie à rattacher le nom d'Épiménide à l'histoire des monuments de la Violence et de l'Impudence. L'origine de cette tradition pourrait s'expliquer par le voisinage du monument de Cylon (KuXfôveiov). qui avait perpétué le souvenir du massacre des Cylonides.

Valère Maxime et Pline.

Les renseignements de Valère Maxime et de Pline concernent la longévité et le sommeil merveilleux d'Ëpiménide '. Comme ces auteurs utilisent le récit de Théopompe, ils ne nous fournissent aucune donnée nouvelle. De même que le païadoxographe ApoUonios, Pline rapproche Épiménide d'Hermotimos et d'Aristéas de Proconnèse, dont l'âme jouissait de la faculté de quitter le corps pour y rentrer après un long voyage. Le naturaliste rattache ainsi le sommeil d'Épiménide aux phénomènes de mort apparente.

U connaît encore la tradition, rapportée par Théopompe, d'après laquelle Épiménide aurait vécu cent cinquante-sept ans.

B. Les auteurs grecs.

Diodore de Sicile.

Parmi les auteurs auxquels il emprunte l'exposé de

» Wbight, The date of Cylon, p. 67, n. 1. • Valèbb Maxime, VIII, 13, 5. — Pline, Natur. Hist. VIL 48 (164) et VII, 52 (175). Cfr. supra, pp. 15 s.

l'histoire mythique de la Crète, Diodore de Sicile cite Épiménide " le théologue „ (6 ÔeoXoyo;) *.

Avait-il sous ce nom voulu désigner le purificateur Cretois ou cette appellation de " théologue „ servait-elle à distinguer un personnage différent du premier ? C'est ce que nous ignorons. Mais il paraît bien que l'ouvrage qu'il utilisait ne pouvait être une Théogonie d'Épiménide l'ancien. Ses analogies nombreuses avec la Théogonie d'Hésiode et le caractère général de l'exposé révèlent que l'ouvrage est de date tardive et qu'il a subi l'influence de l'évhémérisme *.

Straion.

Le renseignement de Strabon est doublement précieux ; il est le premier auteur qui considère Phaestos comme la ville natale d'Épiménide et un des rares écrivains qui mentionnent l'existence de son poème des Purifications *.

La source de ces indications est vraisemblablement Apollodore *; son commentaire Sur le catalogue des vaisseaux dans V Iliade^ avait été mis à profit par Strabon, aux livres VIII, IX et X. En commentant le vers de

ï DIODOBE DK Sicile, V, 80, 4 (éd. VOGEL) : toTç yàp xà TTiÔavwxepa XéYOuo-t xxi |iaXi7Ta îrtTUâuojjLSVO'Ç è7:T)xo/.o*jOr|0-a[X£v, S jxèv "Er.i- [i.evioi[^ Tcp OsoXdvqj Tcpo^yfovTs;, S Sa AuxitaOT^ xai 2)h)0'txpsT£i xai AaoaOeviSqt.

« E. Bethe, Hermès, XXIV (18S9i, pp. 406 88.

» Strabon, Gco^rrtpA.,X,4, 14 (479) (éd. A.Meineke): 'Kx 8s

TYJç 4>ai7T0u TÔv Toùç X202p|xoù( TToiT^^avia 8ià Tûiv èirtuv 'ErîfievtOTjv oaffiv elvat.

* Cf. supray p. 74, et. SCHWABTZ, dan8 Pauly-WisSOWA «. v. Apollodor, I, 2867.

riliade (B 648) «I>a'.TTÔvTÀ Tjtiôvtc... ApoUodore rapportait sans doute qu'Épiménide était natif de Phaestos et qu'il avait composé des Parificalions.

Plntarque.

De tous les auteurs qui citent Ëpiménide, Plntarque esu celui qui y fait le plus souvent allusion : il ne lui conswicre pas seulement un chapitre de la Vie de 8olon (c. 12), il le mentionne encore dans plusieurs de ses traités de morale '.

Le récit qui, dans la biographie de Solon, concerne Kpiménide offre des analogies assez nettes avec celui de Dicgène Laërce pour admettre que les deux écrivains ont eu un auteur commun, Hermippe, utilisé directement par le premier et connu de seconde ou de troisième main par Diogène -. Plntarque rapporte notamment avec plus de détail que Diogène, les réformes religieuses accomplies par Ëpiménide à Athènes.

Les autres détails sont empruntés à la tradition générale et nous sont connus par les écrivains antériour<s. Ce sont des allusions au sommeil merveilleux, au désintéressement et à la sobriété extraordinaire d'Ëpiménide ou bien encore à ses prophéties et à ses purifications.

La donnée de la purification de Délos par Ëpiménide que Plntarque seul rapporte, mais qui concorde avec une indication, assez vague, il est vrai, de Pausanias (1, 14, 4),

» Plutarque, Banquet des Sept Sages, p. 157 D, chap. 14 (éd. Bernardakis, I, pp. 385 ss.) De Defcctu oraculorum, ch. 1 (Bern., Iir, p. 69. An 8eni respublica gerenda, I, 12 (Bern. V. p. 23). Praec. gir. reip. 26 (Bern., V. p. 115). De fade in orbe lunac, 25 (BERN., V, p. 457).

* Ci. supra, pp. 27 ss. et 52 sa.

dérive peut être du souvenir d'événements semblables qui eurent lieu dans cette île au VP et au V" siècle avant notre ère *.

Pausanias.

Au second siècle de notre ère, le souvenir d'Épiménide est encore vivace en plusieurs endroits de la Grèce. De nombreuses traditions locales rattachaient son nom à divers monuments d'Athènes, d'Argos et de Sparte. Ces rapprochements sont évidemment peu sûrs au point de vue historique ; mais l'exactitude de Pausanias, qui les rapporte, mérite créance, même si l'on n'a guère retrouvé de traces des édifices qu'il signale. On a pu lui montrer à Athènes une statue d'Épiménide, à Argos le monument que les habitants de la ville considéraient comme son tombeau, à Sparte les édifices à l'histoire desquels la tradition le mêlait '.

Le périégète fait allusion aux purifications d'Épiménide et à son long sommeil ; la tradition qu'il a suivie fixe de la durée de ce dernier à quarante ans, chiffre qui ne nous est pas connu d'ailleurs. Elle provient peut être de personnes qui, ne connaissant pas le nombre généralement admis, sachant seulement qu'il était considérable, en auront choisi un qui désigne fréquemment chez les Grecs une quantité indéterminée '.

Pausanias nous a encore conservé une opinion empruntée à la théogonie apocryphe d'Épiménide *.

« HÉROD., I, 64. Thucyd., I, 8 ; III, 104. Cf. supra, p. 48, n. 5.

« Pausanias, 1, 14, 3, II, 21, 4, III, il, 7, IV, 12, 9. Cf. p. 70.

* Pausanias, 1, 14, 3 note de Téd. Hitzig, Berliu, 1897.

* Pausanias, VIII, 18, 2.

Lucien et Alciphron.

La double allusion de Lucien de Samosate au sommeil d'Épiménide indique que ce détail légendaire était passé en proverbe ; pour indiquer que quelqu*un avait dormi longtemps, on disait que son sommeil avait duré plus que celui d'Épiménide *. C'est dans le même esprit que le rhéteur Alciphron cite le nom du prêtre crétois '.

Page 1