OBSTACLES GÉNÉRAUX A LA POPULATION
dance ou de disette, des guerres, des maladies, des lois relatives aux pauvres, des émigrations et nombre d'autres.
Une cause encore, qui a pu souvent masquer ces oscillations, c'est la différence entre le prix réel du travail et son prix nominal. Celui-ci baisse rarement partout à la fois ; mais on sait assez que souvent il reste le même, tandis que le prix nominal des subsistances hausse graduellement. C'est ce qui aura généralement lieu, si le commerce et les manufactures reçoivent assez d accroissement pour suffire à l'emploi des nouveaux ouvriers jetés sur le marché, et pour prévenir Taugmentation d'ofire que doit occasionner la baisse du prix en argent (1). Mais une augmentation du nombre des ouvriers qui reçoivent les mêmes salaires en argent doit nécessairement produire, par l'effet de la concurrence des demandes, une hausse dans le prix monétaire du blé. Au fait, c'est une baisse réelle du prix du travail. Pendant tout le temps que cette hausse graduelle des subsistances dure, l'état des classes inférieures ne peut manquer d'empirer graduellement. Au contraire, les fermiers et les capitalistes s'enrichissent parle bas prix du travail. Leurs capitaux croissent et les mettent en état d'employer un plus grand nombre d'hommes. Sur quoi il faut remarquer, que la difficulté de soutenir une famille, s'étant accrue, a dû nécessairement porter quelque atteinte à la population. 11 devra donc arriver au bout d'un certain temps que la demande du travail sera grande en proportion de l'offire. Par conséquent, le prix réel du travail croîtra, si rien n'empêche que ce prix ne se mette à son niveau. C'est ainsi que les salaires, et par là même la condition des classes inférieures, éprouveront des baisses et des hausses, des mouvements rétrogrades et progressifs, quoique le prix nominal du travail ne baisse point.
Les sauvages, chez qui le travail n'a pas un prix réglé, n'en sont pas moins exposés, sans doute, aux mêmes oscillations. Lorsque leur popu* lation s'est élevée jusqu'au niveau qu'elle ne peut franchir, tous les obstacles qui en préviennent l'accroissement, et ceux qui la détruisent, agissent avec beaucoup de force. Les habitudes vicieuses se multiplient,
(1) Si les nouveaux ou?riers jelés chaque année sur le marché ne peuvent trouver (Temploi dans l'apiculture, leurs demandes, se faisant mutuellement concurrence, peuvent faire tellement baisser le prix du travailen argent, que l'accroissement de la population ne produise aucune nouvelle demande effeciive de blé. En d'antres termes, si les propriétaires de terres et les fermiers ne pouvaient obtenir qu'une quantité additionnelle de travail agricole en échange du produit additionnel qu'ils feraient naître, ils ne seraient pas engagés k le faire natlrt». {M.)
l'exposition des enfants est moins rare, les guerres et les épidémies deviennent probablement plus fréquentes et plus meurtrières. Ces causes continueront sans doute d*agir, jusqu'à ce que la population soit réduite au niveau des moyens de la soutenir. A cette époque, le retour d^une espèce d'abondance relative produira de nouveau Taccroissement de la population ; et au bout d'utf certain temps, cet accroissement sera arrêté par l'action des mêmes causes que je viens d'énumérer (1).
Je n'entreprendrai pas de suivre en dififérents pays ces mouvements rétrogrades et progressifs. 11 faudrait pour cela que l'histoire pût nous fournir des informations très-détaillé^ sur des objets qu'elle a négligés jusqu'ici. De plus, il est facile de voir que les progrès mêmes de la civilisation tendent naturellement à rendre ces mouvements moins sensibles. Je me bornerai donc à établir les propositions suivantes :
1 . La population est nécessairement limitée par les moyens de subsislance,
2. La population croit invariablement^ partout où croissent les moyens de subsistance^ à moins que des obstacles puissants et manifestes ne Varrêtent (2).
3. Ces obstacles particuliers^ et tous ceux qui, arrêtant le pouvoir prépondérant^ forcent la population à se réduire au niveau des moyens de subsislanccy peuvent tous se rapporter à ces trois chefs^ la contrainte morale^ le vice et le malheur.
Je ne pense pas que la première de ces propositions ait besoin d*êfre prouvée. Les deux dernières seront le résultat de Texamen que nous allons entreprendre de l'état des peuples anciens et modernes envisagés sous cet aspect.
C'est l'objet des chapitres suivants.
(1) James Slewart compare le pouvoir productif à un ressort chargé d'un poids variable (Êcon. polit., titre 1, liv. I, chap. iv), d'où résulteraient les mêmes oscillations que je viens de dépeindre. Cet auteur a exposé d'une manière très-satisfaisanle, dans le premier livre de son Traité d'Économie politique, plusieurs si4el8 relatifs à la population, (^f.) '
(2) Je m'exprime ici avec une sorte de réserve, parce qu*il y a, je crois, un petit nombre de cas, tels que celui des nègres aux Indes occidentales, et un ou deux autres semblables, où la population ne s'élève pas au niveau des subsistances. Mais
sont des exceptions et des cas extrêmes. En parlant d'une manière générale, on peut énoncer ces mêmes propositions sans restriction et dire : J . La population croit partout où croissent les moyens de subsistance. 2. Les obstacles qui réprimenlle pouvoir prépondérant, et forcent ainsi la popii"
CHAPITRE UI* — DIS OBSTACLES À Là POPULATION DANS l'ÉTAT LK MOINS ÉLETÉ DE