VI PREFACE
plendir, de degré en degré, sa traîne somptueuse?
Mais encore faut-il que cette magnificence d'enveloppe habille une rêverie utile, ou, tout au moins, généreuse.
Eh bien! j'ai peine à le constater, depuis vingt ans, une fièvre triste s'est emparée des esprits les mieux doués, une sorte de curiosité macabre, une manie d'analyse décourageante, écœurante.
Est-il bien nécessaire de nous ramener sans cesse à la contemplation méticuleuse de nos infirmités, sans y ajouter un mot de consolation? Que penseriez-vous d'une autopsie, présentée comme objet de récréation, dans un salon? Ne sommesnous pas bien assez éclairés sur nos maux, si le remède n'en suit pas la démonstration ? Je fais peu de cas du médecin qui ne possède que le diagnostic. J'adore la science qui m'élève, je hais celle qui m'aplatit. Tout cet étalage prétentieux d'horreurs fouillées minutieusement, oii se com- ])laisent nos chirurgiens de lettres, m'assomme vl me désespère.
PRÉFACE. vil
Et, en résumé, si la vie est si laide, pourquoi vivre ? Voilà où conduirait la contemplation obstinée du néant de toute chose : au suicide !
Ah ! qu'elle est loin envolée, la manne que nous avaient versée les prophètes ! Ou' elle est devenue amère, la coupe à boire ! Le joyeux et rouge vin de France, lui-même, tourne à l'absinthe.
Est-ce à dire que je demande à retourner aux errements anciens, que j'ignore à quel point la science positive a rendu impossibles, ridicules, tous les mirages de commande qui suffisaient jadis à entretenir la foi, la confiance, la sève?
Assurément non ; mais je demande qu'on nous rende le courage, l'enthousiasme, non avec les billevesées mythologiques dont le bon sens moderne fait justice, mais par l'amour et l'exaltation du beau et du bien, par la condamnation du mal, par l'oubli de la laideur.
Autrefois, les capitaines trouvèrent des accents pour entraîner des peuples à la mort; l'artiste, aujourd'hui, a mission de réveiller ces accents, pour aider à vivre l'humanité.