II, B
^ Larmes f éd. dans Gastk, La jeunesse de Malherbe, p. 88.
Aussi natarêllemeiit Que le chaud et la froidure.
Et rien, afin que toat dure, Ne dare éternellement K
Vanité dii monde, fragilité de la vie, incertitude du sort, frivolité des hommes, fatalité de la mort : tous ces lieux communs de toutes les littératures sont présentés de la même façon par Sénèque et par son traducteur, que celui-ci écrive en prose ou en vers. «0 Sénèque, s'écriera un jour Diderot, c'est toi dont le souffle dissipe les fantômes de la vie, c'est toi qui sais inspirer à l'homme le mépris de la fortune, des dignités, de la vie et de la mort * ! » Si Du Vair et Malherbe avaient été un peu plus lyriques, ils auraient sans doute trouvé la même prosopopée, le premier pour donner cours aux « humeurs mélancoliques où il semblait qu'il prît plaisir de s'entretenir ^ », le second pour mépriser le monde, car « tout son contentement étoit d'entretenir ses amis particuliers, comme Hacan, Colomby, Yvrande et d'autres, du mépris qu'il faisoit de toutes les choses qu'on estime le plus dans le monde... Il avoit aussi un grand mépris pour tous les hommes en général * ». Il y a de ces mépris dont l'ex-
* Malh., I, 25. Ce n'est là, si Ton veut, qu'un lieu commun qu'il aurait pu, comme Racan, trouver dans Horace (A Torqr.atns, IV, VII ; Racan, Ode à M. de Termes ; Abnould, Jîaca», pp 95, 9G et n. 1), ou che:^ un autre, ou dans sa propre réflexion ; mais le nombre seul des idées communes ku philosophe et au poète rend vraisemblable Pinfluonce de Sénèque sur son traducteur.
* Essai sur les rlgyies de Claude et de NéroUy pour servir d'intrcduction à la traduction de Sénèque par Lagrange. (DiDEBOT, éd. Assézat, t. III, p. 371).
3 Malh., lettre parlant de Du Vair (III, 2B1).
* Racan, o. c.,p. LXXVI. Malherbe écrit lui-même : «J'estime si peu le monde... » (IV, p. 45, lettre du 2 août 1618}. Il parlait savamment de philosophie (v. Gbente, p. 245).
pression se trouve déjà dans le Traité des Bienfaits et dans les Épîtres. Pensant comme deux antres lecteurs de Sénèque, Montaigne et Babelais *-— qui étaient en même temps, il est vrai, des lecteurs de Platon * — Malherbe (c disoit souvent à Bacan que c*étoit folie de se vanter d'une ancienne noblesse, et que plus elle étoit ancienne, plus elle étoit douteuse... que tel qui se pensoit être issu d'un de ces grands héros (saint Louis et Charlemagne) étoit peut-être venu d^tm valet de chambre ou d\in violon* ». Or, dans Pépître XLIV où il modemisaitV^omme on a vu les noms des classes sociales de Rome, Malherbe avait traduit ceci : <c Le plus pauvre a autant de prédécesseurs que le plus riche ; il n'y a homme de qui la première origine ne soit au-delà de toute mémoire. Platon dit qu'iï n^y a point de valet qui ne soit de race de rois, ni de roi qui ne soit de race de valets : tout se bigarre de cette façon avec le temps ' ». Ce n'était pas toujours, comme on sait, l'avis de Malherbe, qui vantait volontiers l'ancienneté de sa race, et s'occupait fort d'en chercher des preuves *. Que voulez-vous ? Pour être philosophe, on n'en est pas moins homme, et gentilhomme : et pour traduire Sénàque on ne renonce pas volontiers à descendre des compagnons de Guillaume-le-Conquérant.
Malherbe n'est pas plus indulgent pour les sciences et les arts que pour la vanité humaine. Du traité d'arithmétique de Diophante, dont Mésiriac vient lui oflfrir une
1 Rabelais, Gargantua^ 1, 1. Montaigne, Essais^ I, 24, qui
traduit an passage du Théétète de Platon. La même idée se retrouve à peu près dans LA BSUYÈBB, De qitelquea usages t 12.
« Racan, LXXVI.
' Malh., II, 420.
* y. Malh., I, 332-33 i, III, 6, 596-598 ; et Malherbe par le duc de Broglio, pp. 7-11.
édition, et. dont on fait grand oaq, il deptande si qela fera amender le pain et le vin ^ II. fait ane réponse ana^ logae à un nnguenot qui veut l'intéresser aux contror verses. Quand on lui dit que Gaumaiu a déchi&é le punique et- vient d'écrire le Paler en cette langue, <c il prononce une douzaine de mots qui n'étoient d'aucune langue, et dit : « Je vous soutiens que voilà le Credo en << langue punique : qui est-ce qui me pourra dire le con,- « traire*?.» Il s'expliquait voloixtiets tout au long à ce sujet : (c II parloit fort ingéiiûment de toutes choses, et avoit un grand mépris pour les sciencesY particuliàrement pour celles qui ne servent que pour le plaisir ae^ yeux et des oreilles, comme la peinturé, la musique et môme la poésie ' ». Pour parler ainsi, il n'avait encore une fois qu'à se souvenir de l'épître 95, qu*il avait traduite : « Quelques-uns ont fait cette question : si les arts libéraux pouvoient faire un homme de bien ^. Et ta&t s'en faut que cela soit, ils ne le permettent pas seules ment... Venons aux professeurs de géométrie et de musique : vous trouverez aussi peu ces leçons (lès leçoû morales indispensables à l'homme) chez eux que chez les grammairiens ' ». La seule science, la seule étude qui
^ Raoan, ;. c, p. LXIX.