‹ Malheur aux pauvres!Chapitre 21 sur 33 · LES BONNES PETITES AMIES · texte numérisé non relu

LES BONNES PETITES AMIES

Basilide, nous l'avons dit, s'était assise sur un banc à côté de Denis ; celui-ci semblait heureux de se trouver avec elle...

— Âhl Basilide, vous ne vous figurez pas le plaisir que ça me fait de vous avoir rencontrée ; je désirais vous voir, car franchement, ça n'est pas gentil d'oublier des amis... Pas une seule fois vous n'êtes venue mé voir.

— Mon petit Denis, si on vous a dit ça on a menti... J'ai été deux fois pour vous voir, seulement je n'ai pas eu de chance.

— Coi.iment ça?

— C'est vrai, même que j'ai eu un coup en voyant votre Ut vide... Je suis arrivée et vous étiez à Vincennes... Après, je vais à Vincennes, vous étiez sorti le jour même.

— Ah! le soir où je vous ai vue..., vous aviez été à la maison... Ah bien, c'est gentil ça, et je vous Liis mes

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excuses. Ça n'empêche pas que vous pouviez venir plus souvent.

— Non, parce que je risquais de rencontrer des per sonnes avec lesquelles je ne suis pas bien.

Denis fronça le sourcil et la regarda en dessous comme si, en parlant ainsi, elle allait au-devant de ses désirs.

— Quelles sont ces personnes-là?

— Je ne veux pas le dire...

— Pourquoi?

— Pour rien 1

— Voyons, Basilide, il faut être franche ; pourquoi ne voulez-vous pas le dire?

— Eh bien, parce que je ne veux pas vous ennuyer pour une fois par hasard que nous nous rencontrons..., et que, si je vous le dis, je vous ferai de la peine.

— En hésitant à me le dire, dit Denis avec un accent singulier, vous me faites du mal.

— C'est ennuyeux à dire..., et puis, elle n'y venait pas toujours.

— C'est d'Yvette que vous parlez...; dites-le donc... D'abord je le sais... Il y a là-dessous quelque chose de singulier... Vous étiez les meilleures amies du monde... On ne se fâche pas pour rien... Il a fallu un motif grave; quel est-il?

— Des bêtises de femmes, Denis, desquelles vous n'avez pas à vous occuper.

Denis la regarda quelques minutes, espérant un mot...; mais Basilide jouait avec son ombrelle, elle traçait des lignes sur le sable. Denis reprit :

— Basilide, écoutez, je sais que v(^us êtes fâchée avec Yvette, j'en ai demandé la cause à ma femme, elle a refusé de me la dire...; j'ai insisté, trouvant déplorable

que deux si bonnes, si anciennes amies se fâchent comme vous le dites pour des bêtises...; enfin, poussée à bout, Yvette m'a dit : « Non! je ne veux pas le dire, je t'en supplie, ne m'en parle plus ; qu'il te suffise de savoir que je ne veux pas, que je ne peux pas, que je ne dois pas revoir Basilide; que sa conduite à mon égard a été indigne. »

— Ah! elle a dit ça..,, fit Basilide les dents serrées.

— J'ai cherché encore à savoir par vos amies communes..., alors elles m'ont dit que vous disiez pis que pendre l'une de l'autre.

— On fait toujours des potins...

— Et consentiriez-vous à revoir Yvette, vous?...

— Moi?... Dam.e ! je ne sais pas... Il faudrait que je sache comment elle me recevrait...

— Voyons, Basilide, je vous en supplie, soyez franche avec moi... Si vous saviez ce que je souffre, si vous saviez ce qu'il dépend d'un mot de vous...

— Je ne comprends pas...

— J'ai trouvé chez moi un mot, une lettre..., et je voudrais que vous me parliez sincèrement.

— Eh bien, fit étourdiment-Basilide, vous savez quelque chose... Nous sommes fâchées à cause de cela... Seulement, chacun le conte à sa manière.

Denis était livide ; il prit la main de Basilide pour Tobliger à le regarder en face, et fixant son regard, elle s'écria :

— Qu'avez-vous?

— Il s'est passé quelque chose alors? demanda-t-il. Basilide était très embarrassée, le regard de Denis la

gênait. Mais en entendant dire qu'Yvette se plaignait d'elle, tant sa haine lui revenait, elle dit :

— Moi, je n'ai rien à vous dire... Yvette a été mon

amie, qu'elle fasse ce qu'elle voudra, je ne m'occupe pas d'elle, et puis, en tout cas, si j'avais quelque chose à dire, ce ne serait pas à vous.

— Il y a quelque chose à dire? insista Denis.

— Écoutez, Denis, nous sommes fâchées avec Yvette, je ne la vois plus, donc je ne puis rien dire.

— Pourquoi étes-vous fâchées?

-^ Demandez-le-lui.

— Eh bien, je lui ai demandé ; elle m'a dit que vous vouliez l'entraîner à mal faire..., elle m'a dit que vous n'étiez pas une femme à voir maintenant, que vous aviez été à la fois la maîtresse de Francis et la maîtresse...

— Ah ! elle dit ça, fit BasiUde avec un méchant sourire. Denis avait un peu de rouge sur ses joues pâles; son

regard ardent cherchait à lire la réponse jusque dans l'âme de la jeune fille, qui dit :

— Eh bien, c'est vrai, elle a raison, Denis, nous nous sommes fâchées pour cela.

— Pourquoi ?

— Parce que j'avais pour amants des hommes qu'elle voulait peut-être avoir pour elle-même.

— C'est pour cela! exclama Denis... C'est vrai alors..., n'est-ce pas? elle me trompait... Ah! je le savais.

— Moi, je n'ai pas à vous rendre compte de sa conduite; elle se plaint de moi, je me plains d'elle; est-ce que ma vie la regarde? j'aime qui je veux, et si ça lui déplaît, c'est parce qu'elle est jalouse..., je ne l'accuse pas...

— Si, BasiUde, vous savez quelque chose, et je veux que vous me le disiez. . . Basilide, je vous en prie, parlezmoi...

— Je n'ai rien à dire. Ecoutez, Denis, vous allez répéter à Yvette ce que je vous raconte là... Vous lui direz que je l'accuse de désirer celui qu'elle me reproche..., et que je la mettrai au défi de vous raconter pourquoi nous étions fâchées...

— Mon Dieu! mon Dieu! que je suis malheureux... Tout le monde sera donc ainsi ; mais vous ne savez donc pas que vos réticences sont plus terribles que des accusations..., et cependant je veux être éclairé...

— Vous savez quelque chose..., Denis... Eh bien, ma parole d'honneur, interrogez-moi — et si je le puis je vous répondrai — si je sais...

Denis la regarda ; il hésita une minute , il fouillait dans sa poche, puis repoussant le papier qu'il en tirait, il s'écria :

— Non, non..., je ne puis pas... Basilide, voyons, dites-moi quelle était la vie d'Yvette pendant que j'étais à Thôpital...

— Puisque je vous ai dit que nous ne nous fréquentions pas... Je ne l'ai pas vue une seule fois...

— Mais vous savez bien ce qu'elle faisait, par ses amies, qui sont encore les vôtres.

— Mon Dieu, ça n'est pas dire du mal, ça... Vous étiez malade, on dit qu'elle avait pris son parti, on a dit même — je l'ai entendu — qu'elle ne croyait pas que vous en reviendriez, et dame, ça lui donnait déjà plus de liberté...

— Ainsi, elle était plus libre... Mais travaillait-elle?... Vous devez savoir ça !

— Puisqu'elle avait quitté l'atelier pour être plus libre, est-ce qu'on sait...? Elle disait qu'elle travaillait... Enfin, il y a une chose que vous savez..., c'est qu'elle n'allait pas vous voir si souvent que ça..., n'est-ce

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pas?... Eh bien, jamais elle ne travaillait le dimanche chez M"'^ Lapchez; elle était donc bien libre.

^— Mais alors que faisait-elle? demanda le malheureux, faisant des efforts inouïs pour cacher la douleur qu'il éprouvait; que faisait-elle les dimanches? vous devez le savoir, Basilide; avec qui sortait-elle? où allait-elle?

Il y avait un nom sur les lèvres de Basilide , mais elle craignait de le prononcer, non pour la peine que cela aurait fait à Denis , non pour le préjudice que cela pouvait causer à Yvette, non ! mais, parce qu'elle se disait que celui qui portail ce nom lui ferait payer cher sa petite infamie, quoiqu'elle fût convaincue qu'en disant ce nom, elle disait la vérité. Elle tourna la phrase de façon à placer sans en avoir l'air sa petite perfidie.

— Comment voulez-vous que je sache ça? Il est bien évident qu'à son âge, libre, elle n'allait pas s'enfermer le dimanche toute seule; mais où elle allait, je l'ignore; avec qui, je ne le sais... Certainement on n'a jamais dit de mal d'elle, c'est déjà quelque chose... Je crois aussi qu'elle ne recevait personne chez elle..., une seule cependant, mais vous le connaissez... et c'était par lui que j'avais quelquefois de ses nouvelles..., Aristide.

— Aristide ! répéta Denis les dents serrées.

Cette fois, ce ne fut pas seulement la nature bavarde ni le sentiment de vengeance de Basilide qui la dirigea... Ce fut la jalousie : Basilide était convaincue qu'Aristide aimait Yvette. Il lui était impossible de croire que l'amitié, l'affection pure pouvait attacher un homme à une femme; elle jugeait les autres sur elle-même, et elle sentait ses sens se réveiller rien qu'à l'idée d'un homme. Ainsi, à celte heure, se trouvant avec Denis, elle était gênée près de lui, elle s'attendait à chaque minute à un mot , à une caresse du mari d'Yvette ; sa

nature était ainsi faite, et le respect d'un liomme la blessait ; elle pouvait se peindre par ce vers de Foruck le Maure : '

Mon sang me parle, à moi, c'est mon sang que j'écoute.

Elle était assurée qu'Aristide ne voyait M"® Mérit que parce qu'il était amoureux d'elle; elle était certaine que si Aristide était si réservé avec elle , c'était parce que son ancienne amie disait d'elle tout le mal qu'elle en pensait, et elle était convaincue qu'il avait des relations avec Yvette, parce que celle-ci lui avait raconté la scène de chez Francis, et pour qu'une femme ose raconter pareille chose à un homme , il fallait qu'elle fût bien intime avec cet homme-là... C'est pleine de celte idée jalouse, c'est aussi parce qu'elle voyait Denis ne pas assez s'occuper d'elle que toute sa méchanceté revint et qu'elle dit :

— Enfin, Denis, mon petit, vous êtes un homme..., et bien que ce soit la maladie ou n'importe quoi qui vous ait obligé à abandonner votre femme..., j'en juge par moi, ce n'est pas à son âge qu'on reste presque une année comme une religieuse, surtout si, ainsi que cela arrivait, elle se trouve voir tous les jours des gens jeunes, beaux.

Autant de coups qui entraient dans le cœur de Denis.

— Je ne vous dis pas que ce soit. Mais, enfin, il faut ne pas être S'i sévère que ça... Tous les dimanches elle sortait, ça (vous voulez la vérité) je le sais; avec qui? Dame, moi, j'ai remarqué aussi une chose, c'est que, depuis quelque temps..., jamais Aristide ne sortait avec moi le dimanohe..., et cependant. Dieu le sait, si j'ai aimé un homme dans ma vie c'est celui-là..., et je m'a-

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perçois bien maintenant que tous les jours il se détache de moi... A cause de qui?... On lui a dit de moi les mêmes choses que vous m'avez dites... Qui pouvait les avoir dites?

— Ouil..., dit sèchement Denis.

Puis il se leva, il fit deux ou trois pas, agité, fiévreux, comme s'il se contenait...

En le regardant, Basilide put constater le mal qu'elle avait fait. Denis était effrayant à voir, à co point qu'elle eut peur et dit :

— Vous n'allez pas faire de bêtise, au moins. Vous voyez que j'ai eu tort d'être franche avec vous.

— Que voulez-vous que je fasse?

— Vous êtes capable d'aller faire des affaires chez vous.

— A Yvette?

— Oui !

— Yvette n'est plus chez nous depuis deux jours.

— Que me dites-vous là?

— Nous avons eu une scène le matin, en rentrant chez nous. Lorsque je lui ai demandé une explication, elle a jeté un cri , s'est sauvée et je ne l'ai plus revue.

— Ah ! en voilà une affaire I

Denis prit brutalement Basilide par le poignet et s'asseyant l'assit à côté de lui :

— Il faut en finir, Basilide... Vous savez..., je le vois..., j'en suis certain. Avant de connaître Yvette, nous étions amis... Basilide, il faut être un bon camarade avec moi, il faut ne pas me laisser être ridicule... Basilide, ditesmoi ce que vous savez d'Yvette.

On pense que la Jolie Laveuse se serait bien gardée de raconter la scène terrible, môme à sa façon. Elle dit donc ;

— Je ne sais rienl... Interrogez-moi sur un fait, et je vous répondrai...

Alors d'un mouvement brusque, il tira une lettre de sa poche et la lui montra :

— Qu'est-ce que ça veut dire, ça?

Basilide se jeta curieusement sur le papier et dit aussitôt :

— Ça, c'est l'écriture d'Aristide...

Et elle lut :

« Ma chère Yvette ,

» Je ne vous trouve pas chez vous, mais je vous liaisse ce mot pour vous rassurer. Ma filleule va très bien, je l'ai vue; la nourrice regrettait de vous avoir fait prévenir si hâtivement, parce qu'elle vous a inquiétée inutilement... Demain nous l'irons voir avant d'aller à Vincennes. Courage, c'est demain que vous reverrez Denis... Courage, attendez-moi vers huit heures, et ne vous désolez plus... A demain,

— Eh bien, fit Basilide étourdie...

— Eh bien ! après une longue discussion avant-hier matin, dans laquelle j'ai cherché à savoir pourquoi vous étiez fâchées, après avoir entendu ses craintes, lorsqu'elle me dit toute rougissante : «Je suis honteuse; on dirait que tu doutes de moi, » j'ai tiré cette lettre que j'avais trouvée cachée sur un meuble, je la lui ai montrée et je lui ai dit tout d'un coup, pour la surprendre : ft Dis-moi alors ce que signifie cette lettre. »

— Alors?

— Elle a jeté un cri : « Je suis perdue ! » Je fis un

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mouvement; peut-être eut-elle peur, elle se sauva, descendit l'escalier et disparut... Je n'avais pas bougé, ne comprenant rien à celte fuite..., et je ne l'ai plus revue...

— C'est bien simple, elle vous a quitté.

— Ah! ne me dites pas ça! ne me dites pas ça..., exclama Denis avec un mouvement de rage. Puis il se mit aussitôt à pleurer, en gémissant : Non ! non ! ça n'est pas possible...

Plusieurs promeneurs regardaient avec étonnement cet homme pleurer. Basilide s'en aperçut et lui dit :

— Denis, soyez raisonnable, le monde s'amasse autour de nous... Il n'y a personne chez vous, je vais vous reconduire, et là nous causerons...

Il releva la tète...

— Et vous me direz tout ?

— Si cela peut vous faire oublier..., oui!

Denis eut une contraction ; mais dissimulant l'effet produit par ces mots, il dit :

— Si j'avais la preuve de son inconduile..., si, enfin, j'étais assuré..., j'en souffrirais bien un peu, mais je l'oublierais...

— A la bonne heure, dit Basilide, venez, Denis.

Et toute contente de ce qu'elle venait d'apprendre, la Jolie Laveuse plaça son bras sous celui de Denis ; mais s'apercevant que sa toilette, assez extravagante, jurait à côté du costume de l'ouvrier, elle lui prit le bras, au contraire, et le passa sous le sien. La pâleur de Denis, ses larmes récentes en faisaient un convalescent faible encore que l'on promenait; aussi Basilide était-elle très contente d'entendre sur son passage :

— Ah! c'est très bien, ça; regardez cette dame, qui aide ce pauvre malade... Elle n'est pas fière, et ce n'est

pas SCS goûts d'élégance qui arrêtent ce que son bon cœur lui inspire.

Lorsqu'ils arrivèrent rue des Panoyaux, Basilide fut heureuse de rentrer dans le logement de l'ouvrier en l'absence d'Yvette; ce logis, duquel elle avait été chassée, dont la porte lui avait été défendue, elle y rentrait, la tôte haute, importante, tenant dans un mot la destinée de celle qui avait été sévère avec elle. Pour d'autres, c'eût été une raison pour être discrète et réservée; au contraire, pour elle c'était l'heure de se venger. Elle eût été lâche devant Yvette, mais, certaine que celle-ci était dans l'impossibilité de lui répondre, elle se décida à agir; et puis, dans son cerveau troublé, des idées folles passèrent. Elle se dit qu'Yvette, en abandonnant le foyer conjugal, avait sans doute été relrouver son protecteur, son ami Aristide, enfin.

Et pourquoi, elle, n'agirait -elle pas avec Denis comme Yvette agissait avec celui qu'elle savait être son amant ?

En lisant la lettre écrite par Aristide, la seule pensée qui lui était venue, c'était qu'ils avaient été ensemble les parrain et marraine de l'enfant d'un ami ; c'était peut-être là que s'étaient nouées leurs relations... En entrant dans le petit logement, elle dit à Denis :

— Denis, reposez-vous d'abord, car vous devez être fatigué d'une telle marche pour un convalescent.

— Moi, fit Denis; mais je vais très bien... Il ne faut faut pas me considérer comme un convalescent..., je ne suis sorti de Vincennes qu'ayant recouvré toutes mes forces... D'ordinaire, lorsqu'un malade est à peine valide, on lui donne sa sortie, parce qu'il y en a d'autres qui attendent... Mais Aristide avait des amis à l'hospice, et, grâce à lui, je suis resté huit jours de plus.

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— Ah ! fit Basilide, c'est Aristide qui vous a fait rester huit jours de plus...

— Ouil... Mais revenons où nous en étions... Yvette m'a quitté... Où est-elle?

— Concevez que je ne le sais pas...

— Lorsque je vous ai vue, d'abord, Basilide, j'ai cru que vous étiez envoyée par elle.

— Moi! exclama celle-ci; mais vous saviez bien que nous étions fâchées...

— Oui, je le savais, et je l'ai vu après... Mais enfin, il me faut l'explication de tout cela.

Basilide ôtait tranquillement son chapeau et son pardessus, se mettait à son aise..., puis revenant près de Denis, elle le fit asseoir devant elle, lui prit les mains et lui dit :

— Denis, il faut avoir du courage... Yvette était habituée à vivre seule, c'est contre son gré qu'elle est retournée près de vous... A force de ne plus vous voir, elle s'est crue libre..., et elle en a abusé...

— Oh ! ne dites pas cela...

Basilide lui serra les mains et s'approchant de lui, elle lui dit :

— Il faut être un homme, tout cela est clair... On vous a cru mort, et elle a agi comme si elle était veuve... Depuis longtemps elle vous délaissait, et tous les dimanches elle les passait avec Aristide ; j'en suis certaine maintenant..., car jamais il ne venait le dimanche, lui... Et puis c'est seulement au moment où vous aUiez mieux qu'il a pensé à aller vous voir..., parce qu'il redoutait votre sortie de l'hospice; c'est alors aussi qu'il a fait se prolonger votre convalescence. Autant de temps de gagné.

Denis avait le visage pourpre de honte, et ses dents

étaient serrées et ses tempes battaient ; il se dit brusquement :

— Mais alors je suis le dernier des misérables ; il venait à mon lit, il me disait : « Sois sans crainte, je m'occupe de ta maison ; j'ai quelques sous devant moi, et ta femme ne manquera de rien ni toi non plus. » Et j'acceptai, et je le remerciai. Qu'étais-je donc? Mais c'est épouv6ntable !

— Ah! exclama Basilide, elle est forte celle-là! Il l'entretenait, elle.

— Basilide! protesta Denis avec colère...

— Mais, Denis, la vérité est la vérité..., et nous n'avons pas besoin de vous la cacher... Nous, nous étions trompés tous les deux, vous par elle, moi par lui...

— Non ! non ! reprit Denis. Non ! ce n'est pas possible... Aristide, mon ami...

— Ah! vous croyez aux amis..., vous? Ah! ah!... Elle est bien partie, elle, et avec lui.

— Ah ! c'est affreux !...

Et, changeant tout à coup, il sanglota.

Alors Basilide le prit dans ses bras pour le consoler et il appuya sa tète sur son épaule, et celle-ci lui disait dans l'oreille :

— Denis, il ne faut pas se faire du mal pour eux... Denis, il faut aimer qui vous aime... Denis, je ne veux pas que vous pleuriez, cela me fait du mal... Denis... Denis...

Et elle essuyait ses yeux mouillés de larmes de ses mains, et elle lui caressait les cheveux, puis elle lui prit la tète dans ses mains en disant :

— Denis, je ne veux pas que tu pleures...; elle ne le mérite pas.

Et SCS lèvres s'appliquèrent sur celles de Denis. 11

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tressaillit; son regard mouillé se fixa sur elle... Et ses larmes se séchèrent, et ses yeux, rencontrant ceux de Basilide, eurent des flammes..., et ses lèvres rendirent longuement le baiser, et ses bras enlacèrent la taille de la Jolie Laveuse, ses mains tremblaient sur la soie en sentant la chaleur et le doux de la chair... Alors Basilide se débattit doucement, et, en riant, elle voulut lui prendre les mains comme pour éloigner ses bras, disant, sans cesser de le tutoyer :

— Non, Denis, laisse-moi...

Et, comme si elle ne pouvait lutter, elle dit :

— Tu m'étouffes..., c'est mal...

Et elle rit...

Denis était foui... et, quand la raison lui revint, l'air bête, embarrassé, il regardait Basilide qui, debout devant la glace, replaçait les épingles de sa coifïure...; il n'osait parler, tout repentant, tout honteux... C'est Basilide qui dit d'un ton léger :

— Tu sais, Denis, il ne faut pas laisser ça là...; il faut nous venger l

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