DE LA RÉDEMPTION DU GENRE HUMAIN, OU DE LA PERFECTIBILITÉ HUMAINE
La Rédemption du gp;ire humain , t'est la Perfectibilité hnmaine.
Hé bien, nous qui ne parlons pas au nom de Jésus, qui n'avons pas autorité spéciale^ pour cela, nous allons démontrer que sa promesse n'est pas d'un insensé, et que la raisoa
s'accorde avec ce que l'esprit divin, l'esprit prophétique lui inspira, il y a bientôt deux mille ans, pour le salut du monde.
Assez longtemps la Philosophie, ne voyant dans le Christianisme que l'idolâtrie qui le défigure et l'obscurcit , a poursuivi le Christ de ses attaques et de ses injures. Mais il y a déjà des années que la vraie Philosophie est sortie de cette route qui n'aboutissait qu'à un abyme.
Au nom de la raison, à l'aide des sciences d'observation, à l'aide de l'histoire, et délaissant, du moins en apparence, le domaine de la théologie, nous allons venger l'injure faite à l'Evangile par les gardiens officiels de cet Ei'angile , et défendre le roi divin , le Christ (1), roi de justice et de vérité, roi de la terre un jour (bien que, quant à présent, il soit remonté au Ciel dans le sein de son Père, de notre Père à tous), contre les lévites chargés de le défendre.
Ce n'est point la haine du Clergé, ce n'est pas l'esprit de critique qui nous inspire; et s'il y a eu, dans ce qui précède, quelques paroles trop amères, qu'on les pardonne à notre intention sincère d'opérer le bien. Dans les combats de l'intelligence, dont la lin est l'avancement et le progrès de tous les hommes, Jésus lui-même nous a donné l'exemple que l'on peut poursuivre ardemment l'erreur, tout en désirant le salut de ceux qu'on répri-
'(t) On sait que C&rist veut dire roU
itiande, parcequ'on ne les réprimande pas dans l'intérêt des passions humaines, mais dans l'intérêt de la vérité.
Divine Lumière qui ne nous es pas venue seulement par l'Evangile, mais par tous les grands monuments antérieurs ou postérieurs que l'Humanité nous a transmis et par l'influence des vertus et du dévouement de la foule des martyrs, non pas seulement du Christianisme, mais de l'Humanité, que ne nous est-il donné de te réfléchir assez fortement pour qu'entrant dans le cœur et dans l'esprit de ces prêtres du Christ, tu les éclaires et les échauffes, afin que, suivant la parole même de leur maître, ils deviennent un avec nous, pour ton service, ô divine Lumière!
Frères , leur dirons-nous , car nous sommes frères, vous le dites dans vos chaires, et vous avez raison de le dire, nous sommes tous frères, nous sommes tous fils de Dieu, Dieu nous a tous créés à son image; et comme il est la Trinité divine, chacun de nous est une trinité qui reflète, à des degrés imparfaits, et dans la mesure du fini, les rayons substantiels de notre Créateur. Dieu est sensation ou puissance infinie, amour infini , intelligence infinie. Nous sommes tous et chacun de nous est sensation, et sentiment, et connaissance. Comment donc pouvez-vous refuser d'admettre que Dieu nous ayant tous créés à son image, et nous ayant faits ainsi un en plusieurs, ou, ce qui est la même chose, plusieurs en un, il
nous soit à jamais défendu par ce qu'on appelle destin, sort, fatalité, de créer l'harmonie sur la terre !
Ne sommes-nous pas puissance commeDieu, quoiqu'à un degré infiniment moindre ? Ne sommes-nous pas comme lui amour, et comme lui intelligence, bien que notre amour et notre intelligence ne soient qu'un néant auprès de son amour et de son intelligence, puisque notre amour même ne respire que par le sien, et que notre intelligence ne connaît que par la sienne. Mais avec sa grâce, et en suivant ses lois, notre amour et notre intelligence , de même que notre puissance peuvent devenir indéfinis. Comment donc un amour indéfini, une intelligence indéfinie, une puissance indéfinie n'arriveraient-ils pas à créer l'harmonie !
Quoi! aveugles que vous êtes (nous vous parlons ici fraternellement), ne voyez- vous pas que l'harmonie est au fond même de notre nature, puisque nous souimes tous semblables, et en même temps divers, afin que nul ne soit inutiles à ses frères? D'un côté, donc, nous portons substantiellement l'harmonie; mais, d'autre part, nous sommes susceptibles d'uD progrès indéfini. Comment n'arriverions-nous pas, au moyen de ce progrès, à manifester celte harmonie qui est en germe en nous, et qui est de l'essence de notre création?
Et vous parlez de l'éternité du mal, quand nous portons l'harmonie dans notre être, et quand la perfectibilité nous accompagne !
Quoi ! étant ainsi faits à l'image de Dieu, recelant en nous la puissance créatrice, parceque nous recelons une étincelle de la Trinité sainte ; susceptibles de progrès dans tout notre être, par un efl'et de cette puissance de créer qui nous a été donnée, et par là capables de dominer divinement la nature extérieure, au sein de laquelle nous avons été placés; liés d'ailleurs à cette nature, qui se trouve résumée dans ce que nous appelons nos organes et noire corps ; appuyés sur elle comme la statue d'un Dieu sur son piédestal ; maîtres de découvrir ses phénomènes divers, tous produits par une seule loi, la loi de la vie, qui est en nous ! grandissant ainsi en nous-mêmes et dans notre milieu lié à nous, l'univers; grandissant en science, en amour, en puissance; grandissant tous, parceque nous sommes solidaires , parceque nous sommes tous en un, un en tous ; grandissant par notre diversité dans l'unité, qui fait refluer dans chacun les dons des autres ; en un mot créateurs à trois titres, 1° en nous, c'est-à-dire chacun en lui-même; 2° chez nous, c'est-à-dire chacun dans les autres ; 3" hors de nous , c'est-à-dire chacun et tous dans la nature et le monde extérieur; étant ainsi faits, dis-je, si nous dirigions les rayons de notre âme vers un but permis ou marqué par Dieu même, vous nous refuseriez la puissance d'atteindre ce but! IVIais "VOUS n'y pensez pas î Nous l'atteindrions aussi infailliblement, ce but, que Dieu existe et que nous sommes faits à son image !
L'harmonie en essence, et l'harmonie manifestée et parfaite à la limite, voilà la loi immanente de l'Humanité. L'Humanité a été créée dans et pour le bien, et elle manifestera ce bien pour lequel et dans lequel elle a été créée ! Elle porte en elle-même et dans sa création sa lin, et sa loi. Fille do Dieu, elle doit glorifier et représenter son Créateur; émanation de Dieu, elle doit incarner Dieu sur la terre.
îhi Principe moteur de la Perfeclibilité ou de la Rédemption.
J'ai dit que je voulais m'écarter du champ de la théologie, et j'ai peine, je l'avoue , à le faire, parceque nulle part cette grande vérité de la Perfectibilité indéfinie du Genre Humain, en laquelle, comme je l'ai prouvé il y a déjà bien des années, est venue se résumer toute la Philosophie, ne brille d'un éclat plus magnifique que dans les monuments de la Religion : preuve certaine de l'identité au fond de la Picligion et de la Philosophie.
Prêtres, qu'enseignez-vous quand vous expliquez la Genèse et l'Evangile,
Quand vous dites que Dieu a créé l'homme à son image ;
Que Dieu est la Trinité;
Qu'une des personnes de cette Trinité est le Verbe ;
Que ce Verbe, bien qu'étant une des personnes de la Trinité, est Dieu ;
Que ce Verbe s'est incarné ;
Que ce Verbe viendra de nouveau sur la terre ;
Qu'il y régnera et y fera régner la volonté divine, la volonté de son Père, de notre Père à tous?
Vous n'énoncez pas autre chose que la doctrine DE LA Vie, la doctrine de la création successive s'élevant de plus en plus vers son principe, et manifestant de plus en plus ce principe sur la terre.
Vous êtes les gardiens de l'antique Philosophie; mais la Philosophie moderne a retrouvé les secrets que vous aviez laissé perdre. Pourquoi vous obstinez-vous à ne présenter aux hommes que la lettre de vos dogmes, au lieu d'en présenter l'esprit !« La lettre tue, disait Jésus aux prêtres de son temps, et l'esprit vivifie. »
Quoi! vous croyez au Verbe créateur, vous croyez, avec S. Jean, que ce Verbe illumine tout komme venant en ce monde (1), et vous refuseriez à ce Verbe la puissance de manifester ce qu'il a mis en nous ! Il serait en nous, et il resterait prisonnier en nous; nous l'étoufférions dans les ténèbres, comme les Juifs ont fait de Jésus : « Et la lumière luit dans les ténè- > bres , et les ténèbres ne l'ont pas reçue. 11
(1) s. Jean, chap. I, v. 9,
• était dans le monde , et le monde a été fait » par lui, mais le monde ne l'a point cou- » nu (1). » Non, si ce Verbe existe, s'il a créé le monde, s'il nous a créés, s'il est en nous, il ne peut pas être étouffé éternellement dans les ténèbres. Si Dieu a mis en nous une étincelle de la divine Trinité, cette étincelle peut et doit reproduire le Soleil dont elle est émanée.
Or, au nom de la science, au nom de la psychologie, je dis que ce Verbe existe, qu'il est immanent en nous.
Qu'est-ce que la Vie dans chacun de nous, à chacun de nos instants? Un homme ne vit que parcequ'il a un désir. Dans l'ordre de la vie, la modification de la pensée est inséparable de la pensée considérée comme substance ; le sujet s'unit à l'objet. Mais qui provoque cette union, et qui cause ainsi la vie ? C'est le désir, ce que l'on peut appeler le rfr6^ dans l'homme, et ce qui, dans la langue humaine, se traduit en effet par celle des trois espèces de mots composant toute langue qu'on appelle verbe. Ainsi du fond de notre être naît un désir, qui uous fait tendre à un acte pour réaliser ce désir, et voilà la vie. La vie est une aspiration, dont le Verbe ou le désir est le moteur.
L'homme est sensation-senliment-connaissance ; mais le désir est tout cela à la fois, car de désir comprend à la fois le sujet et l'objet.
(1) S. Jean, cU. I, v, 5 et 10,
Ainsi le verbe de l'homme est l'homme tout entier, de m.ême que, dans la nature divine, le Verbe de Dieu est la Trinité tout entière sous une de ses hypostases.
Mais ce désir qui crée en nous, et qui au fond est un, bien qu'à cause du fini de notre être, il ne nous apparaisse que sous la forme de mille désirs incohérents et ayant pour objets une multitude d'êtres divers, d'où prend-il sa source et son origine? Du Désir collectif que Dieu a donné à l'Humanité en la créant, du Verbe général mis par Dieu dans l'Humanité. Niera-t-on que tous les hommes soient semblables, c'est-à-dire un et divers, qu'ils aient au fond la même nature, les mêmes facultés, les mêmes besoins, les mêmes droits? Non, on ne niera pas cela. L'espèce humaine est une, et c'est ce que vous exprimez en disant, avec le Sépher de Moyse, qu'elle est sortie tout entière d'Adam. Donc , malgré l'incohérence de tous nos désirs, malgré la profonde anarchie du genre humain, malgré les ténèbres où l'homme €st tombé sur ses vrais besoins et sur ce qu'il appelle le bonheur, malgré tous nos vices, tous nos crimes, et toutes nos misères, au fond le même type humain se reproduisant dans chaque homme, tous nos désirs ne sont que des manifestations plus ou moins altérées du Désir ou du Verbe que le Créateur a mis dans notre espèce. Or ce Désir typique, c'est le Verbe divin lui-même : car ce ne peut-être autre chose, puisque Dieu nous a créés à son image, puis-
qu'il n'a pu d'ailleurs nous créer que par son Yerbe, son Verbe seul étant créateur, ou plutôt son Verbe étant, comme vous le dites. Dieu créateur. Donc , au fond , et dans quelque abyme de ténèbres que nous soyons tombés, nous retrouvons en nous, à la base de notre être, à la source de notre vie, le Désir divin, le Verbe de Dieu, moteur éternel et intini qui nous sollicite et nous fait vivre.
Donc, prêtres, vous avez raison, ou plutôt vos monuments ont raison ; le Verbe de Dieu illumine tout homme venant en ce monde.
Oui, le Verbe de Dieu est en nous, et nous appelle tous au bonheur en suivant les lois divines. Nous n'avons pas pu être créés par un acte divin sans que cet acte se continue en nous; donc cet acte n'est pas achevé. Dieu, qui crée éternellement, crée éternelle^pent en nous.
Donc le Verbe de Dieu immanent en nous créera l'harmonie sur la terre.
N'est-il pas écrit dans le livre que vous vénérez par dessus tous les livres que cette terre ne passera pas jusqu'à ce que la Loi soitaccomplie : « Je vous le dis en vérité, le ciel et \^ jj terre ne passeront point que toute la Loi ne » soit accomplie, jusqu'à la dernière lettre et » au dernier point (1) ? » Or la Loi est-elle accomplie jusqu'à la dernière lettre et ai| dernier point?
La Loi n'est pas accomplie, puisque le Verb«
. (1) S. Matthieu, chap. V, v. 18.
divin gémit et pleure dans tous les hommes.
La Loi, c'est l'Harmonie. Donc la Loi n'est pas accomplie.
Donc elle s'accomplira.
in.
l'ETangile.
Vous refusez de le croire, vous les dépositaires de tous les monuments qui l'attestent !
Je viens de vous prouver que l'harmonie est au fond de notre être et de l'essence de notre création; que l'espèce humaine étant une, tous les hommes étant des semblables ou des frères, ayant les mêmes facultés à des degrés différents , les mômes besoins , les mêmes droits, étant enfin la même Trinitéy et étant par \a tous en un, ou un en tous, il en résulte nécessairement la possibilité de l'harmonie, à tel point, que ce qui a dû frapper les sages, et leur paraître bizarre, étrange, monstrueux, ce n'est pas que cette harmonie pût exister, mais c'est qu'elle n'existât pas. D'où ils ont conclu ce que vous appelez, avec le Séplier de Moyse, le péché originel. Je "viens, dis-je, de vous prouver cela avec vos propres dogmes , et pourtant vous refusez de croire à la possibilité de l'harmonie sur la terre !
En second lieu, je viens de vous prouver, et toujours d'accord avec vos dogmes, que non
seulement cette harmonie préexiste éternellement dans la création de l'Humanité, mais que le Verbe divin immanent en chacun de nous en sollicite et en provoque la réalisation. Ainsi non seulement l'harmonie est possible, mais elle viendra nécessairement, puisqu'il y a en chacun de nous, en tout hommes venant dans le monde, un promoteur de cette harmonie, qui est ce même Verbe divin, ce même Créateur qui nous l'a donnée en germe, et qui en a gravé le sceau dans notre nature. Je vous ai prouvé ce second point, tout aussi clairement que le premier, et vous refusez encore de croire que l'harmonie soit possible sur la terre!
Vous proclamez le désordre éternel, l'inégalité éternelle ! Ah ! dans quelles ténèbres êtesvous tombés, vous qui étouffez en vous et qui incitez les hommes séduits par votre parole à étouffer en eux le Verbe de Dieu immanent en chaque homme ?
Mais comment faites-vous donc pour persévérer dans de pareilles erreurs après le venue de Jésus! comment faites-vous pour soutenir l'éternité sur la terre de l'inégalité humaine après l'Evangile !
Car ce n'est pas assez pour vous que de croire au Verbe immanent en chaque homme, vous croyez encore à une incarnation spéciale de ce Verbe dans la nature humaine pour sauver l'Humanité, pour détruire la tache du péché, pour rétablir l'homme dans l'état de grâce, pour délivrer le Verbe captif dans chaque
homme; vous faites, clis-je, descendre Dieu sur la terre, et s'en éloigner ensuite, chassé par les bourreaux, mais avec promesse d'y revenir, et «j'y revenir cette fois pour faire régner la justice et la vérité. Je vous demande si ce roi de justice et de vérité doit revenir sur la terre. \ ous me répondez que c'est bien sur la terre (1), et que ce que vous appelez la résurrection sera corporelle aussi bien que spirituelle. La seule question est donc de savoir si l'Evangile entend que le monde restera la proie du mal, ou de ce que vous appelez Satan, jusqu'à ce qu'arrive ce que vous appeliez le jugement dernier, ou si l'Evangile entend que le règne de la justice et de la vérité qui cfoit arriver sur la terre est ouvert depuis la venue et le sacrifice de Jésus. Prenons donc l'Evangile, et que l'Evangile soit juge.
Jésus, trahi, sait qu'il va mourir et célèbre sa dernière pâque: « Or il y avait plusieurs » Gentils de ceux qui étaient montés pour ado- > rer le jour de la fête ; ceux-ci s'approchèrent
* de Philippe qui était de Bélhsaïdeen Galilée, » et ils le priaient, disant: Seigneur, nous vou- » drions voir Jésus. Philippe vint, et le dit à » André ; puis André et Philippe le dirent à Jé- » sus. Jésus, leur répondant, dit : L'heure est » venue où le lils de l'homme doit être glori-
(1) «Quipropter nos homines, et piopter nostham salu-
• TEM descendit, et incarnalus est, et liomo factus passus est, B et resurrexit tertia die, et ascenilit in coelos, et itercîI » VENTURus EST... » [Symboliim Nicani Concilii.)
28il MALTHUS
» fié. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le » grain de froment, tombant sur la terre, ne » meurt, il ne produit pas; mais s'il meurt, il » porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la » perdra, el qui sacrifie sa vie en ce monde la » sauve dans la vie éternelle. Si quelqu'un me » sert, qu'il me suive; et où je suis, là sera » aussi mon serviteur. Si quelqu'un me sert, » mon Père l'honorera. Maintenant mon âme » est troublée. Et que dirai-je? Père, sauvez- » moi de cette heure? Mais c'est pour cette » heure même que je suis venu. Père, glori- » fiez mon nom. Et une voix vint du ciel : Je » l'ai glorifié, et je le glorierai encore. La foule » qui était là et qui entendait disait : C'est le » tonnerre. D'autres disaient : Un ange lui a » parlé. Jésus dit : Ce n'est pas pour moi que 3) cette voix est venue, mais pour vous. C'est » maintenant que se fait le jugement de ce » monde ; c'est maintenant que le prince de ■» ce monde va ai être chassé. Et moi quand t j'aurai été élevé de la terre , j'atlîrerm » tous les hommes à moi : NOv y.piTiç hri to5
» xôcuov toOto'j, v'jv Ô âoywi tov xÔtwou tovtov èx— » ê/rjSÂo'STKt £?«. Kayw, è«v iJTrwaôw £x ttJî 7>jç , ttkv- * Ta; ÉÀx-jfTw T.ùhz i^.v.'J'h'i {\.\, »
Que pouvez-vous répondre à ce passage, ou Jésus explique si clairement la raison et l'utilité de son sacrifice, où il se compare au grain de froment qui, suivant l'idée qu'on se faisait
(1) S. Jean, chap. XII, v, 20-32.
alors de la fructification, meurt pour produire beaucoup de fruit; oh il dit qu'il est venu pour cette heure, c'est-à-dire pour mourir afin que les hommes soient régénérés par sa mort, et que le prince du monde, c'est-à-dire Satan, c'est-à-dire l'inégalité et le mal, va être chassé de ce monde ; que ce monde d'inégalité, de désordre, et de mal, est jugé à cette heure, et que lui Jésus, ayant consommé son sacrifice, va attirer tous les hommes à lui. Dites, que pouvez-vous répondre à cela?
Si le jugement du monde a commencé au moment oii Jésus a été élevé sur la croix , si Jésus a dit à l'instant de son sacrifice : a C'est » maintenant que le prince de ce monde va en «être chassé; et quant j'aurai été élevé en » croix j'attirerai tous les hommes à moi , » n'esl-il pas évident que l'obstacle surnaturel que, par une fause interprétation du dogme du péché originel , vous supposez avoir existé à l'action du Verbe immanent en chacun de nous pour réaliser l'harmonie, ou amener ce que l'Evangile appelle le royaume céleste, le royaume du ciel, le royaume de la lumière, le royaume de la vérité, le royaume de la justice, le royaume voulu par Dieu même; n'est-il pas, dis-je, certain, incontestable que cet obstacle a été levé du jour où Jésus a subi son sacrifice, et s'est fait, comme vous le dites, la victime immolée pour le rachat du péché originel? Donc, cet obstale n'existant plus depuis Ja venue du Messie, l'harmonie du genre hu-
main est possible sur la terre, au moins depuis cette venue.
Ainsi : 1° celte harmonie est de l'essence de riïumanité, elle est la loi de sa création ; et, à ce titre, elle est possible en elle-même;
2° Elle est voulue par l'acte continué et permanent de cette création, que vous appelez le Verbe divin immanent en chacun de nous;
S° Enfin s'il y avait un obstacle à sa réalisation, cet obstacle a été levé par le sacrifice de Jésus et par l'émission de sa doctrine.
Donc, suivant tous vos dogmes, pour détruire le mal sur la terre, ou plus exactement dans la vie, il n'est pas nécessaire d'aboHr la terre, d'abolir la vie.
Eh! comment pouvez-vous dire qu'il fatit abolir la terre, quand vous déclarez divines tant de paroles où la terre est exaltée et glorifiée! Ne chantez-vous pas avec le Psalmiste que la grandeur et la magnificence de Dieu éclatent dans la création : Cccli enarrant glorimn Deiî Ne répétez-vous pas avec ce même roi-pn>phète, tige du prophète-roi Jésus, que ce toe sont pas les morts qui loueront le Seigneût, mais ceux qui vivent, ceux qui sont manifestés : Non moïtiti Imidabnnt te , Tyomine , ne^ que omnes qui descendunt in inferum, sed qui vivuntl Pourquoi donc voudriez-vous qu'il fût nécessaire d'abolir celte création que votfe déclarez l'ouvrage de Dieu, digne de sa magnificence, et pourquoi, reconnaissant que c'est la vie seule qui peut louer dignement !e
Seigneur de la Vie, prétendez-vous attendre et nous faire attendre l'abolition de la Vie pour réaliser les dons du Créateur!
l'Idéal on la ComEflnion.
Non, quoi que vous en disiez, pour détruire le mal sur la terre, ou plus (exactement dans la vie, il n'est pas nécessaire d'abolir la terre, d'abolir la vie. 11 suffit de perfectionner la terre et la vie.
Rédemption, Perfectibilité, deux formules pour la môme idée! La Perfectibilité, c'est la rédemption du genre bumain par la réalisation de plus en plus grande de l'Idéal. Mais l'Idéal étant primitivement en nous, par le fait même de notre création, laquelle est bonne dans son essence et prédestinée à l'ordre, à l'union, à riiarmonie, la Rédemption se trouve être le développement progressif de l'Humanité, conformément an type placé primordialemenl en nous par le divin Créateur.
Ainsi se trouvent d'accord la Religion et la Pbilosophie.
Chose admirable ! lorsque les détenteurs de la Religion, c'est-à-dire de la Philosophie dans ses antiques formules , refusèrent de laisser tomber les voiles qui cachaient le tabernacle, et que, faisant abus du respect qu'avait pour eux l'Humanité, ils prétendirent arrêter l'in-
flux dans cette Humanité tout entière du Verbe divin révélé à cette Humanité par les sages, ou, ce qui était la même chose, empêcher le développement du Verbe divin immanent en tout homme venant dans le monde, les nouveaux sages s'éloignèrent peu à peu de cette Religion, et, cherchant librement la vérité, finirent par prendre la Théologie en dégoût et en aversion. Mais , après bien des siècles de ti'avaux et de recherches , ils aboutirent à formuler sous des noms différents les mêmes vérités que l'antique Philosophie avait connues et proclamées.
Ont-ils perdu leur temps, les nouveaux sages qui ont ainsi délaissé la Théologie pour la Philosophie, et qui ont abouti aux mêmes vérités essentielles? Oh ! non , certes ; car ils ont affranchi le Verbe divin , que l'on prétendait enchaîner et immobiliser, au moyen des anciennes formules.
Qu'il paraisse donc de plus en plus ce Verbe, et qu'il règne sur la terre? Il est en nous subjectivement par les facultés qui constituent le type qui nous est commun à tous, et de plus il nous a été révélé objectivement par les martyrs de l'Humanité.
Prêtres, si vous nous fermez le champ de l'espérance, la Philosophie l'ouvre devant nous. Si vous réduisez à néant la rédemption du genre humain par celui que vous nommez pourtant le Sauveur des hommes, la Philosophie, prenant en main son Evangile qui est sa
plus fidèle image, placera cet Evangile dans le Panthéon du Genre Humain, et s'en servira pour enseigner la rédemption par la perfectibilité.
Prêtres, la doctrine de vos livres sacrés est plus éclatante que l'astre du jour, et elle brille à travers vos symboles et vos rites, qui n'ont pas été établis primitivement pour l'oliscurcir, mais pour la manifester.
Le péché originel, c'est la division des hommes; le rachat de ce péché, ou la rédemption, c'est donc leur communion. Le péché, c'est la caste; le salut, c'est l'unité.
Voilà ce que vos livres sacrés proclament, depuis le premier verset du Scplier de Moyse , jusqu'à la divine prière où Jésus , achevant d'expliquer son sacrifice, dit qu'il est venu souflrir et mourir sur la terre afin que les hommes soient consomipis dans l'unité : îv« wfft rs-t\ùM^iMot tlç h, ut siut consummati in •unum (1). L'Evangile, qui dit unité, répond à la Genèse, qui avait dit séparation, et Jésus vient, comme il le dit, confirmer et compléter Moyse.
Que parlez-vous donc de l'éternité du mal , et pourquoi, au nom du Chrisiianisme, prêchez-vous aujourd'hui l'inégalité parmi les hommes? Pourquoi, prophètes de malheur, prétendez-vous que Dieu a fait des riches et des pauvres, qu'il a attaché le salut à ce qu'il y
(1) s. Jean, chap. XVII, v. 23.
€ût des castes dans le genre humain, et qu'en conséquence l'inégalité et la misère seront éternelles, de par la volonté divine? Vous n'êtes donc plus les ministres de Dieu marchant à la destruction de Satan, vous qui proclamez Satan nécessaire à la théodirce, vous qui ne concevez pas le salut sans la permanence absolue du péché, que vous constituez ainsi en essence, comme étant une partie de la pensée et de la substance divine !
Quoi! vous administrez aux hommes le sacrement de Coymminion, et vous prêchez l'ioégalilé comme doctrine!
La Philosophie, comme je le disais tout-à- Theure. a, en ce cas, bien dépassé la Théologie; car la Philosophie a découvert, par les simples lumières de la raison, c'est-à-dire par la révélation éternelle qui brille au sein de l'Humanité, d'où vient le mal sur la terre, et le moyen de le faire disparaître.
C'est le sujet sérieux sur lequel je veux attirer votre attention, afin que votre foi dans l'Evangile renaisse , en voyant que des hommes vos frères, qui ne sont pas investis du saint ministère auquel vous avez été élevés, ne croient pas à l'existence éternelle de Satan, et croient à la vertu de cette doctrine de l'Eucharistie ou de la Communion en laquelle se résume le Christianisme tout entier.
Je vais donc, en aussi peu de termes que je pourrai, démontrer que pour détruire le mal sur la terre, ou plus exactement dans la vie.
il n'est pas nécessaire d'abolir la lerre, d'abolir la Yie.
L'homme étant sen<:ation- sentiment -connaissance, les maux qui assiègent sa nature se rapportent nécessairement d'une façon prédominante soit à la sensation, soit au sentiment, soit à la connaissance, bien qu'ils tiennent toujours à la fois de ces trois aspects de notre être.
Les maux qui se rapportent à la sensation ont pour source principale la propriété.
Ceux qui se rapportent au sentiment ont pour cause principale la famille.
Ceux qui se rapportent à la connaissance dérivent principalement de l'imperfection dé la société collective ou de la cité.
En dehors des maux qui nous arrivent par ces trois sources, il n'y a pas de mal pour nous; car il n'y a pas de mal réellement humain hors de ces trois sources.
Vainement dirait-on qu'il y a, en dehors d'elles, le mal physique, tel que la maladie et la douleur; car il est évident que la maladie et la douleur proviennent du mal moral même. Cela, tlis-je, est évident à priori, et certain à posteriori. Tous les observateurs ne s'accordent-ils pas à reconnaître et tous les faits ne prouventils pas que l'immense majorité des maux dits physiques ou matériels qui accablent le genre humain proviennent de la mauvaise organisation de la société humaine? La douleur physique est le résultat de nos vices, et nos vices ^sont le résultat de la division du genre humain.
Si donc, prenant la famille, la cité, la propriété, nous démontrons qu'elles ne sont sources de mal que parcequ'elles ont été jusqu'ici mal organisées, nous aurons démontré par là même que le mal peut disparaître graduellement des sociétés humaines.
Le mal ou la famille caste.
L'Être Universel ayant fait aux hommes une loi de l'unité et de la communion, ce qui viole d'une façon absolue cette unité et cette communion est le mal absolu. Là donc oij la famille s'est retranchée comme en Orient, et a voulu se tenir hors de la communion humaine, l'homme s'est corrompu, la famille s'est corrompue, et tout dans le monde s'est corrompu.
Pourquoi le Brahme Indien , pourquoi le prêtre d'Egypte, ont-ils vu leurs dieux tomber et leur empire s'écrouler? C'est parcequ'ils avaient séparé absolument leur vie de la vie du reste des hommes.
En Orient, le représentant de l'intelligeuce avait voulu s'isoler, lui et toute sa postérité, du vulgaire de l'Humanité; il avait voulu, lui e1 toute sa postérité, rester pur des vices des^ autres hommes. Mais voyez ce qui est arrivé. D'abord le Brahme, en s'isolant des autrescastes, s'est corrompu par là même ; car il est
devenu forcément lâche devant le Chatiia, imposteur avec le Soudra. Ainsi voilà le représentant de l'intelligence devenu lâche et imposteur. Mais le fils du Brahme que la nature avait destiné aux fonctions des Chatrias et des Soudras est devenu forcément esclave de son père , qui lui a imposé d'être lâche et imposteur. Ainsi voilà le despotisme dans la famille du représentant de l'intelligence. Quant à la femme, dans de telles conditions, elle est devenue nécessairement une propriété, une esclave, et non pas une personne humaine.
Donc tous les maux de la famille Orientale sont venus de l'isolement absolu où la famille avait prétendu se tenir; et c'est par la famille ainsi corrompue que l'Orient a péri.
Les Guèbres ont péri parceque là les frères épousaient les sœurs , et qu'ainsi la famille excluait toutes les autres familles et le genre humain tout entier. L'Inde et l'Egypta ont péri pour une raison analogue.
Oui, c'est ainsi que l'Orient s'est écroulé dans le mal; c'est pour avoir violé le principe de l'unité et de la communion humaine qu'il n'y a plus en Orient que des ruines.
Mais laissons l'Orient. Voilà la famille romaine ; voilà le père qui élève ou abandonne à son gré, juge, tue ses enfants, ou les vend comme esclaves. D'où vient ce mal affreux sur la terre? Est-ce un fruit nécessaire de la nature corrompue de l'homme? est-ce un effet nécessaire de l'essence môme de la famille?
Non ; car, à quelques siècles de là ces horribles, exécutions, ces abandons cruels, ce despo-^r tLsme redoutable, n'existeront plus. Ne voyez^i vous pas que le progrès des lois et le progrès, des siècles a été de détruire cette justice privée de la famille, et de relier sous ce rapport la famille à la société? Ce progrès s'est fait, et voilà que la famille ayant perdu sa justice; l^rivée, c'est-à-dire s'étant uuie sous ce rapport à la société humaine, les enfants dans la famille ne sont plus esclaves. Le despotisme absolu dans la famille venait donc du besoin qu'avait la famille de l'appui d'une société plus générale. La famille a-t-elle été anéantie par un si grand changement? Non, car nous avons encore la famille; et pourtant nous ne concevons plus aujourd'hui la famille antique.
Mais l'avenir n'aura-t-il pas également peine à comprendre la nôtre, où le fils est encore tellement enchaîné à la condition de son père que le fils du prolétaire est par là même prolétaire, et que dans toutes les classes l'éducatioa du lils dépend de la volonté, des ressources, des vertus ou des vices de son père; d'où résulte ensuite pour lui toute la condition de sa vie : esclavage comparable à bien des égards à celui de la famille antique? L'avenir aussi com,preudra-t-il cet autre despotisme encore subsistant de la famille qui enchaîne ce qui dans la nature humaine devrait être le plus librei, le plus spontané, le plus vrai, et par con-f séquent le plus saint et le plus vénéré, l'ar*
mour? L'avenir comprendra -t- il l'esclavage actuel de la femme et la vénalité du mariage?
L'avenir aura peine à comprendre celte condition actuelle de la famille, comme nous avons peine à comprendre aujourd'hui la famille antique. C'est que l'avenir verra la cité donner aide à la famille sous le rapport de l'éducation et des fonctions. L'éducation par la cité, les fonctions par la cité, ôteront à la famille le despotisme et le hideux côté qui lui restent, même après que la justice par la cité a déjà dépouillé cette famille de son ancienne horreur et de son primitif despotisme.
Le mal qui résulte de la famille n'est donc pas de l'essence de la famille ni de l'essence de la nature humaine. Il vient de l'isolement de la famille; il vient de ce que la famille doit être reliée au genre humain (sans cesser d'être la famille) ; faute de quoi le mal entre nécessairement dans la famille. Si la cité n'a pas une justice, le père, comme chez les Romains, juge ses enfants, et voilà la famille esclave. Si la cité n'a pas une éducation, le père, comme chez nous aujourd'hui, éduque ses enfants, et voilà la famille esclave. Si la cité n'a pas de fonctions, le père, comme chez nous encore, décide de la condition de ses enfants , violente l'inclination de ses fils , marie arbitrairement fies filles, et voilà la famille esclave.
Que d'atroces scènes de despotisme devaient se passer dans ces familles romaines où le père avait droit de vie et de mort sur sa femme et
ses enfants, comme sur ses esclaves! Ce qui se pratique aujourd'hui encore dans nos colonies d'Amérique, où l'on voit des blancs, pères infâmes, vendre non seulement les négresses dont ils ont eu des enfants, mais ces enfants eux-mêmes, et trafiquer ainsi de leur propre sang, peut nous en donner une idée. Que d'horribles scènes le despotisme familial a dû aussi produire, à l'ombre des donjons, durant les jours du Moyen-Age! et aujourd'hui encore dans notre Europe qu'elles atroces scènes de despotisme se passent journellement dans les familles, soit parmi les riches, soit parmi les pauvres! A l'heure qu'il est, ne fait-on pas en Angleterre d'inutiles remontrances contre ce trafic des enfants, qui consiste à les vendre, non comme esclaves positivement, mais eo place d'esclaves, jusqu'à les priver de sommeil, et à les dévouer à un travail malsain vingt heures sur vingt-quatre, en dépit de toutes les enquêtes du parlement, vaines contre le despotisme paternel et la liberté mercantile!
J'accepte donc toutes les iniquités qui se sont produites dans cette forme essentielle de notre nature qu'on appelle la famille; j'accorde que la moitié des crimes dont s'est souillée la terre depuis que le genre humain existe sont sortis de la famille. J'accorde que c'est dans la famille que les poètes ont trouvé leurs tableaux de l'enfer les plus horribles et les plus déchirants. Shakespeare n'a-t-il pas tiré de l'état de la famille Othello, Juliette, et le roi
Lear; le despotisme aveugle de l'amant, le despotisme du père sur la fille, l'atroce ingratitude des enfants envers le père!
Hé bien! de tous ces crimes de la famille, depuis le premier que la Bible a symbolisé dans Caïn meiirtriei' de son frère, faut-il accuser absolument la nature humaine, et dire qu'elle est corrompue par elle-même et par elle-même incapable de rachat ? Non , c'est l'ignorance; humaine qu'il faut accuser; c'est l'organisation?, défectueuse de la famille; c'est en un mot las caste. La nature humaine a produit ces crimes dans la famille caste, et devait les produire, parceque la famille caste entraîne le mal, la corruption, le crime.
Je vois bien, certes, que la nature humaine' est engagée dans toutes les horreurs qui sont sorties de la famille à travers le cours dos siècles, ou qu'elle engendrera encore. Mais ce que je nie, c'est que la nature humaine, par sa? seule corruption, et en vertu de son essence,, produise de pareils maux. Je dis que ces maux sont rachetables par la nature humaine plus éclairée; je dis qu'ils ne sortent pas de la famille même, mais de la forme qu'a revêtue la famille.
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, ■ . Le mal on la cité caste.
Il en est de même de la cité oa patne. . L'Etre Universel ayant fait aux hommes une loi de l'unité et de la communion, ce qui viole d'une façon absolue cette unité et cette communion est le mal absolu. Là donc bù la cité s'est retranchée et a voulu se tenir hors de la communion humaine, l'homme s'est corrompu, la cité s'est corrompue, et tout dans le monde s'est corrompu.
Que de maux sont résultés pour l'homme' de la cité, bien que ce soit une forme aussi essentielle de notre nature que la fiimillemêmé! Arrêtons-nous, il le faut , à considérer ces maux, comme nous venons de faire pour la famille, a(in de bien voir qu'ils ont eu effet pour cause, comme ceux de la famille, la cjftste, source de tous les' maux. ' iniuria
Que d'absurdes cités ont régné et règn'éiit encore! que de mauvaises lois ont été faites, que d'injustices ont été commises au nom de ces lois! que de cruautés les hommes ont souffertes de la part des divers pouvoirs qui se sont établis sur la terre! Le mot même de politique ne rappelle guère à l'esprit que des crimes et l'intérêt, père de tous les cj'imes. Il semble que le gouvernement du monde ait été dévolu au génie du mal et à ceux qui incarnent ce gé-
nie en eux. L'esprit s'effraye à considérer ce spectacle, et Herder s'écrie : « Combien j'ai » connu de sages qui, sur l'immense océan de » l'histoire humaine, cherchaient en vain ce » Dieu que, dans l'immuable sphère du monde » physique, ils apercevaient des yeux de leur !) âme et reconnaissaient avec une émotion » toujours nouvelle dans chaque brin d'herbe, » dans chaque grain de sable! Dans le temple » de la création terrestre, de toutes parts s'é- » levait un hymne à la gloire de la puissance et » de la sagesse éternelle. Au contraire, sur le » théâtre des actions humaines, ce n'était qu'un 1 conflit permanent de passions aveugles, de » forces déréglées, d'arts destructeurs, de bons » desseins évanouis. L'histoire ressemble à » cette toile déliée suspendue à l'angle d'un » palais, et dont les fils inextricables conservent » encore les traces d'un carnage récent après » que l'insecte qui l'a tissue s'est dérobé aux » regards. » L'araignée sanguinaire qui tisse de siècle eu siècle ce qu'on appelle l'histoire, c'est le despotisme, qui meurt, et renaît, et renaît encore, et renaît toujours, pour immoler l'Humanité et se repaîlre de son sang. «
Mais est-il impossible de détruire ce monstre! Non, il suffit de lui enlever son secret, de montrer comment sa toile homicide est tissue. C'est l'énigme du Sphinx jetée à l'Humanité; C€lui qui ne la devinait pas était dévoré, mais le mal n'avait pas prise sur ceux qui devinaient, -.m'y. fi'v. ;'!■!'.; 1
A quoi tient l'existence du despotisme? Estce à la nature humaine? est-ce à l'existence même des sociétés? iNon : elle tient à la guerre intestine du genre humain , divisé en nations, et ne se concevant pas virtuellement un et solidaire. Rome a dû avoir des tyrans parceque Rome avait des esclaves. Les despotes répondent aux esclaves; les esclaves répondent à la guerre entre les nations. Que l'idée de patrie comprenne virtuelloment tous les hommes, et la monstruosité qu'on appelle un despote n'est plus possible.
On cherche d'oii viennent les despotes ; leur origine est pourtant facile à découvrir. La Bible, d'ailleurs, l'a marquée en caractères ineffaçables. « Etablis sur nous un roi qui con~ » duira nos guerres, » dirent un jour les Juifs à Samuel : « Et cette parole déplut à Samuel; » et Samuel pria l'Eternel. El l'Eternel dit à » Samuel : Obéis à la voix du peuple, dans tout » ce qu'ils diront; car il ne t'ont point rejeté, » mais c'est moi qu'ils ont rejeté, afin que je » ne règne point sur eux. Maintenant donc » obéis'à leur voix; toutefois ne manque point » de protester expresséjnent contre eux , et de » leur déclarer comment le roi qui régnera sur » eux les traitera. Ainsi Samuel dit toutes les. » paroles de l'Eternel au peuple, qui lui avait » demandé un roi. 11 leur dit donc : Voici » comme vous traitera le roi qui régnera sur a vous : il prendra vos fils, et il les mettra sur j» ses chariots et parmi ses gens de cheval, et
••ils courront devant son char; il les prendra r aassi pour les établir gouverneurs sur des
> milliers et gouverneurs sur des cinquan- » taines, pour labourer ses champs, pour faire » sa moisson, et ses instruments de guerre, et
> tout l'attirail de ses chariots; il prendra aussi » vos filles, pour en faire des parfumeuses, des » cuisinières, et des boulangères; il prendra » aussi vos champs, vos vignes et vos bons oli-
> viers, et il les donnera à ses serviteurs; il dî- » mera ce que vous aurez semé et ce que vous » aurez vendangé, et il le donnera à ses offi-
• ciers; il dîmera vos troupeaux, et vous serez
• ses esclaves; alors vous crierez à cause de
• votre roi, que vous vous serez choisi, et l'E- » teruel ne vous exaucera point (l). »
Voilà ce que l'Eternel dit aux Juifs qui voulaient un roi pour conduire leurs guerres, et voilà ce que l'Eternel dit à tous les hommes qui isolent d'une façon absolue leur cité de la grande Cité qui est le Genre Humain.
L'établissement de cette seconde forme du mal, les castes de patrie , se rapporte principalement à ce que j'appelle l'Antiquité Moyenne, ou l'Epoque Méditerranéenne, les Grecs et les Romains. On a fait bien des livres sur la Grèce et sur Rome sans expliquer véritablement d'ici! est venue la grandeur fet ensuite la décadence de cette forme de la civilisation. La grandeur des Grecs et des ^Romains a tenu à la des-