‹ MalthusChapitre 10 sur 89 · XXVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XXVIII NOTICE

Tabsence de toute industrie, les extorsions exercées par un pouvoir quelconque au préjudice des classes laborieuses, et la tendance de ces mêmes classes à se multiplier plus rapidement que leurs ressources ne le comportent. Il est évident que partout où il existe une force qui absorbe les richesses créées par le travail, à mesure qu'elles sont produites, la prudence dans les mariages, quelque grande qu'elle soit, ne saurait être, pour les classes industrieuses, un moyen de ptévenir la pauvreté. La réserve que mettraient dans leurs alliances les esclaves de nos colonies, par exemple , n'empêcherait pas que leurs descendants ne fussent aussi pauvres qu'eux-mêmes. Tout peuple placé dans des circonstances analogues est dans l'alternative de s'éteindre ou de perpétuer le nombre des misérables.

En exposant Tétat de la plupart des nations répandues sur la surface du globe. M. Malthus sembla n'apercevoir chez toutes qu'une seule cause de misère : la tendance de l'espèce à se multiplier plus rapidement que ne le permettent ses moyens d'existence. Il résulta de là que des écrivains qui professaient d'ailleurs ses doctrines, et qui rendaient justice à ses intentions, lui reprochèrent de n'avoir compté pour rien les vices des gouvernements, ou même de les avoir dissimulés. Cette erreur de sa part, qui consistait à rapporter à une cause unique des phénomènes à la production desquels plusieurs causes avaient concouru, tenait à la ma- *nière dont il avait d'abord envisagé son sujet. Il ne s'était pas proposé de faire voir toutes les causes des misères humaines; il n'avait voulu que mettre au jour les effets d'une seule ; et comme les écrivains dont il attaquait les systèmes avaient vu dans les institutions politiques la source de toutes les calamités humaines, il crut la voir dans un autre principe.

Il ne dissimulait pas, au reste, qu'il avait mis un peu d'exagération dans le tableau des résultats du principe fondamental de son ouvrage : « Il est très -probable, disait- il en répondant à un de ses critiques, qu'ayant trouvé F arc trop courbé d'un côté, foi été porté à le trop courber de r autre, dans la vue de le rendre droit ; mais je serai toujours disposé à faire disparaître de mon ouvrage ce quisera considéré^ par des juges com^pétents, comme ayant une tendance à empêcher tare de se redresser et à faire obstacle aux progrès de la vérité*,

L'Essai sur le principe de la population, malgré les erreurs qu'on pouvait y rencontrer, frappa vivement tous les hommes doués d'un esprit juste, qui désiraient sincèrement le bien de leurs concitoyens : il fit voir distinctement les vices de quelques institutions qu'on avait toujours mal appréciées. Peu de temps après qu'il eut été publié, un des meilleurs patriotes de l'Angleterre et des plus éloquents orateurs de la chambre des communes, M. Samuel Withbread, proposa de réformer les lois qu établissaient un impôt au profit des pauvres*. Sa proposition ayant

* Voyez la déclaration que fait Malthus en terminant son litre, à VÀppendice, p. «dS de cette nouvelle édition. (/pA- G.)

* C'est à ceue époque que se rapporte la 5« édition de V Essai sw le principe^ de po-

SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE MALTHUS. uix

échoaé contre des préjugés que le temps n'avait pas encore déracinés, une autre proposition, sur le même objet, fut faite quelques années plus tard (en ISâi) par un savant jurisconsulte, M. J. Scarlett; mais elle eut le même sort. Enfin, en 1834, après une enquête dont le résultat a confirmé la plupart des vérités que Âf . Malthus avait proclamées, les lois sur les pauvres ont été réformées par lé parlement.

M. Malthus n'a pas seulement contribuée corriger une des institutions les {dus vicieuses de la Grande-Bretagne; il a empêché que des institutions semblables ne fussent établies chez d'autres nations, et particulièrement en France. Dans les premières années de notre révolution, la Convention nationale adopta des lois analogues à celles qui, chez les Anglais, ont établi des impôts au profit des pauvres *. Si ces lois, qui ne purent alors être mises à exécution, sont tombées en désuétude, et si la pensée de les reproduire n'est venue à personne, il ne faut pas douter que V Essai sur le principe de la population n'ait puissamment concouru à les tenir dans l'oubli.

Les opinions établies dans ce grand ouvrage ont passé dans les écrits des économistes les plus célèbres; nous les trouvons dans les circulaires et dans les actes de l'administration; et, dans quelque pays, on les fait entendre du haut de la chaire évangélique.

Le principe qui sert de fondement aux doctrines de M. Malthus n'est pas cependant une découverte qu'il ait jamais songé à s'approprier; avant lui, Montesquieu^ Franklin^ Wallace et d'autres écrivains l'avaient procliumé. Pourquoi la gloire lui est- elle restée? On l'a déjà dit pour d'autres que pour lui : c'est qu'une vérité appartient moins au premier qui la proclame, qu'au.premier qui la démontre, et qui en fait voir les conséquences. Or, c'est ce mérite qui caractérise éminemment l'ouvrage de M. Malthus.

Une année après la publication de la seconde édition de son Essai sur le principe de la population^ en 1803, M. Malthus fut nommé professeur d'histoire et d'économie politique au collège de la Compagnie des Indes-Orientales, à Ailesbury. C'est là que, pendant trente ans, il a rempli les devoirs que lui imposaient et ses fonctions de professeur, et sa qualité de ministre de TÉvangile.

M. Malthus avait adopté dans son enseignement la plupart des doctrines économiques d* Adam Smith ; il pensait, comme cet illustre écrivain, que le meilleur moyen de faire prospérer une nation était de laisser à Pindustrie et au commerce une grande liberté : il ne croyait pas cependant qu'il fClt possible pour un gouvernement d'abandonner^ ^ d'une manière absolue, les choses à leur cours naturel ; mais il ne craignait pas

fNiloltofi, 3 vol. in-S*, la dernière des éditions anglaises que Fauteur ait revue. Elle fut faite i la demande de plusieurs membres du parlement. La 4« édition, sur laquelle M. Prévost a fait la première traduction de 1S09, remontait à 1S07. [J^k, G.)

* Voy. les décrets des SS juin et 8 juillet 1793, et celui des 82 et S7 floréal an II ( net la mai 1794). (Ch. C.)

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