M.TI INTRODUCTION
que, Bon au inonde entier, mais à chacun de vous. Que la prudence pénètre dans tous les ménages et préside à rétablissement de chaque famille, et on naura plus à s'inquiéter du sort de l'humanité. Or, que voyez-vous autour de vous? Un pays vaste, inculte, peu peuplé, mais sain, fertile, où rien ne s'oppose à l'exploitation, où la terre n'attend pour produire que quelques capitaux et des bras? Mariez- vous à votre ÉMitaisie, nous n'avons rien à vous dire, si d'ailleurs les.heureuses conditions du sol'etdu climat ne sont pas rendues vaines par les institutions . et les lois. S'il en était ainsi, soyez prudents. Ne vous flattez pas légèrer ment de réformes qui peut-être n'arriveront pas dans un siècle, tandis que vos enfants vous demanderaient du pain dans quatre ou cinq- ans.
11 y a plus; les mauvaises lois sont encore moins funestes que les déplorables habitudes. Ici encore il serait facile de citer des faits et deé exemples. Triste spectacle que celui d'un peuple plongé dans l'abjection et la misère , uniquement parce qu'il ne veut pas en sortir, parce qu'il préfère l'abjection à un effort , la misère au travail ! Aussi ne regardez pas seulement autour de vous , regardez au dedans de vousmêmes. A la rigueur, nous pourrions reconnaître à l'individu le droit, le droit légal, s'entend, de rester oisif, mais oisif pour lui et pour lui seulement. Qu'il ne prétende pas vivre du bien d' autrui, qu'il renonce à être père et mari, et, si bon lui semble, qu'il vive dans les haillons et qu'il meure sur la paille. Mais songer au mariage ; mais donner la vie à des enfants et se refuser au travail 1 Je ne connais pas de tyran plus odieux qu'un père, qu'un mari valide et robuste, qui n'emploie ses forces qu'à étouffer les gémissements de sa femme et de ses enfants ; et j'admire l'indulgence et le sang-froid d'un juge qui ne condamne qu'à quelques jours de prison l'oisif qui, après s'être livré aux joies brutales de la taverne, ne rapporte à sa famille que des violences et des coups.
Mais laissons ce point qui n'appartient pas, à vrai dire, à l'économie politique. Il est évident que là où les subsistances ne manqueraient pas, pour peu que la population voulût, par son travail, les retirer d'une terre fertile qui les lui offre , c'est plutôt la réforme des lois et des mœurs qu'il faut proclamer, que la doctrine de Malthus. Nous le reconnaissons humblement, ce n'est pas l'économiste avec ses calculs qui peut convertir à une vie active et digne une population sauvage ou dépravée. L'intérêt peut contribuer à retenir dans les voies du bien celui qui , par de plus hautes inspirations , les suit déjà : il n'y ramène pas celui qui à franchi toutes les barrières des affections naturelles, de l'honneur, de la religion, de la loi. Si l'intérêt avait cette puissance, le monde serait un paradis. Il est si facile de démontrer par les faits que le vice n'est pas utile !
C'est aux travailleurs, et en particulier aux prolétaires des pays depuis longtempis habités et exploités, que nous voudrions nous adresser ; •c'est d'eux qu'il s'agit essentiellement dans toutes les questions qui concernent la population ; et, encore une fois, c'est de la jeunesse laborieuse, des travailleurs honnêtes, que l'économiste^ prend souci, et qu'il peut espérer de dessiller leç yeux.
IlVTaODUCnOll. xltii
Nous voudrions d*abord leur demander : quel est le pays que vous habitez ? Est-ce un pays purement agricole, et dont toute Tindustrie consiste à vendre Texcédant de ses produits? Ne croyez pas que pour cela votre position soit des plus simples et des mieux assurées. Examinons.
QU'étes'vousdansce pays? Étes-vous des petits propriétaires ou des métayers, des colons, maîtres de vos outils et de votre cheptel? Je me rassure, vous n'aurez pas seulement de Thonnéteté^ mais de la dignité, du respect pour vous-mêmes et pour votre &mille. Vos mariages ne seront pas précoees, imprudents ; souvent même le tils atné se mariera seul ; 'les autres, et ils seront peu nombreux, demeureront dans la famille à
• ia fois copropriétaires et serviteurs , ou chercheront à pénétrer dans Féglise, dans l'armée, ou ils louerdht leur travail dans les grandes entreprises agricoles. Une disette, un désastre vient-il vous surprendre, vous saurez remplacer sur vos tables le pain par la pomme de terre , vendre votre cochon, votre volaille, votre vin, pour acheter du blé; vous refuser pour cette année tout habillement nouveau et toute dépense extraor-
• dinaire ; en un mot, tenir tête à Forage en redoublant de courage et d'activité. Je vous vois heureux et dignes comme les paysans intelligents et laborieux de plus d'un canton de la France , de la Suisse , de l'Italie. Les mauvaises années elles-mêmes vous sont utiles comme instruction et avertissement. Vous vous dites alors : que serions-nous devenus , grand Dieu I si notre famille était deux ou trois fois plus nombreuse qu'elle Test! Ce que vous seriez devenus ? Vous n'avez qu'à regarder non loin de vous pour l'apprendre, et si ces tristes exemples n'étaient pas à votre portée, ouvrez le livre de Halthus, ce vaste recueil de faits, et vous verrez ce que deviennent, sous le fléau d'une disette, ces populations imprévoyantes qui, déjà dans les temps ordinaires , se trouvent réduites au strict nécessaire.
Habitez-vous, au contraire, un pays purement agricole, mais tout de grandes propriétés et de grandes cultures, et n'êtes-vous que des journaliers ? votre position, si simple en apparence, se complique et demande toute votre attention. Ce domaine auquel s'applique votre travail n'est en réalité qu'une manufacture. Après avoir débattu ses conditions avec le propriétaire qui lui loue la machine, le fermier doit d'abord s'assurer qu'il pourra recouvrer ses avances et payer le fermage, et tout naturellement chercher ensuite à retirer le plus qu'il pourra de profit net de son entreprise. Pourquoi vous offrirait-il un salaire élevé , si vous vous présentez en foule à sa porte ? Qu'arrivera-t-il en cas de mauvaise récolte ? 11 se peut que le fermier lui-même en souffre, il se peut aussi que l'élévation des prix compense pour lui la rareté des produits ; cela dépend de plusieurs circonstances inutiles à énumérer ici. Mais vous , que pouvez-Yous espérer, si, par le nombre excessif des journaliers qui se font concurrence, le fermier dicte la loi du marché? Pressés par la faim, vous serez heureux de conserver le même salaire en argent, qui sera loin de représenter le même salaire en nature , et si, par les circonstances , les fermiers eux-mêmes se trouvaient atteints par les effets de la disette.
ZtTiii INTRODUCTION.
VOUS verriez vos salaires en argent s'abaisser; car assurément, l'entrepre* neur sachant que vous avez plus besoin de lui qu'il n'a besoin de vous, ne consentirait pas à vous faire dans le partage la part du lion. N'oubliez pas que dans un pays ainsi constitué, si la concurrence peut animer l'offre du travail, elle n'anime jamais la demande. On ne multiplie pas à plaisir ces grandes maiiufactures agricoles. J^s familles prolétaires peuvent s'accroître dans les villages : le nombre des grands propriétaires et des fermiers ne s'accroît pas; l'étendue de la terre reste la même, et si la culture peut çn être améliorée successivement, ces améliorations sont presque toujours lentes , et souvent elles ne s'accomplissent que par des machines qui diminuent, pour un temps ou à toujours^ le travail humain. Dans ces pays, si la po^lation est excessive , les jours de disette sont affireux ; vous voyez des hommes baves, décharnés, chan* celants, errer dans la campagne et disputer aux animaux la plus immonde nourriture.
Les pays purement agricoles, sans commerce, sans industrie, n'ont dans les jours malheureux ni le secours des grands capitaux disponibles« ni les ressources et la hardiesse de l'esprit mercantile : on n'y sait que Souffrir et mourir. On n'y est admirable que de silence et de résignation.
Ce n'est cependant pas là* ce que la société offre de plus compliqué et de plus dangereux aux classes laborieuses. Portez maintenant vos regards sur les pays essentiellement industriels et manufacturiers, là où l'agriculture n'est presque qu'une occupation secondaire, là où le capital, prenant les formes les plus diverses, s'applique à satisfaire ici tous les besoins généraux d'un peuple civilisé, là tous les caprices de la mode et les goûts raflSnés de l'opulence. Suivez cette production dans ses formes si diverses, dans ses phénomènes si compliqués. Ces matières premières, si nombreuses, si variées, c'est des quatre parties du monde qu'il les faut tirer ; ces mélanges ne restent jamais les mêmes; ces dessins, on est forcé de les renouveler chaque année. La concurrence veille sans cesse avec son regard perçant et cupide. Malheur à celui qui s'arrête un instant! il est écrasé par la foule qui le suit au pas de course. Rejoindre celui qui vous précède, le fouler aux pieds et passer outre, c'est là Teffort incessant de l'industrie ; c'est sa loi et sa vie. Il y a plus ; tous ceux qui ont profondément étudié ces grandes questions sociales vous diront que la liberté, régulière et pacifique, lorsque les individus, obligés de se conformer aux iudications delà nature, travaillent d'accord avec elle et profitent de ses forces au lieu de les contrarier, est devenue querelleuse, tyrannique et désordonnée, le jour où les gouvernements ont voulu faire mieux que la Providence, et donner au Nord les industries du Midi, au Midi les industries du Nord. La concurrence des individus est devenue alors concurrence des Etats, et il s'est formé dans le domaine de l'industrie un singulier mélange de liberté et de servitude. Les lois naturelles de l'économie publique se sont compliquées des lois positives de chaque nation, lois variables comme les intérêts de la politique, impitoyables comme l'intérêt personnel aux prises avec les intérêts généraux ; lois qui sont pour la U*
INTRODUCnOlN. xus
berté toar à tour des armes et des entraves, qui enfantent les représailles et la contrebande, les haines nationales et les crises commerciales ; bref, lois de guerre et de désordre.
Au milieu de ce chaos, que deviennent les travailleurs, ceux qui vivent au jour le jour, et qui, en cas de malheur, n'ont ni des épargnes à consommer, ni une cabane où s'abriter, ni un coin de terre à bêcher? Leur est-il donné de comprendre les questions si complexes dont ils sont euxmêmes un élément, ces questions qu'un petit nombre d'économistes peut à grand' peine démêler? Hélas ! ce n'est que par les cruels enseignements de f expérience que l'ouvrier parvient enfin à deviner tout ce qu'il y a d'incertain et de précaire dans ses rapports avec cette industrie artificielle qui est elle-même si incertaine, si capricieuse, si variable. Un haut salaire vous remplit aujourd'hui le cœur de joie ; le bonheur de votre famille vous parait assuré; vous encouragez le mariage de votre enfant, qui lui aussi est employé avec vous dans la même manufacture. Imprudent! vous ne savez peut-être pas que votre entrepreneur ne trouve ses débouchés qu'aux États-Unis, en Allemagne, en Russie, et que demain Tesprit de représailles fermera les frontières de ces États à ses produits, ou ne les admettra que chargés de droits énormes; vous n'avez peut-être pas considéré que les objets que vous fabriquez ne sont qu'ime affaire de mode, un cai>rice, et que très-recherchés, chèrement payés aujourd'hui, ils seront abandonnés demain pour une autre nouveauté que vous ne produirez pas. Vous qui comptez sur la dextérité de vos mains et la sagacité de votre coup d'oeil pour obtenir toujours le salaire d'un habile ouvrier, vous ne vous doutez pas du coup que va vous porter, du bouleversement que va produire dans votre industrie, un homme, un seul homme; au moyen de quoi? d'une idée. Hais cette idée enfante une machine mille fois plus puissante que vous, plus régulière dans son travail, plus exacte dans ses produits. Qu'étes-vous à côté d'elle ? Ce qu'est le piéton même le plus vigoureux et le plus alerte à c6té d'une locomotive.
Vous cherchez alors une autre occupation, un autre travail. Mais d'où vient qu'ici votre dextérité n'est plus la même, et que votre habileté est mise en doute ? C'est que la division du travail a développé l'une de vos forces et engourdi toutes les autres. La division du travail, dont les effets économiques sont si merveilleux pour le résultat général, n'est pas sans inconvénient pour les individus, et ajoute aux difficultés de leur situation dans les vicissitudes de l'industrie.
EInfin, qui vous assure que la guerre ne viendra pas tout à coup anéan* tir le commerce, et paralyser par là la production de votre pays? Voulez-vous rester dans le vrai ? Dites-vous bien qu'il n'y a pas de jour où vous ne puissiez vous réveiller au bruit sinistre d'une nouvelle qui entraînera la ruine de votre industrie. Car l'un des phénomènes les plus compliqués de toute société civile, c'est assurément la production industrielle, telle »irtout que l'ont faite les rivalités nationales, si l'on veut tenir compte de tous les élémentsqui lui sont nécessaires, de toutes les influences qui la dominent, de tontes les vicissitudes auxquelles elle est exposée,
L mXItODUÇTIQN.
C'est dans ce phénomène si complexe, si varié, que se trouve pour ainsi dire compris le travailleur ; il y figure, il en fait partie, il en est un élément essentiel, qui ne peut ni se passer ni s'isoler de tous les autres éléments du même fait. Il ^git sur eux et il en s^bit la réaction. Ce qu'il y a de variable et d'incertain dans Tun s'ajoute à tout ce qu'il y a d'incertain et de variable dans tous les autres. Travail, montant du capital fixe, montant du capital circulant, forme et puissance de l'un et de l'autre capital, concurrence des producteurs, c^oncurrence des consommateurs, lois j^onomiques^ relations d'Etat à Etat, rien n'est certain, permanent, immuable, et un seul de ces éléments ne peut se modifier sans modifier ep plus ou en moins, en bien ou en mal tous les autres.
Or, sur ce terrain toujours si mobile, où il peut tout à coup s'ouvrir un abime, quels sont les plus exposés de tous ceux qui ont le courage de s'y aventurer? Sont-ce les capitalistes? Nullement. Le capitaliste, à moins qu'il n'ait à se reprocher une folle imprudence, n'est jamais pris entièrement au dépourvu ; s'il essuie des pertes, il sauve une partie de sa fortune ; s'il ne perçoit pas de profits cette année, il peut attendre les profits de l'année suivante ; ses économies, son crédit lui viennent en aide ; souvent il n'a qu'à supprimer ses dépenses de luxe pour rétablir l'équilibre de son budget domestique ; enfin, fût-il obligé de plier ses voiles et de quitter les affaires, il ne se retirerait pas sans quelques moyens d'existence, et en cédant à la mauvaise fortune, il peut retrouver dans sa retraite otiumcum dignitate. Rien de semblable pour le travailleur qui vit au jour le jour et ne possède absolument que ses bras. Le malheur le frappe avant qu'ilen soupçonne les approches.Quellessontalors ses ressources? La charité publique ou particulière? L'émigration? L'enrôlement?
La charité, hâtons-nous de le reconnaître, est une source qui n'a pas tari. La charité particulière des temps modernes est à la fois ingénieuse et libérale. Elle sait secourir le malheur en le respectant, consoler sans avilir; toutes les infortunes la touchent; toutes la rencontrent active, intelligente ; elle pénètre également dans le réduit de l'indigent et dans le cachot du criminel. Elle a pour tous des conseils, des consolations, des secours ; c'est au point qu'elle n'a pas échappé au reproche d'aveugle indulgence et de faiblesse .{Elle trouve néanmoins des bornes, si ce n'est à ses désirs, du moins à son pouvoir. Ses moyens ne sont pas infinis ; aussi diminuent-ils relativement à mesure qu'augmente le nombre des infortunés. Elle a un pain pour vous, elle vous l'offre de grand cœur ; mais si tous ceux qui la sollicitent lui présentent en même temps une fenune et de nombreux enfants à nourrir, que peut la charité au milieu de ces flots d'indigents? Elle donnera à tous quelque chose, elle ne pourra donner le nécessaire à personne ; et malgré ses nobles efforts, elle verra les soufirances, les maladies et la mort dévorer cette population imprudente.
Comptez- vous sur la charité pubUque, légale, sur cette charité toute matérielle, que les uns donnent toujours avec indifférence, souvent avec dureté, et que les autres reçoivent sans reconnaissance (car les uns |a regardent comme[ua encouragement à la fainéantise, les autres comme
INTBODUCnON. il
un droit); sur cette charité néeessairôment sans pudeur ni réserve et qui^ par ses registres officiels, vous abaisse en faisant de vous des assistés ^ Cela s'appeUe, de l'autre côté de la Manche, la taxe des pauvres. Informez-vous pour savoir si Thistoire de cette taxe est honorable pour Te^ pèce humaine ; quels sentiments elle excite ; quels rapports elle établit entre les pauvres et les riches. Demandez si les cinq milliards de francs que r An^^eterre a dépensés en secours dans Tespace de trente ans ont été un soulagement durable pour la misère et s'ils ont fait disparaître le paupérisme. La population de TAngleterre proprement dite, qui n'est pas la moitié de la population de la France, s'accrott annuellement plus que la population française. II n'y a ni taxe ni secours qui puisse prévenir les souffrances d'une population qui déborde.
Ce que je dis de Tinsuffisance de la charité est encore plus vrai de Témigration, de Tenrôlement, de tout déplacement quelconque. Ces ressources, ces moyens d'échapper à la misère, peuvent se concevoir pour l'homme qui est dans la force de Tàge et célibataire : mais pour un mari^ pour un père de fiunille, pour l'homme entouré d'enfants en bas ftge, feut-ii répéter que ces moyens ne sont presque toujours que de cruels expédients, expédients que condamnent également l'humanité et la morale? Que ferez-vous? Abandonnerez-vous à la charité publique, exposerez-vous à toutes les tentations de la misère votre femme, votre fille, vos enfants, pour échapper seul aux atteintes du besoin? Est-ce là pour vous le but du mariage? Sont-ce là les obligations qu'il impose? Si, au contraire, dénué que vous êtes de toutes ressources, vous tratnez avec vous dans cette pérégrination de tristesse et de misère votre jeune famille, croyez-vous qu'elle pourra en supporter les angoisses, les privations, les &tigues? L'histoire vous le dit, la route de ces émigrations est semée de cadavres. Est-ce là encore pour vous le but de l'union conjugale? Est-ce là la moralité de ces conseils qui vous ont poussé au mariage? D serait donc juste et bon de satisfaire un penchant sans tenir aucun compte des suites et des résultats 1
Vous pouvez maintenant comprendre les enseignements de Malthus. D importe de le répéter, c'est à vous qu'ils'sont particulièrement destinés. Pouvez-vous encore douter que tout mariage précoce ne soit le plus souvent pour vous une coupable témérité? Dès lors, que vous dit Halthus? Si, fennant les yeux sur les suites, dit-il, vous n'écoutez que vos penchants, vous n'échapperez pas aux conséquences de votre imprudence. La population sera ramenée à son niveau par les obstacles répressifs^ c'està-dire par la iaim, par les souffrances et la mort.
Ce ne sont pas là de vaines déclamations, c'est un avertissement fondé sur des faits irrécusables, sur l'expérience de tous les jours.
La conclusion est évidente. Si les obstacles répressifs sont un supplice pour l'humanité et une honte pour la raison humaine, écartez-les par le seul moyen qui soit en votre pouvoir. Ne fondez pas légèrement de nouvelles familles ; imitez ce patriote qui ne voulait pas, en se mariant, donner de gages à la tynomie : n'en donnez pas à la misère; vous tombez