CHAPITRE VI La Littésatube Chrétienne
Les auteurs chrétiens connaissent et mettent à profit la légende d'Épiménide, ainsi que les ouvrages qu'on lui attribuait.
Dans son Épître à Tite (I, 12), l'apôtre Saint-Paul rapporte une apostrophe virulente d'Ëpiménide, qualifiant les Crétois d'étemels menteurs, de bêtes malfaisantes et de ventres paresseux (Kpf,Teç dtel <j;et3(rrai, xaxà ÔYipia, yairrépÊç dtpyat). Ce vers, qui trahit l'influence d'Hésiode {Théog. v. 26), est emprunté, croyons-nous, au poème des Purifications^ que les Orphiques attribuèrent à Ëpiménide '.
Le sommeil merveilleux du thaumaturge permet à TertuUien de reléguer le personnage dans le domaine de
< Lucien, Timon, 6 (éd. Jacobitz, I, p. 35 s) id., VlneréduUy
26 (éd. Jacobitz, Iir, p. 113).
* AlciphboN, Lettres, III, 38, 2 (éd. Meinekk, 1863).
» S* Paul, Épître à Tite 1, 12 (éd. TiSCHENDOEF, Leipzig, 1872) : ETtc^v Tiç £$ aÙTÔJv Voio; âuTôiv Trpo^TiTTi; • " Kp^X£(; àel '^t\xrzn\, xaxà OTjpîa, yarc^pEç àpyat „. *H (xapTup^oc œjttj èorlv àXTjOrjÇ. Cf. CLAMENT
D'Alexandrie, Stromates, 1, 1 (éd. Migne, I, p. 758.) Cf. pp. 117 s.
la fable *. Pour établir, au contraire, la possibilité des miracles, Clément d'Alexandrie reprend Topinion de Platon que nul auteur n'avait jusqu'ici adoptée *. Il affirme même plus catégoriquement que Platon que les sacrifices d'Épiménide reculèrent les guerres médiques de dix ans.
Remarquons encore que Clément d'Alexandrie et Tatien rangent Épiménide à côté de l'Hyperboréen Abaris et d'Aristéas de Proconnèse"*. Bien plus, le second, voulant prouver que Moïse est plus ancien qu'Homère, recule Épiménide au delà du poète ionien et le range à côté de héros mythiques, tels que Linos, Musée, Orphée, la Sibylle et d'autres encore; puis, il place le législateur hébreu avant ce groupe de personnages.
Clément d'Alexandrie semble, au môme endroit des Stromates, avoir subi une influence pythagoricienne : énumérant les prophètes les plus fameux de l'antiquité, il place en tête Pythagore ^ le Grand ^ (i [^sya;) et lui donne comme acolytes Abaris, Aristéas, Épiménide, Zoroastre, Empédocle et Phormion de Laconie. C'est une ancienne tradition mise en honneur par les premiers romanciers du pythagorisme, Héraclide Pontique et Aristoxène do Tarente *.
* Tertullien, De anima, 44 (éd. MiGNK, II, pp. 768).
* Clément d'Alexandrie, Stromatea, VI, 3 (éd. Migne, II, p. 247). Platon, Lois, I, 612 D. Cf. supra, pp. 43 as. La donuée de Clément d'Alexandrie dérive sans aucun doute de Platon; car Tautour chrétien rapporte au même passage la légende de Diotima de Mantinée que Platon avait narrée daos lo Banquet, 201 D. On sait d'ailleurs Tinâuence exercée par la plûlosophie platonicienne sur Tauteur des Stromates.
* Clément d'Alexandrie, Stromates, L 21 (éd. Migne, I, p. 868). Tatien, orat, ad Graecos, 41 (éil. Schwartz, p. 41).
* Cf. supra, p. 61.
Clément d'Alexandrie et Tatien rapportent encore la visite d'Epiménide à Sparte et le premier, d'accord avec Cicéron, lui attribue la consécration à Athènes des autels de la Violence et de l'Impudence *.
Au même passage, Clément donne à Êpiménide le surnom d'ancien (ô iraXaid;). Il est peu probable que cette épithète serve à le distinguer d'un homonyme postérieur. En eifet, Clément d'Alexandrie n'a pu accepter l'opinicn de Tatien qui place Épiménide avant Homère, puisqu'il admet la donnée de Platon et les rapports d'Épiménide avec Pythagore.