ACTE DEUXIÈME
FORESTIER, arec effort.
Je le reconnais !
LE BARON
Vous ne voyiez alors dans ma conduite qu'un mobile toul d'intérêt el d'ambition ? Vous avez compris depuis, je pense, que vous m'aviez mal jugé... Vous le reconnaîtrez aussi sans doute ?
FORES TIER
Je... je reconnaîtrai tout ce qu'il vous plaira, monsieur* ..
LE BARON, s'animant.
Groyez<-moi, monsieur, les hommes d'aujourd'hui travaillent au bonheur du pays avec autant de foi qu'en avaient ceux d'hier en travaillant pour sa gloire. Entre nous, général, vos diables de boulets ont assez labouré le sol, c'est bien le tour de la charrue I II nous fallait la paix, n'est-ce pas?
FORESTIER
Peut-être!
LE BARON, s'assejant.
Vous voyez bien que nous nous entendons.
11 s'asseoit A droite.
FORESTIER
Alors, parlons de nos enfant^!...
LE BARON
Ah ! à propos d'enfants ! Croyez-vous que j'aurais pu garder le mien, si vous aviez continué votre danse macabre, qui...
FORESTIER, d'une roix presque suppliante.
Assez, je vous prie !
LE BARON, riant.
Vous vous rendez, c'est bien I
FORESTIER, s'asseyent A côté du baron.
Vous m'ayez reproché tout à l'heure d'avoir accueilli chez moi le fils du baron de Feuille ? Monsieur, lorsque votre fils a paru sur le seuil de ma demeure, je tenais dans mes bras ma fille désolée, mourante 1
LE BARON, prêtant l'oreiUe.
Vraiment !
FORESTIER
La présence de celui qui fut son fiancé pouvait peut-être la rendre à la vie... Dites, était-ce le moment de lui fermer la porte de ma maison?
LE BARON, courant une idée.
Ah! Christianel
FORESTIER, TÎTement.
Ghristiane 1 vous avez dit Christiane comme aux jours où vous l'aimiez... où vous rappeliez votre fille...
LE BARON, BODgeor.
Je Paime toujours... Mais, quant à rappeler encore ma... les événements ont tant changé depuis !
FORESTIER
Mais leur cœur à tous deux est toujours resté le même. (Sur un mourement du baron.) Voyons, baron, un bon mouvement! et... si vous me gardez encore rancune pour le passé (se le- Tant.)« eh!' bien... c'est moi qui... vais vous prier de me donner la maini
LE BARON, la aerrant.
Ah! général I (Areo intérêt et à'roix haase.) YOUS diteS doUC
que la vie de Christiane?...
Ils descendent en scène.
FORESTIER, de même.
La vie de Christiane est en danger. Une nouvelle séparation la tuerait!
LE BARON
Que me dites-vous là ! *
FORESTIER
Vous ne voudriez pas avoir à vous reprocher sa mort, n'est-ce p«s?
LE BARON
Oh! grand Dieu!
FORESTIER
Eh bien?
LE BARON
Eh bien, vous me voyez dans un grand embarras... J'ai déjà pris d'autres engagements. (Après un repos.) Je vais tout vous dire I Eq ce moment, ma position est loin d'être brillante I
FORESTIER, étonné.
Comment ?
LE BARON
Pour me faire des relations, j'ai dû frayer avec les plus grandes fortunes... Ajoutez à cela que je me suis trouvé dans la nécessité de prêter des sommes importantes; bref, je dois vous avouer que la jeune personne dont il est question pour Henri a une dot considérable!... Assez considérable même pour lui permettre d'avantager le mari qu'elle prendra sans un sou, tandis que cette chère Christiane ne doit avoir