INTRODUCTION
n est peu de livres dont la publication ait suscité plus de débats que V Essai sur le principe de la population de Malthus. L'illustre écrivain se vit à l'instant même entouré d'adversaires acharnés et d'admirateurs fenatiques. Les premiers lui reprochaient amèrement d'avoir outragé à la fois l'humanité et la raison, d'avoir également méconnu les principes de la morale et ceux de l'économie politique. Les seconds, au contraire, ont salué l'apparition de V Essai comme un bienfait pour le monde et une gloire nouvelle de Tesprit humain, comme une révélation ( disait Hegewisch, le traducteur allemand de Malthus) des lois de tordre moral com-^ parable à la découverte des lois de F ordre physique de V univers par Newton. Les premiers, non contents de repousser avec indignation tout conseil de prudence adressé aux &milles, toute idée de contrainte morale^ soutenaient que dans tout pays la richesse et le bien-être ne pouvaient que s'accrottre par la population, et que partout où cette loi économique ne se vérifiait pas, il fallait en accuser les institutions humaines, la mauvaise ■ distribution des biens, les vices et la cupidité des hommes riches et puissants. Les seconds, dans les transports de Ic^ur zèle restrictif, allaient fort au delà de tout ce que Malthus avait pu imaginer ; ils passaient de la contrainte morale à la contrainte physique et ne craignaient pas de proposer des moyens préventifs que repoussent également le bon sens et la science.
Qui pourrait s'étonner de ces écarts? Qui ne sait pas combien l'esprit de l'homme s'égare facilement dans l'étude des questions morales et politiques, de ces questions très-complexes, où il ne peut atteindre au vrai qu'en suivant la résultante de principes divers ingénieusement combinés, et où par la nature même des investigations, le sentiment vient se mêler an raisonnement et en troubler la pureté? On ne tient pas assez compte aux hommes qui cultivent les sciences morales et politiques de ces difficultés et de ces périls que ne rencontrent pas les géomètres, qui, « étant accoutumés, dit Pascal, aux principes nets et grossiers de géométrie et à ne raisonner qu'après avoir bien vu et manié leurs principes, ils se perdent dans les choses de finesse, où les principes ne se laissent pas ainsi manier.»
La question de la population touche à tout ; à la morale et à la politique, àréconotnie nationaleet à l'économie domestique. L'Etat^ la famille, î'in-