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truction des castes primitives, des castes de famille, des castes orientales; et leur décadence est venue de ce qu'elles constituèrent des castes nouvelles, les castes de patrie. L'unité humaine se révéla aux hommes, quoique d'une manière incomplète, en Grèce et à Rome, sous les noms de patrie et de république. Et voilà pourquoi cette phase de la vie de l'Humanité a jeté tant d'éclat, a été à quelques égards si belle et si justement admirée. Mais à quel prix fut constituée cette unité incomplète , cette humanité ennemie de l'Humanité qui s'appela, par exemple, l'Empire Romain? Ce fut au prix d'une dualité nouvelle substituée à l'ancienne, la dualité Romains et Barbares, conquérants et conquis, maîtres et esclaves.
Pourquoi les Grecs sont-ils descendus au point d'être les esclaves des Turcs, et pourquoi le Russe et l'Autrichien ont-ils le pied sur cette tombe qui fut Rome? Vous me dites que ce sont là les vicissitudes des siècles. Mais les vicissitudes des siècles ont leur cause; ce n'est point la fatalité qui conduit le monde. Ce qui a dért îruit la Grèce et l'Empire Romain, c'est la caste, c'est le mal contenu dans la caste : il n'y a pas d'autre destin.
; Pour juger comment la Grèce et Rome ont péri, il suffit de' voir comment elles se sont élevées. Leur virtualité est venue de ce qu'elles ont été un pas fait par l'Humanité vers sou but suprême, l'unité, la communion; et leur des-
tiuction est venue de ce, qu'elles, n'q^tptt faire
ce progrès qu'en constituant une nouvelle déviation de cette unité même et de cette communion, d'où sort tout bien, et hors de laquelle jQut est mal.
"^ Qui pourrait, en effet, nier le caractère dislinctifde cette seconde époque de l'Humanité? Qui pourrait nier que la république grecque ou romaine ait été la réduction à une loi uniforme des clans primitifs, des familles primordiales, de ce qu'on appelait tribus en Grèce, et gentes à Rome? Parceque vous retrouvez des patriciens et des plébéiens à Rome, uierez-vous que le système des castes de naissance, tel qu'il existait aux bords du Gange, et même en Egypte, n'ait disparu chez les Romains? L'his-' toire romaine tout entière n'est-elle pas, au contraire, l'histoire de celte fusion des castes de. naissance, et de l'établissement dans le inonde d'unei nouvelle caste unique, appelée çîté , pairie ^. république , empire? Le prêtre de l'Orient était à lui se^il une cité, la cité des Brahmes; Je guerrier de l'Orient était à lui seul une cité, la cité des Chatrias; l'industriel de l'Orient était une autre cité, la cité des Vai- §yas et des Spudras ; puis,,écrt^sés et foulés aux pieds, sans lois, sans religion, sans dieux tutéîaires» considérés comme des brutes, gisaient Ï^S Pfjvias,, qui vivaient sans cité. A Rome, au con'traire,''et en Grèce, le prêtre fut Romain Cïi Gi'èè;.lé guerrier fut Romain ou Grec; ^industriel fut Romain ou Grec; eX\e proletarius lui-même, sans être citoyen, fut pouçtapt
décoré du nom sinon du litre de Romain' OQ de Grée. Immens'e différence, qui miarqué le pas que fit alors rHumahité!
Mais ce progrès ne s'accomplit qu'avec iiné affreuse imperfection. L'egprit de caste et l'esprit d'unité se mêlèrent à la fois dans la cons^ titution même de ce peuple Eomîiin , qui ne fut le peuple-roi que grâce au bien, l'unité, et qui ne tomba du faîte où il s'était élevé qu'à tause du mal , la caste, la division (1).
D'abord la cité fut le privilège des patricietis; iet même parmi ces privilégiés se retrouva toujours la distinction primitive des clans et des tribus. La caste orientale se survivait encore, même alors que tous les patriciens étaient c'pnfondus dans le même sénM (2).
Ensuite ces patricie*ns ne s'unirent eiîlt^ eni que par l'intérêt commun qui les rassemblait contre la plèbe. De là naqtiit la dualité du Sénat; et dii Peuple, de l'Aristocratie et de là Démocratie.' La caste détrùishit déjà en gehné C€ que l'unité édifiait. '
One tiouvelle dualité sortit ' de' t^ettè ' pifémlère. Le peuple, auquel les i)atricieiis téfusaîieût la cité, iiftKa les pâttiiciéil,s daiis îèùf
par l'esprit reli^iegxdeNiima et re^pril^u^^^lendpfic'rtimlusl , (2) Le lien qui unissait les patriciefi^eptreeyx.nVmp^cUaiî pys'qù'oii ne distinguât les clans primitifs dont Tprigine re^ tobtttâi^ BHic castes dé naissance. La différence même dés dî^ viuilés tutélaJresi Difniijortim geutium, Dî ihiAôrum fféi-^ ^ium, altésterait au hesoin ces orig;ines et riinperJfectiQii dç èèlte' cité dès putricleris' (Jù'on appelait Sénat.
orgueil et leur cruauté ; tout ce qui n'était pas Romain fut eniiemi , et la dualité Romains et Barbares ensanglanta le monde. Rome fut un camp où la guerre civile ne cessait que grâce à la guerre étrangère. On éleva un temple à Janus qu'on devait fermer pendant la paix , mais ce temple resta presque toujours ouvert. Le patriciat et le peuple prirent pour objet de leur ambition et de leur conquête d'abord ritalie, puis la Grèce, puis le monde. Etait-ce pour constituer l'unité du monde? Oui, dans les vues de la Providence ; mais quant aux Romains, ce n'était pas la communion du genre humain qu'ils cherchaient, c'était la proie, c'était Tusurpalion, c'était la conquête. Rome fut la personnitication de ce dieu Mars dont elle disait descendre; elle commença par Rottmlus qui tua son frère , et elle finit par César qne tua son fils. Puis elle s^abyma dans l'orgie, en attendant les Barbares qui devaient un jour punir ;son égoïsme et détruire sa cité caste. Alors elle ne fut plus qu'une multitude ayant pour tête un tyran , un Tibère , ùh Néron , uii €âili^la> an Commode, vingt monstres d'im^ bécilité ou de cruauté; et elle finit par jeter les Glirétiens aux lions du cirque, piir persécute^ le Ver-be qui voulait lui révéler le but provi^ deofiel de ses conquêtes, l'unité db genre humain. Roine était jugée , et -lès Baryai'es; Ven* gèt'ent Ifes esclaves. '-^'1 iî--!'-''- '• ■ ="';iii'i L'histoire depuis cette époque, •tf'ést autre chose que le tableau de la ruine successive de
tout ce qui s'est appelé empire et domination r preuve évidente que la cité n'est pas, dans son essence, un empire et une domination.
Comment ont fini toutes les noblesses de l'Europe, c'est-à-dire comment a fini universellement la caste guerrière qui s'établit dans cette Europe sur les ruines de l'empire romain? Toutes ces noblesses ont fini par se perdre dans la noblesse d'un seul , et cela a constitué les grandes monarchies; et toutes les monarchies ont fini de même, par un despotisme sans solidité et que le vent des révolutions a facilement couché sur la terre.
Nous sommes encore plongés, il est vrai, dans cette athmos|)hère de mal et de crime qui a pour source la cité caste. Mais est-ce une raison pour croire que l'immensité de maux -qui en résultent soient éternels et dérivent de la nature humaine? Non, car jamais rien d,e pareil à la domination romaine ne renaîtra sur la terre. Les castes de patrie sont aujourd'hui ruinées dans l'esprit )iumain. L'bomme mo^ derne a pris pour devise les droits de l'homme^ \d^ liberté, X égalité, la fraternité; or il n'y avait ni liberté, ni égalité,. ni fraternité, dans les castes. G|e, patrie. L'Humanité a tellement pris le dessips-^ur l'ignorance et l'égoïsme, qu'aujourd'l)ni' c'est elle qu'on incarne dans les nationalités,^ tandis qu'autrefois les nationalités existaient pour elles-mêmes et contre l'Huïiianité. i-riiiM
ET LES ÉCOWCyMISTES. 307
Suite.
J'entends, au moment où j'écris, une démonstration de ce que j'énonce donnée dans toute l'Europe par des millions de voix , et par tous les partis qui divisent celte Europe.
II s'est formé, à la suite du Catholicisme, à la suite aussi de la Philosophie et de la Révolution Française, à la suite de l'Empire (celte mission armée, qui porta partout les principes de la France, les germes de l'avenir) , une imité qui n'a pas encore d'organisation matérielle, mais qui en aura une un jour. C'est rUiNiON EUROPÉENNE , pour employer le nom sous lequel je la saluai il y a vingt ans (1); c'est l'esprit général de l'Europe , et même jusqu'à un certain point du moude entier , qui fait que la patrie est pour nous, partout oili l'homn^e combat pour la justice et pour la vérité, pour la liberté, pour la fraternité, poui* ['égalité. :
Pourquoi la France s'est-elle émue quand elle a appris l'insurrection dPiPologne, comme s'il se fût agi d'elle-même? Ç'e?st quç, l'ère des pastis, de p^^rie,,, limitées p^r l'égoïs^ne, e% i'j^gnqr9>nçfi,, est à jamais loin dç^ipous. • [ ^,yy^t qu'p^t fait pour cftiçprjn^ç^*, <;et ^lafli de J^l
(1) De rUnion Luropeenne , ou de lorigin£,et au aevelop-